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Un rapport au vitriol fustige les politiques d’intégration

Le 6 février 2013 à 18h18 , mis à jour le 6 février 2013 à 19h43

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Des immigrants sans-papiers attendent devant la préfecture de Bobigny le 3 décembre 2012

Des immigrants sans-papiers attendent devant la préfecture de Bobigny le 3 décembre 2012,

Par Charlotte PLANTIVE


Un rapport commandé par Matignon dresse un bilan accablant de la politique d'intégration menée depuis 30 ans et suggère plusieurs réformes, dont la création d'un "titre de tolérance" pour régulariser par étapes une grande partie des sans-papiers.

"La politique de lutte pour l’intégration des immigrés a toujours été un désir ou un regret (…) plutôt qu’une réalité", écrit le conseiller d’Etat Thierry Tuot dans un rapport dont l’AFP a eu connaissance.

Les responsables, "tous partis confondus", ont "oublié jusqu’au mot même d’intégration" et ont "détruit les outils" de cette politique, en coupant les crédits des établissements et des associations, poursuit-il.

Le rapport de cet ancien directeur général du Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (FAS) devait être remis vendredi dernier au Premier ministre qui a annulé au dernier moment la présentation pour des raisons d’"agenda".

En lui confiant la rédaction de ce rapport, Jean-Marc Ayrault pouvait s’attendre à un constat au vitriol : en 2000, Thierry Tuot avait écrit sous un pseudonyme "Les indésirables" pour critiquer l’inaction de la France en matière d’intégration des étrangers.

Il propose cette fois d’aborder avec "franchise" les réalités de l’immigration afin de "dissiper les fantasmes".

L’Etat doit notamment avouer que la majorité des sans-papiers sont inexpulsables "soit parce que le pays vers lequel on les reconduirait leur ferait un très mauvais sort" soit en raison de leur "situation personnelle (enfants, santé…)".

Or, "tous les gouvernements sans aucune exception, de droite comme de gauche, finissent par leur donner des papiers", écrit-il.

"Bout de tissu"

Il faut, selon M. Tuot, commencer à les intégrer en créant une sorte de "titre de tolérance", leur permettant avec "des droits réduits" au moment de la délivrance et un parcours étalé sur 5 ans d’aboutir à une régularisation.

Cette proposition a immédiatement déclenché les foudres de l’opposition. "Le Premier ministre fait définir, par un rapport caché, le +mode d’emploi+ d’une régularisation générale des clandestins", a estimé le député UMP Guillaume Larrivé.

Elle "risque de détourner l’attention de la question posée : celle de l’intégration", a pour sa part déploré Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile (FTA), qualifiant le rapport de "bienveillant mais confus".

Il y a entre 200.000 et 400.000 sans-papiers en France. Environ 30.000 sont régularisés chaque année, et autant expulsés. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a réaffirmé qu’il ne prévoyait "aucune régularisation massive".

Autre sujet polémique : Thierry Tuot suggère d’en finir avec "la question musulmane" qui "pollue le débat public". "A l’islamisme (…) répond un laïcisme de combat, furibond et moralisateur", regrette-il.

Il suggère donc de mettre un terme aux débats sur le voile. "La France a-t-elle jamais dépendu de ce qu’un bout de tissu - boubou, coiffe bretonne, chèche ou béret - soit porté d’une façon ou d’une autre ?"

Le conseiller d’Etat dresse une liste de réformes possibles à court terme, à forte portée symbolique : ériger un "mur du souvenir" aux soldats étrangers morts pour la France, créer des "lieux de mémoire" dans les quartiers…

Il insiste sur les efforts à réaliser en direction des vieux immigrés : terminer rapidement la rénovation des foyers Adoma (ex-Sonacotra), faciliter leurs allers et retours entre la France et le pays d’origine…

Puisque l’acte ultime de l’intégration est d’être enterré en France, il préconise le développement de carrés musulmans dans les cimetières. Aujourd’hui, faute de tels carrés, trois quarts des musulmans morts en France sont inhumés dans leur pays d’origine.

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