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Alstom

Fusion Alstom-Siemens : les députés réclament en vain de nouvelles garanties

Le PDG d'Alstom a été auditionné mercredi par la commission des affaires économiques. À la tête d'un groupe qui va "très bien", Henri Poupart-Lafarge a été interrogé sur l'avenir des sites de production français, où les emplois seront garantis pendant quatre ans. Mais il ne s'est pas prononcé au-delà...
4 min
LCPLCP

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Les députés étaient très partagés, mercredi matin, à propos du mariage annoncé entre Alstom, fleuron français du ferroviaire, et son cousin allemand Siemens. "Toute fusion apporte son lot d'inquiétudes...", a tenté de désamorcer Henri Poupart-Lafarge, actuel PDG du groupe français, sans toutefois convaincre.

Les deux entités ont annoncé que le siège social d'Alstom resterait pendant au moins dix ans en France, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et que les emplois seraient maintenus pendant quatre ans.

Au-delà ? Ce seront l'"innovation" et la "compétitivité" qui seront, selon Henri Poupart-Lafarge, les meilleures garanties de l'avenir "à long terme" des sites de production. Quant aux économies annoncées sur les synergies, de l'ordre de 470 millions d'euros, le PDG d'Alstom assure qu'elles se feront d'abord dans les centrales d'achat.

L'ombre chinoise

Certains parlementaires n'ont pas vu l'urgence de marier les deux entreprises alors que, de l'avis même de son patron, Alstom se porte "bien, très bien même".

Ce serait l'émergence de nouveaux acteurs dans le secteur, notamment le chinois CRRC (quatre fois le chiffre d'affaires d'Alstom), qui pousserait les acteurs à se rapprocher. Surtout, précise Henri Poupart-Lafarge, CRRC ne cacherait plus son appétit pour le marché européen, même si sa présence n'y est encore que "marginale" :

Tensions autour de l'avenir des salariés grenoblois

À gauche (le PS Dominique Potier ou le PCF Sébastien Jumel) comme à droite (le LR Daniel Fasquelle) ou dans la majorité (le LREM Frédéric Barbier), on se demande toutefois pourquoi faire confiance à Alstom aujourd'hui alors que les garanties apportées hier lors de la cession de sa branche énergie à l'Américain General Electric se fissurent.

François Ruffin (LFI) a notamment interrogé le PDG sur l'avenir des salariés du site grenoblois de GE Hydro Alstom, où un plan social menace 345 des 800 postes de ce site de production de turbines hydroélectriques.

Mais Henri Poupart-Lafarge botte en touche : pour lui, la responsabilité des emplois est dans le camp de l'Américain.

De quoi faire sortir de ses gonds le député La France Insoumise qui y voit une "réponse à la Ponce Pilate", alors qu'au même moment, les salariés grenoblois manifestaient sous les fenêtres de l'Assemblée nationale :

Des suppressions de poste dans un marché en berne ?

Le PDG d'Alstom n'a pas souhaité s'épancher sur le passé incarné par son prédécesseur, Patrick Kron. Il n'a donc pas répondu à la question de Dominique Potier (PS) lui demandant de se positionner sur "l'indécence" de l'ancien patron, responsable de la cession d'une partie du groupe aux Américains.

Enfin, la socialiste Delphine Batho a tenté d'enfoncer le clou en citant de longs extraits d'un article de BFM Business dans lequel "un proche d'Alstom" confie que les suppressions de postes sont inévitables :

Il y aura évidemment des réductions de postes car le marché est en crise pour les dix prochaines années.Source anonyme citée BFM Business, le 11 octobre 2017

Toujours selon la même source, 2 000 postes seraient menacés et "la pérennité de l'usine de Belfort n'est toujours pas assurée".

Pas de quoi cependant déstabiliser Henri Poupart-Lafarge, qui lie à nouveau l'avenir des sites à "leur capacité d'innovation".

Prochaine étape dans ce dossier : les avis de l'Autorité des marchés financiers et des services de la concurrence de la Commission européenne, qui doivent se prononcer sur l'opportunité de la constitution d'un géant binational dans le ferroviaire.