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Assemblée nationale

François de Rugy : malaise dans la majorité

Le ministre de la Transition écologique, mis en cause par Mediapart, est convoqué jeudi par le Premier ministre. Son cas embarrasse les députés de la majorité.
4 min
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Face à ce qui devient l'affaire de Rugy, la majorité serre les dents : "J'ai du mal à défendre ce que j'estime être indéfendable", lance l'une des figures du groupe La République en marche, sous couvert d'anonymat.

Jeudi, en fin de matinée, ils n'étaient pas nombreux à accepter de s'exprimer à visage découvert à propos des déboires du ministre de la Transition écologique. François de Rugy est accusé par Mediapart d'avoir organisé, alors qu'il présidait l'Assemblée nationale (de juin 2017 à septembre 2018), des dîners fastueux entre amis "aux frais de la République". Un autre article, publié ce jeudi, lui reproche d'avoir fait réaliser "plus de 63.000 euros de travaux, payés par le contribuable, dans les appartements privés du ministère".

"Pleine tête avec la transparence"

"C'est terrible, cela fait du mal à tous les politiques", continue cette élue de la majorité, qui se rappelle que François de Rugy, lorsqu'il présidait l'Assemblée nationale, "leur avait mis une pleine tête avec la transparence".

Lors de son arrivée au Perchoir, François de Rugy avait en effet engagé plusieurs réformes sur ce thème, mettant un terme au régime spécial de retraite des députés, ou accompagnant la réforme des frais de mandat.

"Il faut me voir, avec ma collaboratrice, trier mes petits tickets de compta", fulmine cette figure du groupe majoritaire, qui évoque ainsi l'obligation faite désormais aux députés de présenter des justificatifs pour se faire rembourser leurs dépenses. "J'attends désormais qu'il publie la liste des gens invités à ses repas", ajoute-elle.

"Qu'il présente les factures, qu'il s'explique et qu'il rembourse si nécessaire", explique un autre député marcheur qui consent, lui aussi, à s'exprimer sous couvert d'anonymat.

"Moi aussi, je suis amie avec lui"

Si les réactions divergent, tantôt conciliantes, tantôt agacées voire même en colère, les députés de La République en marche rencontrés jeudi s'accordent sur un point : à l'instar du directeur général de LaREM Stanislas Guérini, ils estiment que c'est désormais à la déontologue de l'Assemblée nationale de se prononcer. "J'ai toute confiance dans notre institution pour se montrer irréprochable. Nous avons tous les mécanismes en place pour ce faire", veut croire la présidente de la commission des loi Yaël Braun-Pivet.

François de Rugy a-t-il profité de sa position pour se "bambocher à l'hôtel de Lassay avec sa famille et ses amis", comme l'accuse le député Les Républicains Julien Aubert ?

"Moi, je suis amie avec lui et je n'ai jamais été invitée à ces repas", répond la députée La République en marche Barbara Pompili, qui semble croire à la bonne foi de l'ancien président de l'Assemblée nationale.

Toutefois la présidente de la commission du développement durable prône la mise en oeuvre "comme dans les ministères" de "comptabilités séparées entre ce qui relève des frais privés et ce qui relève des frais de représentation". Très inquiète des mots qu'elle utilise, la députée se demande toutefois si "ce genre de menu ne devrait pas être réservé à des repas protocolaires".

La photo de Séverine de Rugy, l'épouse du ministre de la Transition écologique, devant un mouton-rothschild 2004 et celle de "homards géants finement préparés en cuisine" crispent les députés. Ainsi, même s'il juge que l'affaire n'est pas assez sérieuse pour justifier une démission, Alain Tourret estime que "les Français le prendront très mal". "Avec l'affaire Barre, on est mal à l'aise au milieu de tout cela", explique l'élu.

"Soupçon automatique"

Interrogé en marge d'un déplacement dans les Deux-Sèvres, François de Rugy s'est dit prêt à "donner toutes les explications" nécessaires : "S'il y avait eu des erreurs d'interprétation de ma part, je serais tout prêt également à les corriger", a déclaré le ministre.

"Je lui donne le crédit de pouvoir se défendre", explique Ludovic Mendes (LaREM) qui critique l'"article à charge" de Mediapart même s'il "comprend que l'on puisse être choqué par le faste" des repas organisés par le couple Rugy.

"Il faut regarder les faits calmement", réagit quant à lui Laurent Saint-Martin, déplorant "l'ère du soupçon automatique". "Bien sûr qu'il garde la confiance du Président", déclare l'élu, qui reprend à son compte le soutien formulé mercredi par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Ça pourrait tomber sur n'importe qui. Cette façon d'avoir un procès et un jugement en même temps sur une image est problématique. Laurent Saint-Martin

Quelques dizaines de minutes plus tard, on apprenait pourtant que François de Rugy écourtait sa visite dans les Deux-Sèvres en raison d'une convocation à Matignon.