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Coronavirus

Paroles de députés confinés : Gilles Le Gendre

Comment les députés vivent-ils cette période de confinement ? Comment continuent-ils à faire leur travail de parlementaires hors des murs de l’Assemblée nationale ? Quel regard portent-ils sur cette situation et sur l'action du gouvernement ? Entretien avec Gilles Le Gendre, député La République en Marche de Paris et président du groupe LaREM à l’Assemblée.
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Gilles Le Gendre, comment allez-vous ?

Très bien, je vous remercie. Je m’adapte à notre nouvelle vie et je me mets surtout en position d’accompagner notre groupe dans cette nouvelle façon de travailler, provisoire, mais qui va durer quelques temps.

Comment vont les députés qui ont contracté le coronavirus ?

Afin de respecter le secret médical, je ne répondrai pas individuellement, mais tous vont bien, à une exception : un député est dans un état préoccupant.

Comment organisez-vous le fonctionnement d’un groupe de 297 députés à distance ?

Matériellement, la conférence téléphonique est devenue la règle, car tout le monde observe le confinement de manière scrupuleuse, sauf pour le vote des lois Covid-19, où nous étions dans l’hémicycle, et pour les questions au gouvernement. Tout cela en formation restreinte, bien sûr, pour appliquer les consignes sanitaires.

Nous essayons de respecter les rites habituels des réunions de présidence, de bureau, de whips, de porte-parole. Ce matin, je présidais une réunion de bureau de deux heures avec une quarantaine de ses membres. Nous n’avons pas encore organisé de réunions de groupe mais nous ne l’excluons pas, en vidéo-conférence. Dans ce cas, elle s’appellera la réunion e-Colbert [NDLR: Colbert est le nom de la salle de l’Assemblée nationale où se tient la réunion du groupe LaREM chaque mardi matin].

Sur le fond, que devient votre travail de député ?

Nous devons acter que nous sommes en quasi-chômage technique sur le plan parlementaire. Nous avons suspendu nos activités législatives, hormis pour le vote des projets de loi liés au Covid-19. L’Assemblée vit au ralenti, cela nous permet de renforcer le rôle que nous avons à jouer dans nos circonscriptions.

Pour cela, nous avons mis en place un dispositif qui consiste à accompagner les députés pour faire remonter les préoccupations de nos concitoyens vers le gouvernement et à promouvoir auprès d’eux les mesures que nous avons votées pour freiner l’épidémie et ses conséquences économiques et sociales. C’est le rôle du groupe.

Concrètement, de quels outils disposent les députés ?

Les députés bénéficient d’outils qui leur permettent d’avoir des informations fiables sur la crise, de fabriquer une newsletter, d’envoyer des courriers types, par exemple pour expliquer les mesures concernant les gardes d’enfants et d’interagir sur les réseaux sociaux.

Il y a aussi deux boucles, une sur la santé et l’éducation, l’autre sur l’entreprise et l’économie, que nous avons créées sur une messagerie instantanée. Nous avons désigné deux députés référents, Michèle Peyron et Mickaël Nogal, qui mutualisent les questions remontées du terrain et assurent l’interface avec le gouvernement. Ils sont en lien avec les cabinets ministériels compétents : Santé, Travail, Economie, Budget, Ecologie... Cela fonctionne très bien. Notre objectif est d’exercer pleinement le rôle de député et de s’organiser tout en économisant le temps de l’exécutif. Enfin, nous innovons via un rendez-vous live, tous les soirs, avec les députés, à heure fixe, pour apporter d’autres éléments de réponse.

Certaines pratiques pourraient-elles perdurer ?

Le grand défaut de tout ça, est que nous ne sommes pas ensemble, nous ne nous voyons plus. C’est un succédané acceptable mais pas idéal. Je n’ai pas envie d’animer mon groupe par téléphone. J’étais très content de voir mes collègues chaque mardi en réunion de groupe, de les recevoir dans mon bureau ou de les côtoyer dans l’hémicycle et j’ai hâte de les retrouver. Nous fonctionnons bien comme cela, mais ça ne peut être que provisoire.

Le Parlement est censé faire la loi et contrôler le gouvernement. Or les députés de votre groupe ne siègent plus à l’Assemblée et ont laissé un large pouvoir au gouvernement le temps de l’état d’urgence sanitaire, ils sont députés de terrain mais confinés. Certains députés s’interrogent-ils sur le rôle qu’ils jouent aujourd’hui ?

Les députés s’adaptent et mon rôle est de les y aider. Nous n’avons pas abdiqué notre rôle de contrôle du gouvernement. Avec le Président de l’Assemblée, Richard Ferrand, nous avons d’ailleurs acté la mission de suivi du Covid-19 et c’est dans ce cadre que s’exercera la mission de contrôle élargi prévue par la loi d’urgence. Nous ne sommes pas aux commandes, nous ne nous substituons pas au gouvernement et au personnel de santé. Notre influence sur la crise est modeste mais nous sommes déterminés à jouer pleinement notre rôle.

La mission de suivi du Covid-19 aura pour but de contrôler le gouvernement. Comment va-t-elle fonctionner ? Quand ?

Le président de l’Assemblée nationale devrait exposer les règles à la prochaine conférence des présidents, mardi prochain. Nous savons déjà que les présidents de commission seront co-rapporteurs.

Quelles leçons peut-on déjà tirer de la crise ?

Il est beaucoup trop tôt pour le dire. ll y aura une multitude de leçons à tirer, sur l’organisation de notre système de santé, sur le fonctionnement de l’économie, sur notre interdépendance et les fragilités qu’elle induit. Il faut de l’humilité. Aujourd’hui, l’heure est au combat, non aux analyses savantes.


Propos recueillis par Brigitte Boucher