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Abattoirs

Bien-être animal : Le Foll diligente une évaluation sur l'abattage rituel

Auditionné mercredi après-midi à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Agriculture a également rendu les conclusions des enquêtes diligentées après la diffusion des vidéos de l'association L214.
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Stéphane Le Foll à l'Assemblée. Crédit photo : AFPStéphane Le Foll à l'Assemblée. Crédit photo : AFP


Depuis plusieurs semaines, les auditions se poursuivent devant la commission sur les "Conditions d'abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français". Après l'association L214 et les professionnels, c'était donc au tour du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll d'être entendu, mercredi après-midi.

Pour comprendre le débat >> Abattoirs : la maltraitance animale dans le collimateur des députés

99 avertissements adressés

Lors de cette audition, le ministre est revenu sur les résultats des contrôles effectués. Au total, explique Stéphane Le Foll, 259 établissements ont été contrôlés (sur 263). Comme les établissements peuvent avoir plusieurs chaînes d'abattages au total se sont 460 chaînes d'abattages qui ont été inspectées.

Bilan : sur les 2/3 des établissements, aucun problème n'a été remarqué. Pour le tiers restant, le ministre de l'Agriculture explique que des défaut d'étourdissement ont été remarqués dans 39 chaînes d'abattages. Des mesures ont depuis été prises, précise le ministre et 99 avertissements ont été adressés aux abattoirs.

Un rapport en septembre sur l'abattage rituel

Puis les députés ont interrogé le ministre sur la question de l'abattage rituel. En effet, lors des précédente auditions de la commission d'enquête, des associations mais aussi des professionnels des abattoirs avaient souligné le paradoxe entre le bien-être animal et l'absence d'étourdissement pour l'abattage rituel.

En tant que ministre et laïc, je n'ai pas à porter de jugement. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture

Pour autant "peut-on faire autrement ?", s'interroge Stéphane Le Foll. En 2014, en termes de têtes abattues, les animaux tués sans étourdissement représentent 15% des bovins et 27% des ovins. Au total, ce sont 218 abattoirs qui sont habilités à faire de l'abattage sans étourdissement en France, souligne le ministre.

Alors, pour savoir comment sont appliquées les règles dans ces abattoirs et quelles sont les pistes d'améliorations possibles, le ministre a annoncé avoir lancé un "rapport d'évaluation" qui devrait être remis en septembre. A ce jour, l'abattage rituel est régi par un décret de 2011 et un arrêté de 2012.

Stephane Le Foll a expliqué ainsi sa démarche :

J'essaie d'engager des discussions pour savoir si l'on ne pouvait pas améliorer les choses. [?] J'ai engagé une évaluation confiée au Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) pour évaluer la mise en place effective de ces dispositions et, dans le cas échéant, dégager des voies d'amélioration. [...] On aura ce rapport en septembre et j'aurai une évaluation précise. Est-ce que l'on peut faire du halal sans validation des autorités religieuses ? Non. De la même manière pour le casher. Ce n'est pas nous qui pouvons décider des conditions dans lesquelles se délivrent les certificats. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture

"Rien ne démontre qu'il y a aujourd'hui un problème sur l'abattage rituel", insiste l'entourage de Stéphane Le Foll qui précise que l'évaluation a été commandée le 19 février.

L'abattage casher: "on ne mange que la moitié d'un animal"

Enfin, Stéphane Le Foll est revenu sur une question concernant l'étiquetage de la viande "abattue de manière casher".

Dans l'abattage casher, on ne mange que la moitié d'un animal. Et l'avant. Quand on abat un animal, il y a deux parties. Et tant mieux. [...] Après vous me dites, je ne veux pas manger un arrière d'animal abattu sous le rite casher. [...] Si on fait ça, on aura sur la barquette "abattu de manière casher". Bon, ça veut dire que la moitié de l'animal, quand il sera abattu ne sera pas commercialisable et sur les parties, pour ce qui nous concerne nous, les plus nobles [...] Moi sur ce sujet, je ne suis pas favorable à l'étiquetage. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture

En d'autre termes, pour des raisons religieuses, les personnes musulmanes et juives pratiquantes délaissent certains morceaux des animaux. Ceux-ci sont alors écoulés dans les filières dites "classiques". Pour l'heure, ces viandes sont vendues sans mention spécifique. Le ministre s'est prononcé en défaveur d'un étiquetage de ces parties de la viande. "Ce serait de la tromperie", justifie son entourage.

L'audition du ministre de l'Agriculture aura duré près de deux heures.


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Pour comprendre le débat

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Pour revoir les autres interventions

>> Devant la commission d'enquête, l'association L214 détaille les techniques d'abattage

>> Le directeur de l'abattoir du Vigan veut un établissement "exemplaire" en matière de protection animale