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Politique

Hamon ? Macron ? Ni-ni ? Les parlementaires socialistes à la croisée des chemins

Après la large victoire de Benoît Hamon, dimanche, une vingtaine de parlementaires, fiers de l'héritage du quinquennat, réclament un "droit de retrait", pour s'exonérer de faire campagne pour le candidat socialiste. Avant de marcher pour Emmanuel Macron ?
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Régis Juanico, Christophe Caresche, François Loncle et Alain Calmette, dans la salle des Quatre colonnes mardi 31 janvier à l'Assemblée nationale.Régis Juanico, Christophe Caresche, François Loncle et Alain Calmette, dans la salle des Quatre colonnes mardi 31 janvier à l'Assemblée nationale.

À front renversé. C'est la situation dans laquelle se trouvent les députés et sénateurs de la majorité après la vague Hamon de dimanche. Ceux qui ont œuvré dans le sens de François Hollande et du gouvernement pendant cinq ans, se retrouvent aujourd'hui à devoir soutenir un candidat en rupture avec la ligne dès 2014. Pour Christophe Caresche, Gilles Savary et, pour l'instant, une poignée de collègues, pas question de faire campagne pour les frondeurs d'hier.

Dans une tribune publiée mardi sur le site du Monde, ils expliquent vouloir exercer leur "droit de retrait" de la campagne présidentielle. Une initiative qu'ils justifient ainsi :

Comment porter un projet présidentiel conçu comme l’antithèse d’une action de mandature que nous avons soutenue et dont nous revendiquons les avancées ?Tribune du "pôle des réformateurs" du PS

"Nous sommes ouverts"

Dans les couloirs de l'Assemblée, les dix-sept élus socialistes signataires de cette tribune attendent un geste de la part de Benoît Hamon. "Nous ne nous reconnaissons pas dans son programme", lance Gilles Savary, député de Gironde. Qui critique avec force le "49-3 citoyen" du candidat qui ouvrirait la porte à "une remise en cause du droit à l'avortement". Ou son idée de revenu universel, "infinançable".

À quelques pas de là, le message semble reçu cinq sur cinq par Régis Juanico : "Nous sommes ouverts à toutes les contributions pour enrichir le programme de Benoît Hamon", promet sereinement son porte-parole.

"Il n'y a pas d'ultimatum de notre part, assure François Loncle, élu cinq fois au Palais Bourbon. Notre priorité, c'est le deuxième tour l'élection présidentielle." Mais le député reste allergique aux propositions du vainqueur de Manuel Valls. On voit donc mal comment des aménagements - même significatifs - dans le programme de Benoît Hamon pourraient faire revenir ces "réformateurs" à la bergerie...

"Je me sens toujours socialiste"

Patrick Vignal, élu de l'Hérault en 2012 et l'un des premiers signataires, dit carrément qu'il ne fera jamais campagne pour Hamon :

Je suis entrepreneur, je ne vis pas de la politique. On a dit pendant cinq ans que j'étais un traître ! Alors pas question d'aller à la présidentielle avec une armée mexicaine derrière le candidat du PS !Patrick Vignal, député PS de l'Hérault

Si Patrick Vignal n'a pas officiellement franchi le pas, il revendique une forte proximité idéologique entre "Valls et Macron". Son collègue du Cantal, Alain Calmette, a déjà rallié Emmanuel Macron dès les résultats connus, dimanche. "J'ai été fidèle à Manuel Valls jusqu'au bout", estime-t-il. Pourtant, il ne craint pas pour le moment de représailles de la part du PS : "Je me sens toujours socialiste, si le parti à un problème avec moi, qu'il le dise !"

La direction du PS a prévenu de longue date que ses membres ne pourraient pas soutenir En Marche sans en subir les conséquences après le 29 janvier. Les 28 députés et sénateurs, selon notre dernier décompte, qui ont affiché officiellement leur soutien à l'ex ministre de l'Économie, attendent toujours d'être sanctionnés...

Une vingtaine de "réformateurs" et une trentaine de défections : si l'édifice socialiste se fissure, l'essentiel de la majorité sortante (293 députés et 109 sénateurs) reste fidèle au parti. Un mouvement qu'il faudra continuer à surveiller mardi soir, quand Manuel Valls réunira ses proches à la Maison de la chimie, à deux pas de l'Assemblée...

VIDÉO - Droit de retrait et réunion de crise pour des députés socialistes

Vidéo par Rym Ben Ameur avec Marion Chatelin