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L'écologie : oubliée de la campagne ?

Thème phare en 2007, l'écologie peine à trouver sa place dans le débat de 2012. Seule la question du nucléaire est réellement débattue.
6 min

En 2007, l'écologie, sous l'impulsion de Nicolas Hulot, s'était imposée à tous les candidats. Le président de la Fondation Nicolas-Hulot pour la Nature et l'Homme, et le comité de veille écologique (CVE), avaient réussi à influencer le cours de la campagne notamment en soumettant aux candidats le Pacte écologique. Signé par presque tous les candidats, ce pacte avait abouti, après l'élection de Nicolas Sarkozy, au Grenelle de l'Environnement et à la constitution d'un ministère dédié.

Cinq ans plus tard, la situation a bien changé. Nicolas Sarkozy estimait récemment que l'environnement, "ça commence à bien faire". Daniel Boy, spécialiste des verts au centre d’études politiques Cevipof, analyse cette baisse de l'intérêt pour l'écologie à travers le prisme de la conjoncture économique : "à chaque fois que la crise s’aggrave, il y a un recul sur l’environnement car il y a d’autres priorités".

L'écologie n'est pas absente des programmes électoraux. Mais elle semble souffrir du "greenwashing" ambiant de notre société.
Procédé marketing donnant une image écologique sans contenu véritablement "vert", le "greenwashing" s'applique aussi aux propositions des candidats. Beaucoup parlent de "développement durable" dans leurs programmes mais s'en apporter de réelles solutions. Dans l'ensemble, les candidats demeurent flous, peu concrets sur les options à mettre en œuvre.

Les verts victimes de désaffection...

Éva Joly, porte drapeau de l'écologie, rassemble très peu les Français derrière les questions environnementales. Hormis Noël Mamère en 2002 qui avait obtenu 5,25% des voix, les verts n'arrivent pas à s'imposer dans les présidentielles., La candidate EELV, non issue du sérail politique, a récemment fait un mea-culpa sur sa mauvaise campagne. "Je sais que je ne suis pas formatée comme les autres candidats" a-t-elle avoué fin mars."Lorsque je vois dans les sondages que le pouvoir d’achat est la première préoccupation (des Français) et l’écologie la dernière, je me dis que j’ai été très mauvaise et que je n’ai pas réussi à faire comprendre" les enjeux écologiques alors que "nos solutions" peuvent lutter contre la crise.

Certains spécialistes, comme Dominique Simonnet, pensent que l'écologie politique n'est tout simplement désormais plus d'actualité - l’écologie étant aujourd'hui assimilée par tous les partis.

Le clivage sur le nucléaire

La catastrophe de Fukushima en mars 2011 a durablement marqué les esprits. La question de la poursuite du programme nucléaire s'est alors posée. Elle est devenue l'un des thèmes forts de la campagne.

Le 31 janvier, la Cour des Comptes a rendu un rapport intitulé "Les Coûts de la filière électro-nucléaire". Elle a conclu que dans tous les cas, la France devrait réaliser des efforts financiers considérables pour maintenir la production d’électricité.

"D’ici la fin de l’année 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront leur 40e année de fonctionnement", et à moins de prolonger leur durée de vie, "il faudrait un effort très considérable d’investissement permettant de construire 11 EPR d’ici 2022", a déclaré Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. Les frais de maintenance du parc existant vont plus que doubler sur la période 2011-2025 et devraient faire grimper de 10% le coût moyen de production de l’électricité nucléaire (source AFP).

Tous les candidats se sont positionnés sur le dossier du nucléaire.

- (**Sortie définitive*) : Philippe Poutou est le seul candidat à se donner 10 ans pour en finir avec le nucléaire, s'appuyant sur "le développement massif des énergies renouvelables, couplé à un vaste plan d’économies d’énergie". Eva Joly compte sortir du nucléaire totalement en 2031.

- (**En transition*). François Hollande propose un "mix énergétique" avec "la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025". Tout en "modernisant" le nucléaire (fermeture de Fessenheim et poursuite du chantier de Flamanville), le candidat socialiste veut aussi "favoriser la montée en puissance des énergies renouvelables".

Marine Le Pen veut "conserver l’énergie nucléaire à moyen terme" mais selon elle, "il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire". Elle entend aussi poursuivre la construction de l’EPR de Flamanville.

- (**Poursuite totale*). Pour Jacques Cheminade, il faut "reconsidérer le nucléaire comme une étape nécessaire du développement humain". Il considère que "le nucléaire est devenu l’objet de peurs irrationnelles".

Nicolas Sarkozy se pose en fervent défenseur de l'industrie nucléaire. Il a estimé, en déplacement à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux dans le Loir-et-Cher, que c'est "une énergie propre, alors que les énergies fossiles baissent". Il veut soutenir les 400 000 emplois liés à cette industrie. Nicolas Dupont-Aignan compte aussi poursuivre le nucléaire.

- (**Peu précis*). François Bayrou a pour priorité la sécurité des centrales nucléaires en confortant "l’indépendance de l’Agence de Sureté Nucléaire", plutôt que leur fermeture. Les énergies renouvelables "devraient atteindre en 2030, 40 % de la production électrique française".

Jean-Luc Mélenchon soumettra cette question aux français par un "grand débat public". Mais il fera "sans attendre, la ré-internalisation de toutes les opérations de maintenance et de sûreté nucléaire" et un "moratoire sur toutes les politiques de déréglementation de l’énergie".

Les OGM et l'agriculture bio

Autres thèmes : les OGM et le bio. Les citoyens sont de plus en plus préoccupés par le contenu de leurs assiettes. Des "crises" surgissent fréquemment, comme celle du concombre l'année dernière ou encore celle du poulet touché par une bactérie.

- François Hollande veut que le maïs OGM, notamment le maïs OGM Mon 810 (Monsanto), reste interdit en France.

- François Bayrou revendique "une agriculture respectueuse de l'environnement", mêlant "une agriculture raisonnée", et celle "biologique avec des circuits de commercialisation courts et qui sera en elle-même une défense de notre patrimoine nature".

- Nicolas Sarkozy s'explique dans un entretien accordé à Agra Presse et La France Agricole, le 24/02/12. Sur le bio : "Le développement de l’agriculture bio reste une priorité. La meilleure preuve c’est que nous avons maintenu le crédit d’impôt pour le bio en 2012, malgré les réductions de niches fiscales. En 2011, nous avons consacré 100 millions d’euros au développement du bio. Depuis 2007, les surfaces en agriculture biologique ont tout de même augmenté de 50 %". Sur les OGM :"Nous n’avons pas accepté la culture du maïs Mon 810 et nous avons décidé de prendre une nouvelle clause de sauvegarde le concernant (...). Cela ne signifie pas que nous sommes totalement opposés aux OGM. Nous avons fait voter une loi en 2008 qui n’interdit pas leur culture mais la soumet à des conditions particulières(...). Le seuil d’étiquetage des OGM a été fixé à 0,1 %, ce qui est cohérent puisque c’est le seuil de détectabilité.(...) Il est normal que nous appliquions le principe de précaution vu les problèmes de dissémination".

- Philippe Poutou veut "interdire progressivement l’emploi des engrais et pesticides chimiques et aller vers la généralisation de l’agriculture biologique, interdire les OGM en plein champ, et garantir le droit d’accès à la terre pour les petits paysans". Jean-Luc Mélenchon le rejoint : le Front de Gauche interdira "les OGM en plein champ et la vente libre des pesticides et herbicides chimiques nocifs pour la santé (le « Roundup », notamment)".

- Jacques Cheminade projette de "doubler la capacité de production agricole pour pouvoir nourrir 9 à 10 milliards d’êtres humains d’ici 2050. Pour préserver la fertilité des sols usés par l’utilisation excessive de produits chimiques, préparer une révolution agrobiophysique impliquant de nouvelles formations pour les agriculteurs, ouvrant à des transformations du métier".

- Loi OGM : un texte pour rien ?

Bilan

Il n'y a pas eu dans cette campagne, d'appel percutant comme celui de Nicolas Hulot en 2007 pour interpeller les candidats sur les sujets écologiques. Néanmoins, France Nature Environnement, a soumis sept présidentiables à un "grand oral".

Récemment, Nicolas Hulot, a exprimé sur France Inter son inquiétude devant la disparition des enjeux environnementaux de la campagne de 2012 : "on est happés par le court terme, la crise économique a bouté la crise écologique hors de nos écrans radar". Mais "la vraie crise, celle qui va saper tous nos acquis démocratiques, économiques, sociaux, c’est la crise écologique, si on n’y prend pas garde", a-t-il averti.

06/09/10

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