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Les grands enjeux de la conférence environnementale

Pourquoi la transition énergétique est-elle si difficile à mettre en place ?
3 min

Établir le cadre et le calendrier de l’action gouvernementale en matière d'écologie. C’est l’objectif affiché de la conférence environnementale (à suivre en direct sur LCP) que François Hollande ouvre vendredi en présence de quatorze ministres.
"On attend une feuille de route sur la transition énergétique", déclare Benoît Hartmann, porte-parole de la fédération France Nature Environnement, qui regroupe 3000 associations écologistes françaises.
Patrons du secteur industriel, syndicats, militants écologistes et parlementaires vont débattre autour de cinq tables rondes : transition énergétique, biodiversité, fiscalité verte, gouvernance et santé environnementale.
Les grandes lignes de conduite devraient notamment être fixées concernant deux sujets sensibles : le nucléaire et le gaz de schiste.

"Le solaire et l'éolien produisent bien plus d'emplois que le nucléaire"

"Fessenheim fermera le plus tôt possible", a rappelé Delphine Batho, la ministre de l’Écologie, à la suite de l’incident chimique qui s’est produit mercredi 5 septembre dans la plus vieille centrale nucléaire française. Son démantèlement était une promesse de François Hollande durant la campagne présidentielle. L'objectif affiché étant de faire passer la part du nucléaire de 75 à 50% de la production énergétique totale.
Problème : cette réorientation aura une conséquence importante sur l'emploi, dans un secteur longtemps considéré comme le fleuron d'un pays souhaitant être moins dépendant du pétrole et de ses fournisseurs.
"Sur l'éolien terrestre et offshore, sur le solaire, sur les énergies marines, la biomasse, le potentiel est considérable, cela créera des emplois" a assuré la ministre dans le Journal du Dimanche du 9 septembre. M. Hartmann va même plus loin : "Les secteurs de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne produisent bien plus d’emploi que le nucléaire".

La conférence sur l'environnement doit définir comment mettre en oeuvre la transition énergétique dans nos habitudes de consommation et dans notre économie.
"On peut diviser par quatre nos consommations en énergie", assure Benoît Hartmann, qui prône la fermeture de deux réacteurs par an. Selon lui, la sortie du nucléaire est due avant tout à une question de sécurité. "C'est simple, le seul intérêt de baisser la production du nucléaire est de limiter l'exposition au risque".

L'échec de la filière photovoltaïque en France

Sous le quinquennat précédent, le développement de l'énergie solaire était l'un des objectifs du Grenelle de l'environnement. En 2010, le gouvernement annonce cependant un moratoire sur la filière photovoltaïque. Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l'écologie, explique que "90 % des panneaux installés en France viennent de Chine, or ces panneaux produisent 1,8 fois plus de CO2 qu'un panneau fabriqué en France." France Nature Environnement se désole de ce constat : "Le gouvernement sous Sarkozy a sacrifié 10 000 emplois, EDF a absorbé toutes les petites entreprises avec le moratoire".
Toute la difficulté actuelle du gouvernement est de faire en sorte que la transition énergétique soit bénéfique pour l'industrie française.

72% des Français opposés à l'exploitation des gaz de schiste 

Le gaz de schiste est l'un des points chauds de ce sommet sur l’environnement. Selon un sondage IFOP commandé par l'association WWF, 72% des Français seraient opposés à l'exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a créé la sensation fin août en déclarant que la question de l’exploitation des gaz de schiste "n’était pas tranchée", avant de réaffirmer toutefois très vite son interdiction. La France, est devenue, en juillet 2011, le premier pays à bannir l’usage de la technique controversée de la fracturation hydraulique, bloquant de fait l’exploitation du gaz de schiste, prisonnier des roches souterraines.
Depuis, les industriels ne cessent de mettre en avant la manne que représenterait l'exploitation des sous-sols. " Quand on est dans une situation économique difficile comme aujourd'hui et qu'on se pose en plus des questions sur le nucléaire, c'est dommage ne pas se donner la possibilité de développer du gaz ", a expliqué récemment sur RTL le PDG du groupe Total, Christophe de Margerie.

Les États-Unis ont largement développé l'exploitation des gaz de schiste sur leur territoire, ce qui a provoqué des dommages environnementaux, mais aussi un regain de compétitivité sur l'économie américaine. "Au fur et à mesure, la surveillance est devenue beaucoup plus forte aux États-Unis, affirme Yves-Marie Dalibard, porte-parole de l'Union française des industries pétrolières (UFIPM), on peut en Europe tirer profit des progrès dans ce domaine et en tirer le meilleur". Du côté des militants écologistes, on souligne les dégâts qu'une telle méthode peut causer sur l'environnement. "Quand vous ne pouvez extraire que 20% de ce que vous libérez, vous ne savez pas où vont les derniers 80%. Le PIB des États-Unis ne quantifie pas les dégâts sur l'environnement" alerte Benoît Hartmann.

"Le photovoltaïque et l'énergie éolienne sont formidables, explique M.Dalibard, mais elles sont intermittentes, dépendantes du vent et du soleil. Nous avons besoin d'énergie 24 heures sur 24, et le gaz est le moyen le plus souple pour gérer cette intermittence".

La conférence qui débute ce vendredi tentera de définir une nouvelle feuille de route pour cette révolution énergétique à venir.

Lors de son discours d'ouverture, François Hollande s'est montré défavorable à l'exploitation du gaz de schiste :