twitter facebook chevron-right
Législatives 2017

Gérard Dézempte, un élu sulfureux soutenu par le Front national et Philippe de Villiers

Candidat dans la 6e circonscription de l'Isère, le maire de Charvieu-Chavagneux s'est fait connaître en 2015 en adoptant une délibération favorable à l'accueil d'une famille de migrants, à condition qu'elle soit chrétienne car les chrétiens "ne procèdent pas à la décapitation de leur patron". Portrait d’un homme qui "n'est pas sûr que l'islam soit une religion de paix".
8 min
AFP et compte Twitter de G. Dézempte - Montage LCPAFP et compte Twitter de G. Dézempte - Montage LCP

Marine Le Pen a obtenu 21,30% des suffrages (plus de 7,6 millions de voix) lors du premier tour de l’élection présidentielle : le Front national semble en mesure de faire entrer de très nombreux députés à l'Assemblée nationale en juin prochain.

Selon une étude Opinion Way citée par Franceinfo, le parti frontiste est en mesure de créer un groupe parlementaire de 20 à 50 députés à l'issue des élections législatives des 11 et 18 juin. Sur la carte des 84 circonscriptions où Marine Le Pen a recueilli plus de 30% des voix au 1er tour de la présidentielle, on distingue notamment la sixième circonscription de l’Isère.

Sur ce territoire, c'est Gérard Dézempte, un maire divers-droite soutenu par Philippe de Villiers, qui portera les couleurs du Front national et du Rassemblement bleu marine. Un élu qui multiplie depuis des années les déclarations sulfureuses sur l'islam. Portrait.

Soutenu par Philippe de Villiers, Marion Maréchal-Le Pen et le FN

Âgé de 67 ans, Gérard Dézempte est depuis 34 ans le maire de Charvieu-Chavagneux, dans l'Isère. Cette ville de 8.500 habitants, située à 40 kilomètres de Lyon, a voté à 36,17% pour Marine Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle.

Gérard Dézempte, ancien membre du RPR et de l'UMP, a reçu le soutien de Philippe de Villiers, le héraut de la droite identitaire, qui évoque "un homme remarquable" :

Gérard Dézempte est un élu aux convictions fortes, courageux et lucide sur la situation difficile que traverse notre beau pays, la France.Philippe de Villiers, message de soutien à Gérard Dézempte

Le 14 avril dernier, c'était au tour du Front national d'officialiser son soutien à Gérard Dézempte, lors d'une conférence de presse de Marion Maréchal-Le Pen à Vienne, dans l'Isère.

Voilà donc l'élu placé sur orbite pour tenter de ravir la 6e circonscription de l'Isère au député Les Républicains Alain Moyne-Bressand, 71 ans, en poste depuis 1986.

"Droite hors les murs" et "valeurs" du RPR de 1990

Gérard Dézempte devrait se présenter sous l'étiquette de son propre mouvement, Ensemble pour la France : malgré son alliance avec le Rassemblement bleu marine, l'entourage de l'élu revendique son indépendance et préfère parler de "rassemblement des patriotes".

Même si l'appellation le fait rire, l'élu pourrait en effet être classé dans la catégorie "droite hors les murs", une formule qui fait référence aux hommes politiques et intellectuels d'une droite identitaire qui ne se reconnaît plus dans le parti Les Républicains et qui ne se reconnaît pas non plus totalement dans les valeurs prônées par le FN de Marine Le Pen.

La droite hors les murs, comme vous l'appelez, j'ai le sentiment que c'est la seule vraie droite.Gérard Dézempte, à LCP

L'élu a d'ailleurs participé au rassemblement de Béziers de Robert Ménard, qui avait tenté de fédérer cette famille politique en voie de construction.

Souhaitant clarifier son positionnement idéologique, Gérard Dézempte dit se reconnaître dans les valeurs du RPR de 1990 :

Il y avait quatre points : l'arrêt de l'immigration incontrôlée, la fermeture des frontières, réserver les prestations sociales aux seuls ressortissants français et l'islam déclaré incompatible avec les valeurs de la République.Gérard Dézempte, à LCP

"Les chrétiens ne décapitent pas leurs patrons"

Gérard Dézempte n'est pas totalement inconnu du grand public : celui qui s'oppose à un "remplacement culturel latent" a fait adopter, par son conseil municipal en septembre 2015, une délibération visant à accueillir "une famille de réfugiés" à condition que celle-ci soit "de culture et de religion chrétiennes" :

"Les chrétiens (…) n’attaquent pas les trains armés de kalachnikovs, (ils) n’abattent pas des journalistes réunis au sein de leur rédaction et (ils) ne procèdent pas à la décapitation de leur patron." Délibération du conseil municipal de Charvieu-Chavagneux.

Interrogé par LCP, Gérard Dézempte assure avoir appliqué à l'époque le "principe de précaution". Sur son site internet, l'élu affirme avoir "malheureusement anticipé les vrais dangers de cette politique migratoire irresponsable" :

Combien de femmes françaises et allemandes les 'migrants' ont-ils agressé le 31 décembre 2015 ? Combien de français ce terroriste, venu de Syrie en passant par la Grèce, a-t-il assassiné le 13 novembre à Paris ?Gérard Dézempte (source gerard-dezempte.com)

La délibération a depuis été annulée en mars 2017 par le tribunal administratif de Grenoble, mais Gérard Dézempte a fait appel de la décision.

"Les bons musulmans, s'il y en a..."

Cet épisode a aussitôt attiré l'attention des médias nationaux. Interviewé par Le Monde en octobre 2015, Gérard Dézempte assure qu'il "ne peut pas dire que ceux qui font le ramadan sont assimilés".

Il va plus loin en novembre 2015, devant les caméras d'Envoyé Spécial :

Je ne suis pas sûr que l'islam soit une religion de paix.Gérard Dézempte, à Envoyé Spécial

Quand le journaliste lui demande s'il ne fait pas un amalgame en assimilant les terroristes aux réfugiés syriens, Gérard Dézempte ne se démonte pas : "Ce n'est pas un amalgame, c'est une précaution (...) Les bons musulmans, s'il y en a, ne doivent pas se sentir concernés, tout simplement."


A LCP, Gérard Dézempte précise aujourd'hui qu'il "n'a rien contre l'islam" dès lors que ceux qui le pratiquent acceptent les lois de de la République.

Ses propos deviennent ambigus quand on lui demande d'expliciter sa position sur la compatibilité de l'islam avec les institutions françaises : "Ce n'est pas à moi d'en juger", balaie l'édile, qui cite toutefois le coran "sourate 4, verset 38" : "Cela commence par 'les hommes sont supérieurs aux femmes'...", explique-t-il.

Mosquée détruite

En 1989, la mosquée de Charvieu-Chavagneux est détruite par un bulldozer. A l'époque, comme le rappelle Envoyé spécial, les fidèles prennent cela comme une déclaration de guerre. Gérard Dezempte, lui, plaide la destruction par erreur.


Tout en considérant que "ce n'est pas la vocation de Charvieu-Chavagneux d'être le phare de l'islam sur notre région".

Des propos qu'il ne renie pas vingt-six ans plus tard :

Je n'ai pas du tout changé au point de vue des positions. Je considère que, si l'islam est compatible avec nos institutions, pourquoi pas... Il faudrait que le débat ait lieu. Premier point. Deuxième point : la liberté de construction des mosquées pourquoi pas, à condition que l'on ait la liberté de construire des églises en Arabie saoudite...Gérard Dezempte, à Envoyé Spécial

En 2000, le maire est accusé de discrimination. Un couple français d'origine maghrébine acquiert une maison dans sa commune. Mais Gérard Dezempte fait jouer son droit de préemption et obtient l'annulation de la vente. Problème : la maison est revendue ensuite à un autre couple... Gérard Dezempte est condamné en première instance. La cour d'Appel de Grenoble alourdit sa peine en le condamnant à trois ans d'inéligibilité, 1.600 euros d'amendes et 12.000 euros de dommages et intérêts. Une décision annulée par la Cour de cassation en 2008 avant que la Cour d'appel de Lyon ne décide, l'année suivante, de le relaxer. Un épisode sur lequel il revient longuement sur son blog, dans un billet nommé "La fausse affaire de discrimination".

Interdiction des cours d'arabe

Plus récemment, l'élu a décidé de supprimer dans sa commune les cours d'arabe et de turc dispensés les mercredis après-midi et les samedis matin dans les écoles de sa ville. Voilà comment il justifie sa décision :

On est en train de donner la possibilité à des gens de lire un certain nombre de documents qui leur permettront de se radicaliser.Gérard Dezempte, à France 3.

Gérard Dézempte assure à LCP qu'en plein état d'urgence, il refuse "de donner les clés de bâtiments publics à des gens (les professeurs, ndlr) payés par des puissances étrangères". Il explique par ailleurs que les professeurs "n'étaient pas inspectés et faisaient ce qu'ils voulaient".

De son côté, l'Académie de l'Isère, interrogée par France 3, rappelle que les professeurs qui assuraient ces cours, payés et choisis par des états étrangers en vertu d'accords bilatéraux, étaient inspectés régulièrement et que l'enseignement dispensé aux enfants était laïc.


Le FN "tend la main à tous les patriotes"

Interrogé sur son soutien au maire de Charvieu-Chavagneux, le Front national, par la voie de Nicolas Bay, explique qu'il "tend la main à tous les patriotes". Le secrétaire général du FN rappelle que Gérard Dézempte avait parrainé la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle et explique que le FN l'a avant tout investi "parce qu'il nous l'a demandé".

Il a des idées et des valeurs proches des nôtres.Nicolas Bay, à LCP

Nicolas Bay assure n'être "pas au courant" de la délibération prise par le conseil municipal de Charvieu-Chavagneux en septembre 2015 et précise :

Il est normal d'avoir de la sollicitude à l'égard des chrétiens d'Orient, c'est une question essentielle que Marine Le Pen a pu aborder avec Vladimir Poutine.Nicolas Bay

Alors, à l'instar de l'élu qu'il soutient, le FN a-t-il aussi des doutes sur le fait que l'islam est une religion de paix ? Dans un premier temps, Nicolas Bay esquive : "C'est aux musulmans de répondre", dit-il. Avant de concéder qu'il existe une "pratique (de l'islam, ndlr) compatible avec les lois de la République".