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Mineurs djihadistes : "Les plus concernés par des tentatives d'attentat sont plutôt de bons élèves"

Les députés ont auditionné mardi matin Fabien Carrié et Laurent Bonelli, les auteurs de l'ouvrage "La fabrique de la radicalité, une sociologie des jeunes djihadistes français".
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LCPLCP

La mission d'information sur la radicalisation dans les services publics a auditionné mardi matin Fabien Carrié, chargé de recherche au Fonds de la recherche scientifique (FRS-FNRS), et Laurent Bonelli, sociologue, maître de conférences à Paris X - Nanterre.

Les deux chercheurs ont rédigé l’ouvrage "La fabrique de la radicalité, une sociologie des jeunes djihadistes français", une enquête sur les 133 mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse, entre 2012 et 2017, pour des faits de terrorisme ou signalés pour radicalisation.

"Familles très cadrantes"

Parmi ces jeunes, explique Laurent Bonelli, "les plus concernés par des tentatives d'attentat ou les départs vers la Syrie étaient non pas des jeunes délinquants issus de familles déstructurées mais au contraire plutôt des bons élèves, issus de familles du haut des milieux populaires (...), des familles très cadrantes" :

On est dans des familles qui jouent la carte d'une surintégration sociale au pays d'accueil.Laurent Bonelli

Selon le sociologue, il s'agit de "jeunes qui, dans l'incapacité de porter le projet familial d'ascension sociale, vont trouver dans l'idéologie djihadiste une manière de prendre le contre-pied de l'école et de leur famille".

Laurent Bonelli précise que ces mineurs de retour de Syrie "rentrent plutôt dans une phase de déception" mais précisent qu'une fois en France, pour "survivre en prison", ils font une "surenchère de radicalité".

Les filles ne sont pas "des pauvres gourdes"

Évoquant ensuite le cas des jeunes filles radicalisées, le sociologue remet en cause la "lecture qui a souvent été apportée de filles parties en Syrie par des promesses de mariage ou parce qu'on leur avait dit qu'elles allaient faire de l'humanitaire" : "On a l'impression que les filles sont des pauvres gourdes qui ne peuvent pas avoir un vrai engagement politique", déplore Laurent Bonelli.

Le sociologue précise que les mariages n'arrivent pas "avec des inconnus absolus mais avec des gens avec qui (elles entretiennent) des relations depuis un moment, numériques".

Selon lui, ces jeunes filles sont "extrêmement convaincues idéologiquement" et "jouent un rôle tout à fait crucial par exemple comme petites intellectuelles de la cause". Le co-auteur du livre "La fabrique de la radicalité" Fabien Carré ajoute que "ce sont souvent les filles qui sont les plus dures sur leurs prises de position", ce qui leur permet de "se faire reconnaître du reste du groupe".