twitter facebook chevron-right

La leçon de management de Patrick Drahi à l'Assemblée

Le discret patron d’Altice (SFR, Libération, L’Express…) a longuement exposé, parfois dans un langage fleuri, sa stratégie devant les députés, mercredi. Que ce soit son management vigoureux chez SFR ou la couverture du mobile sur tout le territoire.
3 min

Un langage fleuri, un sourire tantôt enfantin, tantôt carnassier, et des anglicismes enfilés comme des perles avec un rassurant accent français... Deux heures durant, mercredi matin, Patrick Drahi, polytechnicien devenu en quelques années un géant des télécoms (présent en France avec SFR-Numéricable, aux Etats-Unis avec le câblo-opérateur américain Suddenlink, mais aussi sur les marchés israéliens, belges ou portugais), également propriétaire de nombreux médias (Libération, L’Express, i24news…), a répondu au feu nourri des députés de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

L’homme a mauvaise réputation : ses concurrents, sous-traitants ou collaborateurs le décrivent parfois comme un cost-killer redoutable dont le seul but serait de générer du cash pour rembourser ses dettes. Sur ce terrain, Drahi n’a pas fui ses responsabilités, exposant sa vision toute personnelle du rachat de SFR, cette "fille à papa qui dépensait l'argent, sans payer les factures, car le cash était absorbé par la maison mère (Vivendi)…" Ce langage, fleuri, n’est pas pour déplaire à une partie de l’assistance. D’autant que sur l’épineuse question des zones blanches, ces parties du territoire qui, en 2015, ne disposent toujours pas d’une antenne de téléphonie mobile, Patrick Drahi a rassuré les députés : "Le but de SFR est de couvrir l'intégralité du territoire. Les zones blanches, on va les couvrir, j’en prends l’engagement."

SFR ? Un "bateau ivre" qu’il fallait "remettre au carré"

Drahi revient ensuite sur sa priorité chez SFR : "remettre de l’ordre" dans une société qui "vivait dans l’opulence" avant de devenir un "bateau ivre", affaiblie par la guerre des prix. Dans la bouche du PDG, cela donne : "Il fallait remettre tout ça au carré. Mais on n’a planté personne…" Comprendre : tous les sous-traitants sont et seront payés : "On ne les mettra jamais en difficulté", jure Drahi. Pour lui, les rares fournisseurs qui se plaignent de ses méthodes sont "des filiales de grands groupes, qui, eux, n'ont pas de problème de cash." Désormais aux commandes du navire, Drahi "vérifie toutes les dépenses. Avant, pas après !"

Regardez la leçon de management de Patrick Drahi :

Accusé par ses détracteurs de mettre en difficulté sa holding, Altice, en s’endettant plus que de raison, Patrick Drahi répond que sa priorité, c’est "de faire de la croissance". "La réduction de la dette, c’est le problème des entreprises en décroissance !", répond-il.

Une pique contre Xavier Niel

Ce ton martial, on le retrouve lorsqu’il s’inquiète d’un modèle mondial à deux vitesses, où "les Chinois travaillent 24h/24 et les Américains ne prennent que deux semaines de vacances…" "C'est là, le problème pour nous...", souffle-t-il. A une députée qui s’inquiète de cette remarque, le patron corrige le tir et ironise : "Mon modèle, ce n’est pas les deux semaines de congés payés, mais par rapport à ceux qui travaillent plus, on avance moins vite : ce sont les lois de la gravitation, si vous le permettez…"

Voyez cet échange :

Au cours de ces deux heures d’échanges, Patrick Drahi a longtemps mis un point d’honneur à ne fâcher aucun de ses concurrents. Pas la peine d’en rajouter dans un univers concurrentiel déjà sévère. Et puis, finalement, son coup de griffe visera – sans le nommer – son grand rival Xavier Niel, le patron de Free, qui impose depuis des années une terrible guerre des prix au marché des télécoms. "Si j'ai perdu des clients sur le mobile au premier semestre, c'est parce que je refuse de casser les prix et de dépenser pour garder des clients infidèles", s’emporte Drahi. Avant de quitter l’Assemblée, un large sourire aux lèvres.

Regardez l'audition en intégralité :

Audition de Patrick Drahi, président-directeur... par LCP