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Décès

Henri Emmanuelli, une incarnation de l'aile gauche du PS

Ancien ministre et président de l'Assemblée nationale, Henri Emmanuelli est mort mardi matin à l'âge de 71 ans des suites d'une longue maladie. Banquier puis député, ministre et premier secrétaire du Parti socialiste, beaucoup de ses camarades, dont Benoît Hamon, pleurent la perte d'un "frère" en politique.
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Après Michel Rocard l'année dernière, le PS perd l'une de ses grandes figures avec la mort d'Henri Emmanuelli, mardi. Né le 31 mai 1945 à Eaux-Bonnes (Pyrénées-Atlantiques), il souffrait depuis plusieurs années d'une neuropathie et ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant. Bien que diminué, l'homme avait fait part de son soutien en janvier à Benoît Hamon, lors de la primaire de la gauche. Retour sur la longue carrière d'un homme aux profondes convictions.

"Élu un peu par surprise"

Après des études à l'Institut d'Études Politiques de Paris, filière service public, Henri Emmanuelli s'oriente d'abord vers la banque en 1969. Embauché par la Compagnie financière Edmond de Rothschild, le jeune homme gravit les échelons un par un jusqu'à devenir directeur adjoint de l'établissement en 1975. Mais en 1978, un autre destin se dessine : membre du PS depuis sept ans, il se porte candidat aux élections législatives dans les Landes.

Tract de campagne - 1978 (CEVIPOF - Licence CC)

Partisan de l'"Union de la Gauche", le candidat remporte à 32 ans sa première élection et fait son entrée au Palais Bourbon :

Je me suis retrouvé élu un peu par surprise. Je n'avais pas misé sur une élection. Je faisais ça parce que je trouvais ça sympa, ça me changeait les idées. C'était vraiment un divertissement pour la moi la politique.Henri Emmanuelli sur LCP, en 2011

Le jeune député doit alors quitter son métier pour se consacrer à son mandat.

Aile gauche du PS

Henri Emmanuelli renforce très vite son ancrage local, en devenant président du conseil général des Landes en 1982. Dès lors, il multipliera les responsabilités au niveau national : secrétaire d'Etat chargé des DOM-TOM de 1981 à 1983, puis chargé du Budget de 1983 à 1986, il devient ensuite président de l'Assemblée nationale (1992-1993). En 1994, nommé premier secrétaire du PS, il prend le contrôle du parti pour lui donner un "coup de barre à gauche" au détriment de Michel Rocard.


Pourfendeur des "dérives social-libérales" de la social-démocratie européenne, il n'a jamais varié dans son parcours politique. Comme dans cette archive de 2010, où il plaide pour un "juste échange", qu'il place à mi-chemin entre libéralisme et protectionnisme.

Condamnation et retour en grâce

Candidat à la candidature pour la présidentielle de 1995, il perd néanmoins largement le vote militant face à Lionel Jospin.

Deux ans plus tard, Henri Emmanuelli voit sa carrière brutalement mise entre parenthèses par sa condamnation dans l'affaire URBA de financement illégal du PS, en tant que trésorier du parti (1988-1993). Il est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et à deux ans de privation de ses droits civiques.


Il retrouve ensuite tous ses mandats dans les Landes, en redevenant député et président du conseil général. Réélu à ces deux postes sans discontinuer, il occupait encore aujourd'hui ces fonctions.

Contre la dérive "libérale" de l'Union Européenne

Autre marqueur fort de son engagement politique, il fait campagne en 2005 pour le "non" lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, contre la position officielle de son parti. Il pointe le risque de la "dérive libérale" du continent :

La social-démocratie européenne commet une erreur historique (...) Des millions de femmes et d'hommes vont se retrouver dans la précarité, au chômage ou avec des salaires en baisse... C'est ouvrir une voie royale à l'extrême droite sur ce vieux continent qui malheureusement a des antécédents.Henri Emmanuelli, en 2005

"On peut être pour l'Europe et contre ce traité", ajoute-t-il.


Un "grognard" inquiet face à la montée de l'intégrisme

Sur LCP, en 2012, Henri Emmanuelli évoquait avec amusement les caricatures qui le représentaient "toujours renfrogné, en train de faire la gueule, de grogner" :

Un homme politique ou une femme politique qui n’est pas caricaturée, ce n’est pas bon pour lui.Henri Emmanuelli sur LCP, en 2012

Il y voyait une "forme de notoriété" et une "manière d’entrer dans le monde des médias".


Dans la même émission, quelques mois après l'incendie volontaire des locaux de Charlie Hebdo, en représailles à la publication de dessins représentant le prophète Mahomet, Henri Emmanuelli s'inquiétait du retour de l'"intégrisme" dans toutes les religions :

Je trouve très inquiétant le retour de l'intégrisme religieux. Il existe chez les islamistes mais il existe aussi chez les autres. Il existe chez les catholiques, il existe chez les juifs. Et moi, cela m'inquiète ce retour en force de l'intégrisme, intolérant, dogmatique, totalitaire en quelque sorte. C'est inquiétant, et il faut combattre ça.Henri Emmanuelli sur LCP, en 2012

Hommage unanime à gauche

Toutes les familles de la gauche expriment mardi leur émotion. Le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis évoque sur Twitter sa "stupeur et son émotion" et rend hommage à un "homme de gauche, de convictions". Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, évoque "une grande figure, une personne engagée, droite". Le vallsiste Carlos Da Silva évoque une "immense
tristesse
".

Parmi les anciens frondeurs PS, Marie-Noëlle Lienemann, Pascal Cherki et Jean-Marc Germain font eux aussi part de leur émotion : "Salut à toi, l'homme de bien qui nous a tant donné et appris", écrit ce dernier sur Twitter. Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts David Cormand souligne la "constance et l'exigence des convictions" d'Henri Emmanuelli.

Parmi les écologistes "réformistes", le secrétaire d'Etat Jean-Vincent Placé évoque "un homme d'Etat" et François de Rugy affirme que les discussions qu'il avait avec le député "sur l'économie, l'écologie (et les Landes!) " lui "manqueront". Le secrétaire général d'En Marche Richard Ferrand évoque lui un "militant généreux et sincère".

Enfin, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, deux compagnons de route d'Emmanuelli, ont réagi à sa disparition :

Dans un tweet, le leader de la France Insoumise se montre lyrique, quand le candidat du PS à la présidentielle déplore la perte d'"un frère", d'"une âme sœur".


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