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affaires

Frachon, Snowden, Brockovich... : portraits de lanceurs d'alerte

Au péril de leur carrière, sinon de leur vie, ils ont révélé les scandales du Mediator, de la banque UBS, des Pentagon Papers, des écoutes de la NSA et de la pollution de l'eau potable en Californie. LCP.fr retrace leur parcours exceptionnel.
6 min

Irène Frachon

Affaire du Mediator (2010)











Cette pneumologue du CHU de Brest mène dès 2007 des investigations sur le Mediator. Elle soupçonne ce médicament, commercialisé par les laboratoires Servier comme coupe-faim, de provoquer de graves problèmes cardiaques.

300.000 personnes sont alors sous traitement

Durant son enquête, elle rencontre des représentants des laboratoires Servier qui ne semblent pas prendre son travail au sérieux. "Au bout de 33 ans (de commercialisation du médicament, ndlr), est-ce que vous pensez vraiment qu'à Brest vous allez trouver un effet secondaire ?", répondent-ils à une délégation de médecins du CHU de Brest.

Irène Frachon obtient pourtant le retrait du médicament en 2009. A ce moment-là, près de 300.000 personnes sont encore sous traitement.

Près de 1.300 morts

La pneumologue publie un an plus tard un essai nommé Mediator 150 mg, Combien de morts?. Les laboratoires Servier lui intentent un procès et obtiennent la suppression du sous-titre "Combien de morts ?". La décision est annulée en 2011, une étude de la caisse nationale d'assurance maladie ayant estimé que le médicament a entraîné la mort de 500 personnes en 30 ans.

En 2013, un autre rapport revoit le bilan à la hausse : le Mediator aurait causé la mort de 1.300 à 1.800 personnes. Il faudra attendre 2015 pour que la responsabilité civile des laboratoires Servier soit reconnue par la justice.


Stéphanie Gibaud

Affaire UBS (2011)











Directrice marketing de la banque UBS en 2008, elle refuse de suivre l'ordre de sa hiérarchie qui, craignant une perquisition, lui demande de détruire les données présentes sur ses disques durs. Parmi celles-ci figurerait une liste démontrant que des chargés d'affaires suisses ont démarché des clients en France, ce qui est illégal. Stéphanie Gibaud jure qu'elle ne le savait pas.

Harcèlement moral

Elle porte plainte contre son employeur en 2009. UBS tente une première fois de la licencier, sans succès. La banque porte plainte contre elle pour diffamation. Sans succès, une fois encore. Harcelée, elle est licenciée en 2012. En mars 2015, UBS sera condamnée à lui verser 30.000 euros de dommages et intérêts pour harcèlement moral.

Interrogée en avril 2016 sur Europe 1, Stéphanie Gibaud raconte son combat contre UBS : "C'est comme si j'étais survivante d'un camp de la mort psychologique... C'était une guerre des nerfs. Je suis sortie (de la banque), j'étais à peine vivante."

Minimas sociaux et pétition en ligne

Aujourd'hui, Stéphanie Gibaud n'a toujours pas trouvé d'emploi et vit des minimas sociaux. Une pétition en ligne, signée par plus de 110.000 personnes, demande que lui soit remise la légion d'honneur. Grâce à ses révélations, le fisc français aurait en effet fait revenir en France près de 12 milliards d'euros...

Daniel Ellsberg

Pentagon Papers (1971)

En 1971, Daniel Ellsberg, alors analyste, fait partie des personnes qui travaillent sur une étude confidentielle commandée par Robert McNamara, le secrétaire à la défense américain. Il sort clandestinement des parties du document - qui fait près de 7.000 pages - pour les faire photocopier, de nuit, dans l'entreprise de la petite amie d'un de ses collègues. Il transmet ensuite les informations au New York Times.

Défenseur d'Edward Snowden

Comme le rappelle Le Monde, les "Pentagon Papers" démontrent notamment que le gouvernement américain a volontairement organisé une escalade du conflit au Vietnam, avant l'intervention officielle des Etats-Unis en 1965. L'affaire va jusque devant la Cour Suprême des Etats-Unis, qui donne raison aux journaux qui ont diffusé les documents. Les charges contre Daniel Ellsberg seront quant à elles levées en 1973, en plein scandale du Watergate.

Quarante années plus tard, en 2013, Daniel Ellsberg prendra la défense d'un autre lanceur d'alerte, Edward Snowden (voir ci-dessous). Il en fait un "héros américain" qui "fuit l'injustice". "Il n'a aucune chance d'avoir un procès équitable" déplore-t-il, alors que le secrétaire d'Etat John Kerry qualifie Snowden de "trouillard" qui a "trahi sa patrie".

Edward Snowden

Affaire de la NSA (2013)











Consultant pour l'agence nationale américaine de la sécurité (la NSA), les "grandes oreilles" outre-Atlantique, Edward Snowden transmet en 2013 plus d'un million de documents à des journaux qui mettent à jour un système d'espionnage sans commune mesure : surveillance massive des communications numériques via des plateformes comme Facebook, Google ou encore Skype, implantation de matériel d'écoute dans les bureaux de l'Union européenne à Washington, enregistrement de données téléphoniques de citoyens français....

Il répond à Hollande sur Twitter

Après avoir fui son pays, Edward Snowden trouve un asile temporaire en Russie d'où il a récemment moqué la prise de parole de François Hollande. "Il faut protéger les lanceurs d'alerte", affirmait le président de la République qui réagissait au scandale des Panama Papers. "Vraiment ?", lui a répondu Snowden sur Twitter. L'ex-consultant n'a pas oublié que la France a rejeté en juillet 2013 sa demande d'asile...

Erin Brockovich

Pollution de l'eau potable aux États-Unis (1996)












Dépourvue de formation en droit, Erin Brockovich est embauchée en 1993 dans un cabinet d'avocats comme secrétaire chargée de préparer les dossiers.

Un film avec Julia Roberts

Elle entend parler d'une affaire de pollution de l'eau potable dans la ville de Hinkley, en Californie. Les avocats ne prennent pas la peine de se déplacer ; Erin Brockovich, elle, se rend sur place. Elle mène l'enquête et pointe du doigt la Pacific Gas and Electricity, la compagnie du gaz et de l'électricité locale. Trois ans plus tard, la Justice condamne la société à verser 333 millions de dollars à près de 650 victimes.

Son histoire a inspiré un film de Steven Soderbergh, qui a valu un Oscar à Julia Roberts en 2001.


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