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Génocide arménien : Ankara s’adresse aux élus français, Sarkozy veut calmer le jeu

Le 20 janvier 2012 à 15h49

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, le 2 novembre 2011 à Istanbul

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, le 2 novembre 2011 à Istanbul


La Turquie a appelé vendredi les sénateurs français à rejeter une proposition de loi sur le génocide arménien qui provoque une grave crise entre Ankara et Paris, où le président français Nicolas Sarkozy tentait de calmer le jeu.

"J’invite les sénateurs français à procéder à une profonde réflexion, s’ils votent (le texte), leur décision n’aura aucune validité", a mis en garde le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.

"Ceux qui exploitent l’Histoire seront les victimes de cette exploitation", a-t-il martelé devant la presse.

Les sénateurs français doivent se prononcer lundi sur cette proposition de loi, déjà approuvée par les députés, qui punit la négation du génocide arménien de 1915, que la Turquie a toujours farouchement nié.

La commission des lois du Sénat a rejeté mercredi ce texte, exprimant les fortes réticences d’une partie de la chambre haute. Elle a voté une motion d’irrecevabilité, jugeant le texte "contraire à la Constitution".

Mais ce texte devrait toutefois être voté lundi en séance, une majorité semblant se dessiner en sa faveur.

M. Davutoglu a souligné que si le sénat adoptait le texte, ce serait "une tache noire dans l’histoire intellectuelle de la France" et que la Turquie rappellerait "à chaque occasion" aux Français l’erreur qu’ils ont commise.

Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays s’expose à de nouvelles mesures de rétorsion de la part de la Turquie, acteur régional de poids et pays émergent, a tenté d’apaiser la colère des Turcs.

Dans une lettre au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, dont l’AFP a obtenu une copie, il a demandé de "faire prévaloir la raison".

"Je souhaite ainsi que nous sachions faire prévaloir la raison et maintenir notre dialogue, comme il sied entre deux pays alliés et amis", dit M. Sarkozy dans cette missive.

Le chef de l’Etat français tient à assurer que "ce texte ne vise nullement un peuple ou un Etat en particulier", formant le voeu que "la Turquie voudra bien prendre la mesure des intérêts communs qui unissent nos deux pays et nos deux peuples".

Le texte de loi prévoit de punir d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende la négation de génocides reconnus comme tels par la loi française, dont le génocide arménien, reconnu en 2001 au Parlement français.

Après le vote des députés le 22 décembre, la Turquie a gelé sa coopération militaire et politique avec Paris et l’adoption finale du texte aura sans doute pour conséquence un deuxième volet de sanctions.

De source proche du gouvernement, on souligne que la Turquie a prévu de rappeler sine die son ambassadeur à Paris. Ankara exigerait aussi le départ de l’ambassadeur de France en Turquie et pourrait réduire le niveau de sa représentation diplomatique en France.

Une riposte dans le domaine commercial et économique est aussi d’actualité.

D’autres représailles, plus symboliques, comme celle consistant à débaptiser des rues portant des noms français à Ankara et dans d’autres villes de Turquie, sont annoncées.

M. Erdogan a par ailleurs accusé la France, quand elle était puissance coloniale, d’avoir orchestré "un génocide" en Algérie.

Sur ce sujet, M. Sarkozy précise dans sa missive avoir dénoncé pendant un voyage en 2007 en Algérie "les souffrances indicibles et la brutalité aveugle de la colonisation française en Algérie", invitant la Turquie à faire aussi un travail de mémoire.

La Turquie réfute le terme de génocide, même si elle reconnaît que des massacres ont été commis et que quelque 500.000 Arméniens ont péri en Anatolie entre 1915 et 1917, les Arméniens évoquant quant à eux 1,5 million de morts.

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