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Présidentielle 2017

À Lille, Emmanuel Macron fait l’éloge de "l’émancipation par le travail"

Le candidat à l’élection présidentielle a terminé samedi sa tournée dans les Hauts-de-France dans un Zénith comble. L’occasion de lever un coin du voile sur ses mesures économiques, dans des terres marquées par "la grande misère". Reportage.
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Un maire sans étiquette, une entrepreneuse adhérente du Medef, un éléphant socialiste, une enseignante en sciences économiques et sociales? Samedi, à Lille, le premier rang du candidat Macron résumait à lui seul toute la force et l'ambiguïté de son mouvement : une synthèse habile entre droite et gauche, société civile et figures politiciennes.

Emmanuel Macron est, à n'en pas douter, l'un des seuls à rendre hommage dans un même discours à Xavier Bertrand et Martine Aubry, à Pierre Mauroy comme au Général de Gaulle?

"Du travail, rien d'autre !"

Ratisser large, au risque d'entretenir le flou ? S'il faut souvent tendre l'oreille pour saisir des propositions concrètes, Emmanuel Macron a égrené samedi des mesures économiques assez précises. Après plusieurs jours à arpenter les terres nordistes, du bassin minier lensois à Hellemmes, dans la banlieue lilloise, le candidat livre son verdict : "Que veulent les gens ? Du travail, rien d'autre !"

"Au risque de choquer certains", Emmanuel Macron dit vouloir "regarder en face la grande misère qui s'est installée dans ces terres de combat". Face à la désindustrialisation, au chômage de masse, lui se veut le candidat de "l'émancipation par le travail" et propose une "protection sociale universelle". Soit le droit au chômage pour tous, sans cotisation préalable. À nouveaux droits, nouveaux devoirs : chacun devra se former ou accepter une offre d'emploi qui correspond à ses compétences.

Je ne veux plus entendre ?j'ai encore droit de rester un peu au chômage' ou ?on ne me propose rien' !Emmanuel Macron, samedi 14 janvier au Zénith de Lille

Baisses de charges à tout va

Pour ce faire, l'ex ministre de l'Économie veut un "vrai service public de la formation continue et de la qualification". "Cela ne veut pas dire plus de fonctionnaires" prévient-il, mais "mieux utiliser les 35 milliards d'euros annuels" dédiés à la formation professionnelle. Pour lui, notre "modèle social généreux" a vécu et il ne prépare pas aux "grands bouleversements à venir". "Des millions d'emplois seront détruits, mais des millions seront créés dans la transition écologique et la silver economy", prédit-il. Après une formation de "six mois, un an, deux ans", les travailleurs seraient ainsi prêts à "entrer dans le nouveau siècle".

Définitivement pro-business, le fondateur d'En Marche veut faire basculer progressivement le financement de la protection sociale sur la fiscalité. Si l'on en croit les chiffres qu'il donne, ce projet se fera (beaucoup) en faveur de l'entreprise et ira (un peu) dans la poche des salariés.

Il souhaite ainsi transformer le Crédit d'impôts compétitivité emploi (Cice) en "baisse de charges patronales durables, de 6 points". À l'heure où, à gauche, beaucoup s'interrogent sur l'absence de contreparties liées à cette mesure phare du quinquennat, lui veut que "cette baisse bénéficie à toutes les entreprises, quelles qu'elles soient". Autre proposition : les salaires au SMIC bénéficieront de dix points de charges patronales en moins. Enfin, afin d'augmenter le salaire net, il propose de baisser de trois points les cotisations salariales, en échange d'"une hausse plus limitée de la CSG".

"Imposer sa réalité"

Dans ce qui pourrait être une sorte de tome II de la loi El Khomri, Emmanuel Macron fait le v?ux d'un code du travail allégé, des normes plus souples, et de la fin du régime social des indépendants (RSI), fondu dans le régime général. Pourra-t-il compter sur la gauche pour imposer un tel projet, quand on sait ce que la loi Travail a coûté à la majorité socialiste, après dix jours de mobilisation syndicale et six utilisations du 49-3 ?

À 39 ans, l'ancienne éminence grise de la politique économique de François Hollande croit plus que jamais en ses chances. Crédité de sondages flatteurs, plus élevés encore si le candidat du PS désigné le 29 janvier était issu de la gauche du parti, le candidat Macron cite l'ancien maire de Lille Pierre Mauroy pour se donner des ailes :

À force de croire obstinément en ses rêves, on finit par imposer sa réalitéEmmanuel Macron, samedi 14 janvier au Zénith de Lille

VIDÉO - Ses premières mesures pour l'éducation

Sur l'éducation, Emmanuel Macron a égrené plusieurs mesures sur lesquelles il compte revenir dans les "semaines qui viennent". Telles que diviser par deux le nombre d'élèves en CP-CE1 dans les zones d'éducation prioritaires et ajouter du contrôle continu dans le baccalauréat. Le reportage de Vianey Lorin.