Le 22 mars 2011 à 20h13
François Fillon le 22 mars 2011 à l'Assemblée nationale à Paris
Acte politique délibéré ou simple expression d’une conviction personnelle ? Le Premier ministre a donné l’impression de s’éloigner de la consigne du "ni Front national, ni front républicain" élaborée de concert par l’Elysée et la direction de l’UMP en appelant à "voter contre le FN" en cas de duel gauche/FN.
Lors de la réunion à huis clos, mardi matin, du bureau du groupe UMP à l’Assemblée, où l’atmosphère était "très tendue" selon les participants, plusieurs députés UMP ont, fait inédit, dénoncé sa stratégie.
"La divergence à la tête de l’Etat est catastrophique. Je ne comprends pas la position de François Fillon", a lancé Bernard Debré.
"Cette position est désastreuse sur le terrain", a renchéri Yanick Paternotte. Guy Teissier s’est dit "terriblement choqué" par les propos du Premier ministre, évoquant lui aussi un "dysfonctionnement catastrophique".
A l’inverse, d’autres députés UMP ont soutenu la position de M. Fillon, comme le libéral Marc Laffineur, le centriste Pierre Méhaignerie et le radical Jean Leonetti, "ravi" que l’UMP soit ainsi "sortie de l’ambiguïté du +ni-ni+".
Dans les couloirs, Christian Vanneste a lui lié l’appel du Premier ministre à un "problème d’ordre géographique" : "Quand vous êtes élu dans une région semi-rurale de l’ouest, vous ne connaissez pas du tout le FN, donc vous ne l’analysez pas du tout de la même manière".
Mais les critiques les plus vives sont venues, dans l’après-midi, de Claude Goasguen. "Pour la première fois, François Fillon nous a déçus. Il a fait sa première faute politique", a lancé le député parisien avant d’ironiser : "mais on lui pardonne…"
"Il ne faut pas que le Premier ministre oublie que les députés UMP ont beaucoup oeuvré" pour son maintien à Matignon contre Jean-Louis Borloo. "S’il le fallait, on le lui rappellerait", a asséné M. Goasguen en ajoutant : "heureusement, il a essayé de redresser la barre ce matin" en "atténuant ses propos".
Prévenu par des proches du vent de contestation, M. Fillon a profité de la réunion du groupe UMP, qui suivait celle du bureau, pour affirmer qu’il n’y avait "aucune différence" entre Nicolas Sarkozy et lui, en soulignant que, pour le chef de l’Etat comme pour lui, "le choix, c’est s’abstenir ou voter PS".
Le patron des députés UMP, Christian Jacob, s’est aussitôt félicité de cette "mise au point".
Déplorant certaines "critiques excessives" à l’égard du Premier ministre, son entourage a tenu à souligner que M. Fillon "n’a pas changé de position entre" lundi et mardi.
Le député filloniste de Paris Jean-François Lamour s’est lui insurgé contre les propos de M. Goasguen : "C’est tout sauf une faute. Au contraire, le Premier ministre a permis une clarification. Il a exprimé en positif ce que d’autres disaient en négatif avec le ni-ni".
Mezza voce, beaucoup s’interrogeaient sur les intentions réelles de M. Fillon. "Il veut prendre date au cas où les choses tourneraient mal d’ici à 2012 ?", se demande un parlementaire UMP. D’autres estiment qu’il a voulu empêcher Jean-Louis Borloo d’occuper seul la ligne d’une stratégie offensive anti-FN.
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