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Prisons

Des députés en prison

Quelques jours après l’appel d’Emmanuel Macron contre la surpopulation carcérale, des élus ont décidé de se rendre, lundi, dans les lieux de détention de leur circonscription. Pour mieux appréhender les difficultés sur le terrain et apporter leur contribution à un sujet complexe.
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Des détenus dans la cour de la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), le 9 septembre 2017 (SEBASTIEN BOZON / AFP).Des détenus dans la cour de la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), le 9 septembre 2017 (SEBASTIEN BOZON / AFP).

Ce matin, dès 9 heures, quelques-uns des cent-quatre-vingt-six centres de détention français ont eu la surprise de découvrir à leur porte… un député. Une démarche transpatisane autorisée par la loi et destinée à mieux appréhender les difficultés carcérales, alors que les prisons françaises comptent actuellement 68 574 détenus pour 59 084 places disponibles, soit un taux d'occupation de 116 %, selon les derniers chiffres de l’administration pénitentiaire.

Au total, selon Yaël Braun-Pivet, la présidente de la commission des Lois à l'origine de cette opération, "un peu moins de quarante députés" de la commission des Lois - sur 73 membres – ont décidé de se prêter à cet exercice, lundi. Elle-même se rendra maison d'arrêt de Bois-d'Arcy (Yvelines).

"L'idée, c'est d'avoir des regards variés à travers un panel représentatif de la détention. En France, si certains centres vont mal, il y a en a d'autres où ça se passe bien", explique Yaël Braun-Pivet qui juge "important de mener une approche de terrain sur un sujet récurrent depuis une dizaine d'années".

« Pas une énième mission d'information... »

La semaine dernière, devant la Cour européenne des droits de l'Homme à Strasbourg, Emmanuel Macron a lancé un vif plaidoyer contre la surpopulation dans les prisons. "1.300 matelas au sol dans nos prisons, une statistique insupportable !", a lancé le chef de l’État, avant de confirmer une promesse de campagne : la création d’une agence la prochaine création d’une "agence nationale pour le travail d’intérêt général", une peine qui ne représente aujourd’hui que 7 % des peines prononcées.

Le gouvernement a lancé aussi un vaste chantier censé réformer en profondeur la justice. Après la consultation d’experts, deux textes devraient voir le jour au printemps 2018. But affiché : favoriser les travaux d’intérêt général, donc, mais aussi la semi-liberté.

"Si le gouvernement veut intégrer notre analyse dans l'un de ses projets de loi, nous lui fournirons un rapport qui pourra servir", confie le député LREM du Nord Dimitri Houbron, qui a décidé de visiter la maison d’arrêt de Douai.

Le travail de terrain des députés débouchera-t-il sur des recommandations, voire une proposition de loi ? "Nous ne fermons aucune porte, mais une énième mission d'information sur la question n'est pas forcément la bonne approche", prévient Yaël Braun-Pivet. Dans un premier temps, les députés débrieferont leur visite carcérale mercredi en commission des Lois. Adeline Hazan, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, sera auditionnée la semaine prochaine.

Par François Chevré et Maïté Fremont, avec Katia Gilder.