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Coronavirus

Paroles de députés confinés : Marie-Christine Verdier-Jouclas

Comment les députés vivent-ils cette période de confinement ? Comment continuent-ils à faire leur travail de parlementaires hors des murs de l’Assemblée nationale ? Quel regard portent-ils sur cette situation et sur l'action du gouvernement ? Aujourd’hui : Marie-Christine Verdier-Jouclas, députée La République en Marche du Tarn et porte-parole du groupe LaREM à l’Assemblée.
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Marie-Christine Verdier-Jouclas, comment allez-vous ?

Je vais bien. Pour l’instant, toute ma famille et mes proches vont bien aussi. Je respecte les consignes car je me dois d’être exemplaire. Quand je sors pour faire un jogging ou promener mon chien, je ne sors pas plus d’une heure, je ne m’éloigne pas à plus d’un kilomètre autour de chez moi et toujours avec mon attestation. Je le fais une fois par jour dans le respect des règles et vraiment pour le strict nécessaire. Je fais aussi mes courses pour moi et pour mes parents pour qu’ils ne sortent pas.

Le Parlement est censé faire la loi et contrôler le gouvernement, or vous ne siégez plus à l’Assemblée et vous avez laissé un large pouvoir au gouvernement le temps de l’état d’urgence sanitaire. Comment définiriez-vous votre nouveau rôle de députée ?

On continue à fonctionner à distance. En tant que porte-parole, j’ai eu aujourd’hui une conférence téléphonique pour échanger sur différents sujets. J’ai eu aussi une réunion à distance avec les commissaires aux finances pour suivre les projets de loi votés au Parlement ce week-end. J’ai suivi les questions au gouvernement en direct sur LCP. Et des conférences téléphoniques, encore, avec Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement et Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, pour être informée de la situation. Nous avons également des boucles Telegram pour échanger entre nous des informations officielles. J’envoie par ailleurs beaucoup d’informations sur Facebook et par mails grâce au fichier que je me suis constituée depuis deux ans et demi. Il y a des maires, des élus, des associations, des citoyens… On essaie d’être utile et de poursuivre notre travail de député de toutes les façons possibles.

Etes-vous en train de devenir une véritable « députée de terrain »?

J’ai toujours été une députée de terrain. Quand je rentrais chez moi, j’étais sur le terrain : porte-à-porte, manifestations locales, représentation, visites d’entreprises, rendez-vous avec des Français qui me sollicitaient. Je ne voulais pas que les gens disent qu’on ne voit les politiques que lorsqu’il y a des élections. C’était un engagement de campagne, aller dans les 125 communes de ma circonscription. Actuellement, confinée chez moi, je suis davantage en contact avec les uns et les autres par messagerie électronique. Beaucoup de gens m’écrivent. J’ai fait une newsletter COVID, publiée sur Facebook et Twitter, sous forme d’articles à destination des soignants, entrepreneurs, écoliers, étudiants, etc. pour que chacun ait accès aux informations dont il a besoin.

Comment et à qui faites-vous remonter les problèmes dont vous avez connaissance au niveau de votre circonscription ?

Nous avons deux boucles spécifiques sur lesquelles les députés font remonter les problèmes de leur circonscription. Les deux députés coordinateurs, Michèle Peyron pour la santé et l’éducation et Mickaël Nogal pour les entreprises, font le lien avec le gouvernement et font redescendre les réponses. S’il y a une urgence, je rentre en contact directement avec la préfète. Je contacte aussi directement les conseillers parlementaires des ministres pour les informer, comme avant !

Comment entretenez-vous le lien avec les concitoyens de votre circonscription ? Par une « permanence call »?

J’utilise Facebook et Twitter pour communiquer. Quand j’ai des réponses officielles, je les publie sur les réseaux sociaux. Les gens m’écrivent aussi par mails, par SMS, par Messenger. Ou ils m’appellent. Je réponds à leurs questions. Ce mardi soir, j’organise un Facebook live.

Comment le groupe LaREM de l'Assemblée s’est-il réorganisé ?

Nous sommes tous en contact les uns avec les autres. Tout ce qu’on faisait physiquement on le fait en conférence téléphonique ou en visioconférence. Ce mercredi, j’ai comme ça une réunion du bureau du groupe. On réfléchit aussi à faire une réunion de groupe, comme c'est habituellement le cas à l’Assemblée (ndlr : le mardi matin habituellement), mais cette fois à distance, avec le ministre de la Santé. C’est à l’étude. Pour les questions au gouvernement, ce sont ceux qui peuvent se déplacer, en respectant les consignes de confinement, qui sont présents, bien sûr en nombre limité pour respecter là encore les règles de sécurité.

Quelle est l’utilité du Parlement en temps de « guerre »?

Le Parlement ne doit pas s’effacer même s’il ne peut pas légiférer comme en temps normal. Nous devons certes faire la loi mais, aussi notre travail de contrôle et d’évaluation. Un député, c’est aussi être utile sur le terrain. Ce travail sur le terrain, on continue à le faire différemment. Je ne me trouve pas inutile. Et je fais confiance aux collègues qui nous représentent lorsque l’Assemblée siège comme cela a été le cas pour voter les lois d’urgence le week-end dernier. C’était important de donner au gouvernement la possibilité d’agir immédiatement. Je crois que les Français l’ont compris.

Le Premier ministre a annoncé un durcissement des règles de confinement. Chez vous, les Français respectent-ils les consignes de confinement fixées par le gouvernement ?

Quand je sors, je vois des personnes isolées, pas de groupes, très peu de voitures. Dans ma commune c’est respecté. Mais dans les communes plus importantes, la préfète me dit que c’est plus compliqué. Les gens ont tendance à sortir le soir et à se regrouper. Je ne suis donc pas étonnée que le Premier ministre ait encore durci les consignes pour ceux qui n’ont pas encore bien compris ce qui se passait. Dans le Tarn, un premier décès a eu lieu il y a deux jours. Les gens n’ont pas le sentiment que le virus est arrivé comme dans l’Oise ou le Haut-Rhin. Certains n’ont pas encore intégré la gravité de la situation mais il y a des gens qui rappellent à l’ordre sur les boucles et les réseaux. Il y a de l’autorégulation entre citoyens. Je soutiens les forces de l’ordre qui verbalisent quand il faut le faire.

Les médecins sont divisés sur la prescription de la chloroquine. A qui le gouvernement doit-il faire confiance pour prendre la bonne décision ?

Ce n’est pas à moi d’arbitrer. Je souhaite beaucoup de courage au Premier ministre pour prendre cette décision. L’Organisation mondiale de la santé s’est prononcée, je lui fais confiance. Je ne suis pas médecin, j’espère que la bonne décision sera prise. Le conseil scientifique peut aider l’exécutif à prendre ces décisions. Je fais confiance aux médecins et aux scientifiques et j’incite les citoyens à leur faire confiance. Je regrette que certains politiques semblent penser qu’ils sont davantage médecins que les médecins eux-mêmes. On peut se servir de ce qui s’est passé pour gérer la crise au mieux ailleurs mais on ne peut pas faire de copié-collé avec d’autres pays.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le gouvernement n’a pas suffisamment anticipé sur le confinement, les stocks de masques, le dépistage massif ?

C’est toujours facile de dire « y’a qu’à faut qu’on…» ! Nous sommes face à une crise sanitaire inédite. On navigue à vue et on s’adapte tous les jours car la situation évolue. C’est comme naviguer dans la tempête. On ne saura jamais s’il fallait faire ci ou faire ça parce qu’il n’y a pas de précédent. Le confinement proportionné aura porté ses fruits dans le Tarn pour retarder le pic afin que le personnel soignant soit prêt à accueillir les malades. Est-ce que c’est la bonne solution ? Fallait-il faire autrement ? Je ne sais pas. Pour le dépistage, une fois qu’on a testé tout le monde, on fait quoi ? La problématique est européenne. Mais ça nous servira de leçon. Il faudra relocaliser le médical, tout ce qui est primordial, refaire un stock de masques pour ne plus être dépendant de l’extérieur car nous ne sommes pas à l’abri d’autres crises sanitaires. Les gens qui jettent la pierre, bien installés dans leur canapé ou anonymes derrière des comptes anonymes sur les réseaux sociaux, c’est insupportable car il y a des gens qui sont au front. Un peu de respect pour ceux qui sortent et travaillent pour sauver nos vies.

La droite a demandé pour l’automne prochain une commission d’enquête sur la gestion du Covid-19. Sera-t-elle nécessaire?

Nous avons demandé qu’il y ait une mission d’information parlementaire pour faire l’analyse, après la crise, de tout ce qui se sera passé. L’Assemblée nationale a déjà acté sa création. L’heure n’est pas à la polémique. Quand je vois des présidents de région faire de la politique politicienne, en ce moment, c’est indécent. En revanche analyser posément ce qui s’est passé et avoir un mode d’emploi validé et certifié pour éventuellement faire face à de possibles autres crises, c’est constructif et positif. Si c’est seulement pour taper sur les doigts du gouvernement, cela ne grandira personne.

Autre conséquence visible : la fracture sociale, numérique, n’est-elle pas accentuée du fait de l’épidémie ?

Oui, il est difficile de faire ses devoirs si on n’a pas Internet ou si on n’est pas accompagné. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a demandé que les professeurs appellent les élèves pour aider ceux qui en ont besoin. Il y aura aussi des cours de soutien cet été. Nous devons être vigilants pour réduire cette fracture sociale. C’est pour cela qu’on a mis en place un dispositif spécifique de chômage partiel pour éviter une baisse de pouvoir d’achat. Et si le confinement dure quinze jours supplémentaires, le ministre du Travail, Muriel Pénicaud, devra certainement annoncer d’autres mesures. Après la crise, il faudra faire le nécessaire si la fracture s’est aggravée. L’après sera très important pour les personnes en situation de précarité. Dès que cette crise sera terminée, il faudra qu’on soit prêt. Je suis convaincue que nous ferons un autre projet de loi de finances rectificative et que nous prendrons les mesures qui s’imposent dans le prochain Budget.


Propos recueillis par Brigitte Boucher