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"Malaise" autour du meeting du chef d’État turc à Strasbourg

La mairie alsacienne ne cache pas son embarras, des élus LR s’interrogent sur la tenue d’un meeting étranger sur le sol français, tandis que le FN dénonce "l’exacerbation du communautarisme".
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A moins d'un mois d'élections législatives anticipées à haut risque pour l'AKP, son parti, le président turc Recep Tayyip Erdogan a tenu un meeting devant plus de 12 000 personnes, dimanche au Zénith de Strasbourg.

Intitulé "Des milliers de souffles, une seule voix contre le terrorisme", ce rassemblement a donné l'occasion au président turc de revenir sur son bilan et de fustiger "les gens qui menacent notre pays avec des armes, avec des bombes" et qui veulent entraîner la Turquie "dans les tunnels sombres du terrorisme". Au cours de son discours, M. Erdogan a notamment ciblé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le Parti démocratique des peuples, pro-kurde, comme le rapporte Le Monde sur place.

"Ce n’est pas un meeting politique", a insisté Yasin Sayin, porte-parole de l’événement, interrogé par l'AFP. Pourtant à quelques jours de l'ouverture des bureaux de vote dans les consulats hors de la Turquie et devant une diaspora qui compte pour des élections qui s'annoncent serrées, le discours du Président en exercice n'était pas un hasard. "C’est à vous d’éradiquer le terrorisme dans les urnes le 1er novembre", a conclu le chef de l'Etat, très affaibli par les dernières élections au mois de juin.

Une réunion "à la limite du communautarisme", considère un député Les Républicains

Lors du point presse hebdomadaire des Républicains, le député Sébastien Huygue s'est dit "surpris" qu'un chef d'Etat étranger organise un rassemblement politique en France. Il s'adresse au gouvernement en ces termes : "Est-il logique qu'un chef d'Etat étranger tienne un meeting sur le territoire français ?"

Patrick Hetzel, député LR du Bas-Rhin, n'est "pas choqué dans l'absolu". Pour lui, "il y a une tradition d'ouverture en France, comme lorsque l'Ayatollah Khomeini tenait des meetings en France". Il s'est en revanche dit "surpris" de voir que M. Erdogan "a utilisé un meeting local pour faire campagne auprès de la communauté turque européenne." Le député de Saverne fustige un discours "à la limite du communautarisme et des valeurs républicaines".

Sur les réseaux sociaux, les cadres du Front national comme Florian Philippot sont très virulents à l'encontre du discours du chef d'Etat turc. Le vice-président du FN, candidat dans la région, pointe dans un communiqué "l'exacerbation du communautarisme par un chef d’Etat étranger en France."

"Malaise" à la mairie de Strasbourg

Aucun des deux députés socialistes du département n'a souhaité répondre à nos questions. A la mairie de Strasbourg, on ne nie pas le "malaise" provoqué par la visite privée d'Erodogan. "M. Erdogan n'est pas sur le même registre de valeurs que le maire de Strasbourg" fait savoir l'entourage de Roland Ries. L'édile socialiste ne s'est pas déplacé pour accueillir le chef d'Etat, ce sont les services de la Préfecture qui s'en sont chargés.

"Pas de commentaire", nous répond le Quai d'Orsay.

"Hommes et femmes séparés"

Selon des témoins, les hommes et les femmes étaient séparés dans la fosse du Zénith de Strasbourg lors de ce rassemblement.

Des observations démenties par la directrice du Zénith, jointe par LCP.fr, Sylvie Chauchoix : "Je n'ai pas vu cela," assure-t-elle, invoquant simplement des "contrôles de sécurité à l'entrée du Zénith différenciés entre hommes et femmes, comme dans les aéroports".

Sur la teneur du leader turc, la directrice du Zénith est formelle : "M. Erdogan était en visite privée, c'était un meeting privé à l'attention de ses électeurs". Elle assure que les élus "étaient informés" de l'objet de la réunion. Et d'ajouter : "Nous n'avons eu aucune contre-indication, aucun contre-ordre. Moi je loue un bâtiment. On a fait notre métier".

L'entourage du maire de Strasbourg explique que le meeting de M. Erdogan "ne dépendait pas de la volonté du maire" et que, même s'il avait voulu l'empêcher, il n'aurait pas pu, ne serait-ce que parce que "le Zénith n'est pas situé physiquement à Strasbourg mais à Eckbolsheim". Ensuite, parce qu'il faut un risque de "trouble à l'ordre public" pour interdire un rassemblement, ce qui n'était pas le cas pour ce meeting.

Une manifestation d'opposants au chef d'État turc à réuni le même jour environ 1500 personnes à l'appel de la Fédération Union des Alevis de France pour signifier à Erdogan "qu'il n'est pas le bienvenu à Strasbourg, capitale des droits de l'Homme". De nombreux mouvements et associations de gauche se sont ralliés à la manifestation.