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Les Republicains

Julien Aubert, le souverainiste qui veut présider Les Républicains

Connu pour ses coups d'éclats dans l'hémicycle, le député du Vaucluse se présente comme un gaulliste et un eurosceptique. Parfois accusé de proximité avec le FN, il rêve surtout d'un destin proche de celui de son ancien camarade de promo à l'ENA, un certain Emmanuel Macron...
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AFP - Montage LCPAFP - Montage LCP


Ce sont ses premiers mots, lorsqu'on lui demande de se présenter : ?Je suis un vrai provençal, un vrai provincial.? A 39 ans, Julien Aubert est député du Vaucluse depuis 2012. Et il est, depuis le 3 septembre, candidat à la présidence du parti Les Républicains.

?J'ai fait l'ENA avec un certain Emmanuel Macron?

Installé dans son bureau de parlementaire, rue Aristide Briand, Julien Aubert précise son parcours : ?Je suis venu à Paris pour faire Sciences po, j'ai ensuite fait mes études aux Etats-Unis, où j'ai suivi un Master en relations internationales. Puis j'ai fait l'ENA, avec un certain Emmanuel Macron.?

Julien Aubert est membre de la fameuse promotion Senghor : il y a fréquenté Gaspard Gantzer (ancien conseiller en communication de François Hollande), Boris Vallaud (ancien conseiller de François Hollande ; étoile montante du groupe Nouvelle gauche à l'Assemblée nationale) et, donc, le nouveau président de la République.

Au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron, Julien Aubert a d'ailleurs publié une tribune en forme de manifeste politique dans laquelle il s'adresse directement au nouveau Président.

Wauquiez, ?héritier du chiraquisme et du sarkozysme?

L'élu y prend la défense de la ?France rurale, industrieuse, populaire, accablée de charges?, ?celle qui fait la colonne vertébrale de ce pays qui est en train de crever? et dresse un parallèle entre ses ambitions et le destin du chef de l'Etat : ?Ta force est que tu as vaincu ces barons qui voulaient te barrer la route? ; ?La bonne nouvelle est que tu as montré à ma génération que la France était prête à nous faire confiance.?

Julien Aubert veut croire que le vent du renouveau porté par Emmanuel Macron lui sera également favorable. ?Le futur président des Républicains doit être jeune et présenter un nouveau visage car il doit faire l'inventaire d'un parti qui a perdu deux élections présidentielles. Pour cela, il faut être délié du passé?, nous explique l'élu.

Dans son viseur, Laurent Wauquiez, dont il essaie à tout prix de se démarquer. "C'est l'héritier du chiraquisme et du sarkozysme?, persifle-t-il. D'après lui, les adhérents des Républicains doivent avant tout ?élire un député? : cela tombe bien, Laurent Wauquiez a justement lâché son mandat au mois de juin...

Quand l'élu du Vaucluse explique qu'il veut remettre le ?compagnonnage? du RPR au centre du parti, il ajoute aussitôt que l'actuel président de la région Auvergne-Rhône-Alpes ?n'a pas le même ADN? car il est ?issu de l'UDF?. Enfin, ?lorsque Laurent Wauquiez a été élu pour la première fois, je venais de finir mes études...?, conclut l'élu, qui tente de ringardiser son concurrent, qui n'a pourtant que trois ans de plus que lui.

Réactiver le clivage entre la social-démocratie et le gaullisme

Julien Aubert critique également ses autres concurrents, tous ?envoyés par leurs écuries? (fillonistes, juppéistes, ndlr), et déplore qu'à cause des primaires de 2016, la droite ?n'a pas su réfléchir ensemble?. L'élu aimerait engager une redéfinition de "l'identité" de son parti :

Quand on dit que la droite est libérale et que Macron fait du libéralisme, on n'a plus rien à dire?Julien Aubert

Le député aimerait plutôt réactiver le clivage entre la social-démocratie et le gaullisme dont il se réclame. Ce proche d'Henri Guaino, avec qui il a travaillé à l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, veut ?défendre la dignité de l'homme? face à une ?perte de racines, d'identité? et à une ?mondialisation, un modèle économique? qui ?marchandisent l'être humain?.

C'est d'ailleurs au nom de ?la justice sociale? qu'il prend - encore - ses distances avec Laurent Wauquiez : ?Sur les ordonnances, il va dire qu'il faut aller plus loin, que c'est une réforme trop timide. Certains tribunaux des prud'hommes exagèrent, mais il existe aussi des patrons voyous? Barémiser les indemnités prud'homales, est-ce juste ? Spontanément, je répondrais plutôt non??

?L'immigration familiale venue des pays arabophones et africains pose un problème?

Dans sa lettre à Emmanuel Macron, Julien Aubert pourfend ?l'ouverture de l'économie à la concurrence, les réformes structurelles, l'accélération de l'intégration européenne?. De son bureau de l'Assemblée nationale, il met en cause une Europe ?dévoyée? :

Elle est suffisamment forte pour empêcher le politique d'agir, mais parfois trop faible pour nous protéger. Julien Aubert

?Souverainiste par pragmatisme?, "eurosceptique", Julien Aubert attaque la directive travailleurs détachés qui ?lamine les travailleurs". Il aimerait réformer la Constitution pour garantir la primauté du droit français sur le droit européen (hors dispositions contenues dans les traités de l'Union).

Le député critique également les accords de Schengen et déclare dans son ?Manifeste pour une droite gaulliste? (publié sur le site de Valeurs actuelles) que ?notre nation a soif de frontières?. Pour lui, la France a ?soif? de ?différenciation avec les peuples exogènes? et ?l'immigration familiale venue des pays arabophones et africains pose entre autres un véritable problème d'insécurité sociale et culturelle qui fait le jeu des djihadistes?.

Un discours dur, proche de celui la droite extrême : ?Je me place à trois centimètres du FN pour montrer à ses représentants que je n'ai pas peur d'eux?, expliquait ainsi l'élu au Monde en janvier 2014. ?Ce n'est pas par proximité idéologique, c'est simplement pour leur signaler que je ne les laisserai pas passer?, promettait alors Julien Aubert.

L'ombre du FN

Deux ans plus tôt, lors des élections législatives de 2012, c'est plutôt le Front national qui l'avait "laissé passer" : la candidate du Rassemblement bleu marine Martine Furioli-Beaunier, arrivée troisième du premier tour, avait décidé de se retirer au second alors qu'avec ses 24,41%, elle était pourtant qualifiée. Au final, Julien Aubert l'avait emporté de justesse (50,33%) face au candidat socialiste, qui était largement en tête au soir du premier tour (35,27% contre 26,27%).

Les conditions de son élection avaient entraîné des soupçons d'accord entre lui et la candidate frontiste, alimentés notamment par des accusations du Canard enchaîné. En décembre 2014, sur le plateau de LCP, l'élu avait vigoureusement nié toute entente avec Marine Furioli-Beaunier :

Aujourd'hui encore, pour prouver sa bonne foi, Julien Aubert conserve en permanence sur son téléphone une photo d'un article de La Provence, au contenu alambiqué et titré ?pas d'accord Aubert-Furioli mais...? (disponible sur le site du quotidien)...

"Madame le président"

A l'Assemblée nationale, Julien Aubert est adepte des coups d'éclats. "Il est caustique et insolent", souligne l'ancienne députée Laurence Abeille, qui le côtoyait au sein de la commission du développement durable. ?Mais il est plus impliqué en séance publique, là où il y a le plus de publicité...?, ajoute l'écologiste.

C'est ainsi que le 7 octobre 2014, le député du Vaucluse refuse de féminiser le titre de la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Sandrine Mazetier. La socialiste exige qu'on l'appelle ?Madame la présidente? : mais Julien Aubert s'adresse à elle en tant que ?Madame le président?...

L'incident, très médiatisé, vaut à Julien Aubert d'écoper d'une amende équivalente au quart de son indemnité de parlementaire et pousse l'Académie française à prendre position dans un communiqué...

Quelques semaines plus tard, l'élu se fait également remarquer en appelant à ?éviter les amalgames? et affirme que ?Madame Taubira n'est pas à l'AME (aide médicale d'Etat, réservée aux personnes en situation irrégulière, ndlr)?. Une prise de parole qui provoque la colère de la majorité, qui le soupçonne de provocation raciste.

"Il essayait de trouver sa place dans une opposition qui commençait à se recomposer", commente aujourd'hui un ancien membre de la majorité socialiste.

Mais Julien Aubert est également capable de provoquer des rires sur tous les bancs de l'Assemblée, comme ce jour de mars 2016, où il se moque gentiment des écologistes tout juste entrés au gouvernement :


Dans son bureau, Julien Aubert rappelle qu'en dehors de ces coups d'éclats, il est aussi un spécialiste du RSI et des questions énergétiques. "Ce n'est pas qu'une grande gueule qui veut passer à la télé. C'est également un député bosseur", reconnaît un ancien élu socialiste qui apprécie pourtant peu le député du Vaucluse. Julien Aubert a notamment été vice-président de la commission spéciale pour l'examen du projet de loi sur la transition énergétique en 2015.

?J'ai également écrit un livre? (Salaud d'élu !, éditions Du Moment) ajoute-t-il, au moment de mettre un terme à l'entretien. Julien Aubert, qui revendique 10 parrainages de parlementaires sur les 13 nécessaires pour se présenter, a conscience qu'il a encore du chemin à parcourir s'il veut totalement effacer sa réputation de "troll" de l'Assemblée et prendre une dimension nationale. C'est peut-être aussi pour cela qu'il brigue la présidence de son mouvement politique, dans l'ombre de l'ultra-favori, Laurent Wauquiez.