twitter facebook chevron-right
Ecologie

La venue de Greta Thunberg à l'Assemblée ne fait pas l'unanimité

Plusieurs élus Les Républicains, mais aussi certains députés La République en Marche, critiquent l'invitation de la jeune activiste suédoise mardi à l'Assemblée nationale.
5 min

Fallait-il l'inviter ? La venue mardi à l'Assemblée nationale de la jeune militante écologiste Greta Thunberg ne fait pas l'unanimité parmi les députés.

"Prix Nobel de la peur"

L'un des premiers à avoir évoqué ses doutes est l'élu non inscrit Sébastien Chenu (Rassemblement national) : mercredi 17 juillet, le député signifie sur Twitter son refus de "se prosterner devant cette enfant de 16 ans".

Quelques jours plus tard, le député Les Républicains Guillaume Larrivé critique lui aussi l'événement. Dans un message partagé près de 2.000 fois, le candidat à la présidence de LR prône le boycott du discours de la jeune écologiste.

Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n'avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique.Guillaume Larrivé sur Twitter

Le lendemain, Julien Aubert, lui aussi candidat à la présidence des Républicains, affiche sa volonté de ne pas applaudir "une prophétesse en culottes courtes, 'Prix nobel de la peur'". D'autres élus LR, comme Valérie Boyer, qui a qualifié Greta Thunberg de "jeune activiste déscolarisée", ou Jean-Louis Thiériot, affichent leur scepticisme.

Interrogée par LCP, Constance Le Grip (LR) dénonce "un show médiatique" mais n'appelle pas au "boycott". L'élue Les Républicains juge simplement qu'il ne lui semble "pas essentiel de se rendre à cette invitation, fût-ce au nom du 'politiquement correct'".

Seule voix divergente à droite, celle d'Eric Diard qui appelle ses collègues à "ne pas tomber dans l'hystérie".

"Les masques tombent"

Les critiques à droite font réagir le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse Gabriel Attal. "Si Greta Thunberg avait 30 ans de plus, personne ne mettrait en cause sa légitimité à l'Assemblée nationale (...) Triste message pour les jeunes engagés", écrit celui qui a été chargé de la mise en place du service national universel.

Le secrétaire d’État se dit "halluciné par tous ces propos méprisants" à l'égard de la jeune militante alors qu'"elle a aidé des millions de jeunes à s'engager pour le climat".

Interrogé par le Huffington Post, Matthieu Orphelin, à l'origine de la venue de Greta Thunberg, répond à la polémique : "Refuser d'entendre la jeunesse, se boucher les oreilles après les alertes scientifiques, cela montre tout le chemin qui leur reste à accomplir. Mais rien ne les oblige à être là."

L'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot réagit lui aussi lundi et estime que Greta Thunberg a "toute légitimité à s'exprimer" :

N'injurions ni la jeunesse, ni l'avenir.Nicolas Hulot sur Twitter

La jeune suédoise a également reçu le soutien de l'ancienne ministre Nathalie Loiseau, qui dénonce la "piètre image" renvoyée par les députés LR, ou encore du député LaREM Aurélien Taché. Ce dernier critique Julien Aubert et Guillaume Larrivé, qualifiés de "prophètes en complet veston".

Un autre député LaREM, Jean-Baptiste Djebbari, reconnaît que l'adolescente "incarne la mobilisation des jeunes". Mais selon lui, la "prise de conscience écologique ne s'est pas éveillée avec elle".

L'élu juge donc qu'il ne faut faire de Greta Thunberg ni "l'alpha et l'oméga de la lutte contre le dérèglement climatique" ni "une forme de repoussoir qui n'est pas souhaitable".

Delphine Batho (non inscrite) a elle aussi mis en cause les élus LR : interrogée par Franceinfo, l'ancienne ministre estime que "les masques tombent sur arrière-fond de climatoscepticisme".

Des députés LaREM "mal à l'aise"

Face aux critiques, Julien Aubert se défend sur Twitter : l'élu LR dénonce "le clergé Vert" : "Ironique de voir ces [réactions], comme si critiquer Greta Thunberg c'était déjà pécher."

Malheur au pays dont le roi est un enfant !Julien Aubert sur Twitter

Les députés de droite ne sont pas les seuls à remettre en cause la venue de la militante écologiste. Ainsi, le député LaREM Sylvain Maillard se dit lundi "extrêmement mal à l'aise devant la construction iconique à l'encontre d'une réflexion scientifique".

Faire la grève de l'école, quel triste symbole.Sylvain Maillard sur Twitter

Il rejoint ainsi la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, qui a émis lundi sur RMC "une petite réserve" : "Je ne crois pas que ce soit un bon modèle pour les enfants et pour les adolescents de dire que l'on peut se déscolariser pour se consacrer à quelque cause que ce soit, même si elle est importante."

La députée La République en Marche Bénédicte Peyrol critique "les médias" qui "font désormais les héros de notre siècle" : il conviendrait selon elle de mettre "autant à l'honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète".

Vote sur le CETA

L'opposition utilise également la venue de Greta Thunberg pour mettre en cause le manque de "cohérence" de la majorité. Mardi, les députés se prononceront sur le projet de loi autorisant la ratification du CETA. Ce traité de libre-échange est accusé d'être défavorable au climat.

"Parfaite illustration du 'en même temps' et d'une communication tout azimut", dénonce l'élue LR Valérie Boyer. Elle reprend un argument énoncé dès le 17 juillet par la députée La France Insoumise Clémentine Autain. En plein débat sur la ratification du CETA, elle avait interpellé les députés de La République en Marche :

Vous [allez] ovationner Greta Thunberg (...) mais en votant "pour" le CETA, comment pourrez-vous la regarder droit dans les yeux ?Clémentine Autain

Même tonalité du côté du premier secrétaire du PS Olivier Faure. Interrogé par CNews, le député déplore que "des gens vont le matin écouter Greta Thunberg et l'après-midi voter le CETA" : "Comment peut-on être à ce point contradictoire ?"

Le vote sur le CETA interviendra à l'issue de la séance des questions au gouvernement. Séance à laquelle assistera, depuis les tribunes, Greta Thunberg.


>> Greta Thunberg à l'Assemblée nationale : un événement à suivre sur LCP mardi à partir de 12h