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Extrême droite

L'extrême droite sous la loupe des députés

Ultra-minoritaires en militants, et pourtant, de plus en plus audibles dans l'opinion, les groupuscules d'extrême droite sont auscultés par une commission d'enquête lancée à l'Assemblée par le groupe La France insoumise. Souvent très violents, ils ont été particulièrement visibles à Paris en marge des manifestation des "gilets jaunes". Les députés ont auditionné, mercredi, chercheurs, politologues et sociologues pour dresser l'examen clinique de la droite de la droite en France. Du Rassemblement national à l'ultradroite, revue de détail.
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Face aux députés présents, les experts convoqués mercredi ont dépeint une extrême droite dont le nombre de militants reste très faible mais qui bénéficie aujourd'hui d'une exposition inégalée, grâce à Internet, auprès d'une partie de la société en perte de repères, de plus en plus perméable aux thèses et stratégies développées.

7 millions de connexions tous les mois sur Égalité et Réconciliation

Si visiter un site Internet ne signifie pas approuver son contenu et ses prises de positions, sa fréquentation témoigne néanmoins de son écho. Selon la chercheuse Valérie Igounet, le site Internet d'Alain Soral serait aujourd'hui "le premier site conspirationniste" de France avec 7 millions de connexions chaque mois : "Regardez les thématiques qu'il véhicule (...) c'est entre autres le négationnisme, ce sont aussi des thématiques qui sont liées à celle du grand remplacement, à celle du nationalisme..." Pour elle, lutter contre la propagation de ces idées, c'est notamment attaquer les "vecteurs", donc les hébergeurs, ou bloquer des publications ne respectant pas le droit français.

Conspirationnisme : absence de tabous chez les jeunes générations

Si les extrêmes droites en France restent largement divisées, très peu unies par un corpus idéologique commun, elles développent largement leurs discours à destination des jeunes. "Quand le groupuscule ne parle qu'à lui-même ce n'est pas très important (...) en revanche, quand il y a une chambre d'écho, c'est une autre affaire", alerte le politologue Pascal Perrineau. Un écho et une écoute de plus en plus large chez les 16-35 ans car, selon lui, ces nouvelles générations ne possèdent pas "les systèmes de tabous" des anciennes générations.

Les jeunes sont beaucoup plus sensibles aux thèses conspirationnistes que les 65 ans et plus ! Pascal Perrineau, politologue

Internet, une porte d'entrée vers l'activisme d'ultradroite

Rares sont les passages à l'acte suite à la fréquentation de sites Internet ou à des rencontres via les réseaux sociaux, explique le directeur de l'Observatoire des radicalités politiques Jean-Yves Camus. Mais ils constituent souvent une première étape. "On focalise beaucoup en ce moment sur ce qu'il se passe sur Internet. Mais (...) tout ne se passe pas sur Internet. Internet mène aussi à la vraie vie", alerte Jean-Yves Camus. Les sympathisants de ces groupuscules "prennent contact sur internet et les réseaux sociaux" et ensuite "se rencontrent dans la vraie vie, échafaudent des plans, ensemble" lors de camps d'été, de réunions publiques ou de manifestations par exemple.

L'ultradroite , ça n'est pas simplement l'univers d'Internet et des réseaux sociaux, c'est aussi une mouvance que l'on peut observer dans le monde tout à fait réel. Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques


Le Rassemblement national polarise le champ de l'extrême droite

Le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen a toute sa place dans le champ de l'extrême droite, selon le sociologue Joël Gombin. "De mon point de vue il n'y a guère de débats sur le fait que le Front national (aujourd'hui Rassemblement national) appartient bien au champ de l'extrême droite (...) ce qui ne revient pas à le mettre dans le même sac et à faire l'amalgame". De par sa taille, le RN constitue même le centre de gravité de cette partie de l'échiquier politique.

Le négationnisme "marqueur idéologique de l'ADN du Front national"

L'idéologie des groupuscules d'extrême droite a longtemps irrigué le Front national. Des influences auxquelles Jean-Marie Le Pen a fait une large place dans son parti. Or, lorsque Marine Le Pen prend la tête du parti en 2011, on assiste à un changement d'attitude. Dès sa prise de fonctions, elle a souhaité rejeter l'héritage groupusculaire et notamment négationniste.

Une des premières déclarations officielles qu'elle fait, c'est par rapport au négationnisme. C'est à dire qu'elle rejette très rapidement ce marqueur idéologique qui fait partie de l'ADN du Front national.Valérie Igounet, chercheuse associée à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS)

Toutefois, les thèses conspirationnistes restent largement partagées parmi l'électorat du Rassemblement national.

L'électorat du Rassemblement national est beaucoup plus perméable que les autres électorats aux thèses conspirationnistes. Et en particulier à celle du grand remplacement.Valérie Igounet, chercheuse associée à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS)

Des phénomènes sur lesquels le RN tente de capitaliser politiquement dans les urnes. Pour le politologue Pascal Perrineau les sociétés post-industrielles créent "des perdants et des gagnants. Il y a des gens qui sont objectivement gagnants (...) et qui, depuis de longues années, n'ont plus de représentation politique". Des perdants qui, faute de débouché politique, se tournent vers le Rassemblement national, même ceux venus de "la gauche ou l'extrême gauche". Répondre aux perdants de la mondialisation paraît dès lors la priorité absolue des politiques, s'ils ne veulent pas voir augmenter sans cesse le champ et l'écho de l'extrême droite en France.