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Assemblée nationale

[EXCLUSIF LCP] Ce que le Président a vraiment dit aux parlementaires de la majorité

En exclusivité, LCP dévoile l'intégralité de l’allocution prononcée par Emmanuel Macron devant les députés et les sénateurs de La République en Marche et du Mouvement démocrate conviés au ministère des Relations avec le Parlement, lundi 16 septembre, à l'occasion de la rentrée parlementaire. Une allocution retranscrite en intégralité grâce à un enregistrement recueilli par notre journaliste Brigitte Boucher. Plus qu’un discours, il s’agit d’un message oral adressé par le chef de l’Etat à ses troupes. D’où le style "parlé" de ce document qui fourmille d’informations sur l’état d’esprit d’Emmanuel Macron et de petites phrases sur ses intentions et sa stratégie. Retraites, immigration, prochaines… Le chef de l’Etat dit tout, ou presque, à ces troupes. A lire dans ce document exceptionnel.
46 min
LCPLCP

Sur la forme, l’enregistrement donne le ton. Lors de cette rencontre à huis clos organisée à l’occasion de la rentrée parlementaire, Emmanuel Macron use de sa force de conviction et de persuasion pour embarquer avec lui les élus de la majorité dans l’acte 2 de son quinquennat. Retraites, immigration, sécurité… Devant les députés et les sénateurs, le président de la République fixe les enjeux des mois à venir. Conscient d’un climat social toujours éruptif, il met en garde contre "l’arrogance" tout en invitant les parlementaires à repousser "la prudence qui conduit à l’immobilisme". Il en appelle à l’unité et au sens du collectif pour éviter "la division" qu’il juge "mortelle".

"Nous sommes nés ensemble à la vie politique" dit Emmanuel Macron comme un ciment à sa propre majorité. Rappelant l’objectif du macronisme, l’émancipation par le travail et la lutte contre l’assignation à résidence, le chef de l’Etat semble vouloir revenir à l’essence du mouvement qu’il a créé en y ajoutant le fruit de l’expérience acquise depuis son élection. Il plaide ainsi en substance pour retrouver une bienveillance "sans naïveté".

Sur le fond, le chef de l’Etat fixe les quatre priorités de la deuxième partie de son mandat : les retraites, l’écologie, le travail et les sujets régaliens. Si la PMA reste "le texte de tous les dangers", les retraites sont à ses yeux un dossier "essentiel" et "un formidable défi". Au-delà des retraites c’est "une réforme du cycle de vie" qu’Emmanuel Macron dit vouloir mettre en œuvre. Dans une expression qui peut rappeler la formule de Jean-Paul II ("N’ayez pas peur", ndlr), il enjoint les parlementaires à "ne pas avoir peur" et les encourage à expliquer cette réforme pour écarter toute "défiance". Admettant au passage, qu’il "faudra peut-être se donner un peu plus de temps" pour la mener à bien.

Emmanuel Macron consacre par ailleurs une large part de son intervention aux dossiers régaliens en précisant immédiatement qu’il n’est "pas sûr qu’il faille des modifications législatives". Il appelle à poursuivre le travail engagé sur "la sécurité du quotidien" et contre la radicalisation. Il insiste sur le communautarisme, qui a gagné certains quartiers, et demande aux parlementaires de regarder ce sujet "en face", sans naïveté, tout comme l’immigration, au risque - l’expression a suscité de nombreux commentaires la semaine dernière - de faire de La République en Marche un "parti bourgeois", déconnecté des classes populaires.

Retrouvant les accents du "en même temps" de la campagne présidentielle, le chef de l’Etat "défend le droit d’asile" et la France "terre d’immigration" mais s’interroge sur le "détournement" de ce droit de "manière parfois industrielle". Entre humanité et fermeté, Emmanuel Macron estime que c’est en tenant la ligne qu’il a fixée que la France pourra accueillir "dignement", et mieux intégrer les migrants qui ont vocation à rester sur le territoire national. "Je veux qu’on soit plus efficace et plus humain" ajoute-t-il. Sans évoquer ni l’AME, ni les quotas, le Président demande à ce que le débat sur l’immigration, qui aura lieu à l’Assemblée nationale le 30 septembre, "se tienne dans un cadre qui ne cède à aucune caricature".

Sur la méthode, enfin, le président de la République reconnaît que certaines choses ont été "mal faites" ou sont "insatisfaisantes". Signe du tournant affiché depuis quelques mois, il dit vouloir "bâtir à ciel ouvert", co-construire des solutions avec les partenaires sociaux, le monde économique et les citoyens. Et il compte sur les députés pour qu’ils articulent mieux "démocratie représentative et démocratie délibérative". Savoir et faire-savoir devient le maître-mot du chef de l’Etat qui alerte sur la mise en œuvre des réformes et la façon dont celles-ci sont ressenties dans l’opinion.

"La perception est une réalité en politique", souligne Emmanuel Macron. Conscient qu’il sera jugé sur les résultats en 2022 le Président veut combiner "agenda d’ambitions et agenda de réalisation". Quitte à passer moins de temps à amender les textes ou à y travailler de façon plus collective, il encourage les parlementaires de la majorité à être davantage encore sur le terrain pour expliquer les réformes aux Français. Une demande qui, à deux reprises, fait rire (jaune ?) l’assistance. Évoquant, les différences de sensibilités au sein de la majorité, Emmanuel Macron met en garde : "C’est normal qu’il y ait une polyphonie. Elle ne doit pas être cacophonique".

De la conduite des réformes à la stratégie électorale, Emmanuel Macron considère que c’est la présence sur le terrain qui permettra à La République en Marche de réussir les municipales et d’accroître son enracinement dans les territoires. Et, à l’évidence avec 2022 en ligne de mire, le chef de l’Etat désigne son opposant : le Rassemblement national qu’il continue d’appeler le "Front national". "C’est le Front national votre opposant. Et je pense qu’il faut continuer à structurer cette opposition parce que ce sont les Français qui l’ont choisie en 2017. Et ils l’ont confirmé en 2019", lors des élections européennes, affirme Emmanuel Macron devant ses troupes en considérant qu’il n’y a plus "que deux grands projets aujourd’hui dans notre pays". Le sien et celui du Rassemblement national. Pour le Président, l’acte 2 du quinquennat marque en tout cas le début d’un cycle électoral qui commencera avec les élections municipales et s’achèvera lors des législatives de 2022. Comme si, dépassant l’échéance présidentielle, il se projetait déjà dans un second mandat.


Brigitte Boucher


Retrouvez la transcription intégrale du discours d'Emmanuel Macron :

"Vous n’avez plus que deux saisons pleines, si je puis dire, sur le plan parlementaire. Viendra ensuite le temps d’une échéance à venir, d’une saison qui sera incomplète. Il faut avoir ça en tête et regarder notre avenir à l’aune de ce calendrier. Ensuite, parce que nous nous retrouvons dans un moment qui est particulier, nous sortons d’une crise politique, sociale, profonde, celle qu’on a appelé "des gilets jaunes" qui n’est pas tellement d’ailleurs une crise, qui a été l’expression symptomatique d’un mal très profond qu’il y avait sur nos territoires dans une partie de la société française qui a exprimé beaucoup de choses qui, parfois, étaient là depuis des décennies.

On le voit, plusieurs catégories de la population restent extrêmement nerveuses.Emmanuel Macron

On l’a suffisamment caractérisé donc je ne serai pas long sur ce point mais c'est encore gros dans la société et on se retrouve à une rentrée où certes, les vents ne sont pas de face certains sont de traverse et il faut être précautionneux et, on le voit, plusieurs catégories de la population restent extrêmement nerveuses.

Les inquiétudes sont là et si nous avons répondu à certaines demandes, si nous avons tenu bon, je crois en apportant des réponses, tout en étant cohérents avec la promesse initiale, ces inquiétudes demeurent. Les perturbations sont là, qui doivent nous garder de toute forme d’arrogance ou de certitudes excessives, mais [aussi] d’une prudence qui conduirait à l’immobilisme, d’une vigilance profonde qui doit nous conduire à agir en veillant à chaque fois à répondre à telle ou telle inquiétude et en évitant, comme on le dit aujourd’hui, elles ne se coagulent.

Ensuite, nous nous retrouvons dans un moment de ce quinquennat qui n’est pas simplement une deuxième phase sur le plan calendaire mais qui est l’ouverture de cet acte 2, au fond, qu’on a commencé avec la conférence de presse d’avril, la déclaration de politique générale du Premier ministre qui a suivi, après le temps des européennes et qui, maintenant à travers le travail du gouvernement et du Parlement, va permettre d’acter une deuxième phase.

Les élections municipales vont poser la question de la capacité de nos formations politiques à nous enraciner véritablement.Emmanuel Macron

La première phase a été celle des réformes menées tambour battant, appliquant un programme que nous avions porté quelles que soient les échéances. La deuxième phase est celle, tout à la fois de nouvelles réformes amples, profondes, pas moins ambitieuses et, j’y reviendrai, de la déclinaison en profondeur et du temps des résultats des premières réformes conduites. C’est aussi celle d’une méthode nouvelle. Nous corrigeons parfois des choses que nous avons mal faites, ou qui ont été perçues comme étant insatisfaisantes, et la perception est une réalité en politique, donc il nous faut y répondre.

Nous nous retrouvons aussi, c’est le quatrième point caractérisant ce moment dans une phase politique qui, je dirais, nous oblige tous. Nos familles politiques sont en train d’investir pour les municipales qui, se tiendront au printemps prochain, et qui ouvrent une phase où nous n’arrêterons plus le cycle électoral et il faut d’ailleurs le regarder comme tel. Et pas simplement, regarder les municipales comme une forme d'élections qui existeraient au milieu de nulle part. Nous allons avoir les élections municipales qui vont poser la question de la capacité de nos formations politiques à nous enraciner véritablement et à la majorité présidentielle de décliner son action, sa présence, ses partenaires, partout sur le territoire. Je le dis parce que c’est sans doute une des choses qui nous a manquée dans la première phase du quinquennat, nos oppositions ont parfois été locales et les attaques ont souvent été celles qui consistaient à dire : "Ces formations politiques, ce gouvernement, ce Président, sont déracinés."

Ils oublient qui les a fait et comment.Emmanuel Macron

Le temps de l’enracinement sonne avec ces municipales mais viendront derrière les sénatoriales et dans la foulée, déterminées par celles-ci, les instances intercommunales, les instances représentatives d’élus qui se déclineront derrière, les départementales, les régionales et puis, les présidentielles et les législatives. Et c’est dans ce cycle électoral qu’il faut maintenant voir les choses et qu’il nous faut considérer le travail et là-dessus vous avez sur vos territoires nombre de discussions. Il y en a au niveau national et je veux remercier, celles et ceux, j'aperçois Alain [Richard, ndlr] et quelques autres qui ont donné de leur temps et de leur énergie aux côtés entre autres de Stanislas [Guerini, ndlr] et Pierre [Person, ndlr]. Je remercie aussi François Bayrou et toutes celles et ceux qui œuvrent à ses côtés. C’est un travail très ingrat.

Alors, je vous le dis avec beaucoup d’amitié et, en même temps, le sens de la gravité : ce qui est attendu de nous collectivement, c’est de réussir à prendre des décisions et donc à investir, c’est de réussir dans ces moments-là à passer outre les déceptions, les frustrations et il y en a toujours. Il y en a toujours. C’est de ne pas nous diviser et de ne jamais oublier d’où on vient. Moi, je vous vois avec toujours beaucoup d’émotion et d’amitié, nous sommes nés ensemble à la vie politique et je le dis avec la présence de notre Haut Commissaire aux retraites qui a œuvré dans un temps passé dans des commissions d’investiture. Quand j’entends parfois dans notre famille politique certains qui disent : "Ces commissions d’investiture, ce n’est pas légitime, faudrait faire ceci ou cela, moi je veux bien mais enfin, ils oublient qui les a fait et comment." Moi, je les ai vues les commissions d’investiture (...). Ce n’est jamais parfait. Je sais qu’il y a une chose qui est mortelle en politique, c’est la division.

Ne pas oublier la bienveillance.Emmanuel Macron

Ce temps est forcément un temps qui est difficile parce qu’il suppose des choix. Les choses ne sont jamais parfaites sur un territoire. Et donc je souhaite qu’on y mette un maximum d’intelligence collective. Soyons le plus juste possible avec les talents qui émergent. Ayons, je crois, la qualité qui nous a faite, c'est de ne pas étouffer les talents qui arrivent. Il faut laisser partout émerger d’autres talents, parfois d’autres talents que vous, il faut accepter les choix qui sont faits, plaider mais, à un moment, il faut prendre une décision dans une formation politique, quelle qu'elle soit, et l'absence de prise de décision n’est pas un signe de maturité politique. Et il faut souquer ensemble parce que sinon on perd et je sais une chose : quand on est une formation politique ce n’est pas bon de perdre. Ce n’est pas bon de perdre parce que, généralement, on perd toujours au bénéfice de formations dont on était plus loin que celle ou celui qu’on n’aimait pas dans sa propre formation politique.

Donc, il faut passer ce moment qui est un test de solidité, de maturité, où nous devons être à la fois unis, efficaces, en cohésion et ne pas oublier, j’y reviendrai dans quelques instants, la bienveillance parce que les Français, quand ils ont voté pour nous, ont été attachés à cela et j’ai parfois ressenti des manques de bienveillance de toute part. Il faut retrouver cet esprit dans la période qui vient. Je crois que c’est très important et, plus on fait des choses difficiles, plus il faut essayer de se dire qu’on ne va pas être d’accord mais, on y va ensemble et on essaie de faire au mieux.

L’Europe est un formidable levier pour décliner notre projet collectif. Emmanuel Macron

Et puis la dernière chose qui caractérise ce moment politique de notre pays, de notre vie ensemble, c’est aussi le temps européen, international, que nous vivons. Je ne reviendrai pas ici sur le temps international, on sort d’un G7 qui a été pour la France une bonne chose mais dans une période internationale qui est dure, pleine d’incertitudes, qui nous contraindra et qui, peut-être, sera faite de chocs, il y a un moment européen qui est refondateur. Nous avons collectivement beaucoup porté le projet européen et une ambition forte pendant ces deux années et quelques qui viennent de s’écouler. Je crois que nos concitoyens l’ont vu, senti. Et le moment qui advient est un moment où l’ambition européenne doit prendre un nouveau tour.

D’abord parce qu’il y a une nouvelle commission dont le discours, le projet, s’est beaucoup structuré autour de nos positions au niveau des élections européennes, quand je regarde le discours de la présidente von der Leyen. Et dans un moment où il va nous falloir rebattre les cartes dans le discours franco-allemand parce que les réalités ne sont plus celles qu’on connaissaient il y a deux ans et demi. On a un partenaire qui souffre sur le plan économique, qui vit un cycle politique plus dur que nous, et qu'il faut pousser avec nous à faire les réformes profondes qui sont attendues et qui, peut-être, donneront aussi une dynamique supplémentaire, dont je crois profondément nous avons besoin, pour œuvrer et faire encore davantage. Qu’il s’agisse de numérique, d’écologie, de migration, de défense, de projet économique et politique, l’Europe est un formidable levier pour décliner notre projet collectif et lui donner encore plus d’ampleur et d’efficacité.

La loi de bioéthique est le texte de tous les dangers.Emmanuel Macron

Voilà le moment où nous nous retrouvons aujourd'hui et dans lequel nous entamons cette nouvelle saison parlementaire. Tout est possible, si nous savons bien faire. C'est pourquoi j’attends beaucoup de vous dans cette période, j’attends beaucoup de nous, collectivement, et je voulais revenir sur quelques éléments de l’action à mener et de sa méthode.

D’abord, je pense que ce que nous nous devons collectivement, ce que nous devons à nos concitoyens, c’est un agenda d’ambitions. Cela a été dit et plusieurs textes ont été rappelés par Marc [Fesneau, ndlr] à l’instant, Edouard [Philippe, ndlr] il y a dix jours, l’a présenté aux Français en sortant du séminaire pour compléter ce qu’il avait présenté dans sa déclaration de politique générale au printemps.

Il y a un agenda extrêmement nourri du gouvernement et du Parlement dans les semaines et les mois qui viennent. Je considère que cet agenda qui continue à porter notre ambition vous l’avez admirablement commencé en cette rentrée, je tenais à vous le dire, avec ces lois de bioéthique. Ça n’est pas fini, c’est le texte de tous les dangers, mais je trouve qu’il a été extrêmement bien préparé et ce que vous avez collectivement fait est, d’ores et déjà, une démonstration de maturité politique et de savoir-faire, avec le temps du débat dans la société, avec la préparation au gouvernement par trois ministres fortement engagés, avec la préparation ensuite avec les parlementaires. Avec un choix d’ouverture, que je salue, associant très largement les parlementaires du groupe mais associant aussi des parlementaires qui ne sont pas de la majorité et avec un engagement fort de plusieurs d’entre-vous pour porter, expliquer, construire.

Quatre priorités ont été actées. Elles ont été présentées autour des retraites, de l’écologie, du travail et du régalien.Emmanuel Macron

Et on le voit, ce qui était déjà des éléments de très forte tension, on pensait qu’on allait caler, arrêter, que les choses allaient se diviser (...). Il y aura des moments sans doute difficiles, je ne veux pas être ici naïf mais c’est quelque chose qui est salué, y compris par celles et ceux qui ne partagent pas la philosophie de ce texte. Et je crois que cela doit profondément nous inspirer dans la méthode qui est à la fois le pragmatisme, le professionnalisme, la capacité à assumer notre philosophie profonde et le progressisme. Et une capacité de dialogue et d’ouverture qui, à la fin, fait gagner du temps, parce qu’elle évite les divisions dans cet agenda d’ambitions illustré formidablement par ce projet. C'est celui que nous allons décliner dans l’année qui vient et qui marque ce deuxième temps, ce deuxième acte.

Pour moi, l’objectif doit être vraiment de continuer de décliner ce qui est l’ambition nationale et européenne qui est au cœur de notre projet. C’est-à-dire de porter ce qui est une philosophie des Lumières au XXIe siècle, essayer de préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur et acter d’avoir un projet qui est un projet d’ouverture préservant la cohésion de la Nation.

Quatre priorités ont été actées. Elles ont été présentées autour des retraites, de l’écologie, du travail et du régalien. Je ne vais pas ici rentrer dans trop de détails mais simplement donner quelques éléments d’illustration.

Sur le travail, c’est la poursuite de ce qui a été fait depuis deux ans et demi. Je l’ai dit, des lois simplifiant la vie des entreprises pour les aider à agir, loi Pacte et ordonnances travail, en passant par la réforme de l’assurance chômage de cet été, la réforme de la formation professionnelle, de l’alternance et de l’apprentissage qui produit ses premiers résultats, le continuum fait de la formation du plus jeune âge jusqu’à la formation tout au long de la vie.

La bonne manière de lutter contre la pauvreté, ça n’est pas de subventionner la pauvreté c’est de recréer de l’activité partout.Emmanuel Macron

Les réformes ensuite qui ont été conduites, avec les régions, à l’exception de deux d’entre elles, pour porter un investissement dans les compétences jusqu’à la stratégie pauvreté qui est une stratégie de lutte contre l’assignation à résidence par l’activité sous toutes ses formes. Nous avons une palette de réponses qui ont été construites, proposées par le gouvernement et le Parlement, inédites, et je crois, très profondément, une dynamique qui a été créée qui permet de répondre sur le plan économique et social au projet d’émancipation et de solidarité qui est le nôtre.

Sur le travail il nous faut maintenant décliner et avoir tous les résultats, l’avoir dans les quartiers qui sont les plus difficiles, les quartiers les plus pauvres, qu’il s’agisse de la grande ruralité, des quartiers urbains, ou des territoires ultramarins parce que ce sont trois géographies sur lesquelles nous avons beaucoup à faire et à rebâtir.

Et c’est, je crois pouvoir le dire, vraiment le fil rouge de notre action depuis deux ans et demi. Donc il ne faut pas le perdre. Là-dessus ce n’est pas un agenda législatif mais c’est un travail qu’il faut poursuivre. Je crois pouvoir le dire, ce que nous sommes en train de décliner, territoire par territoire, ce que la mobilisation nationale lancée au printemps par le Premier ministre et qui doit se poursuivre, va permettre de montrer, c’est la mise en œuvre pratique à l‘échelon le plus local de cette philosophie que nous portons depuis deux ans et demi, qui est de dire : la bonne manière de lutter contre la pauvreté, ça n’est pas de subventionner la pauvreté, c’est de recréer de l’activité partout parce qu’il n’y a aucune fatalité et c’est de réconcilier l’émancipation économique, le mérite, la lutte contre la grande pauvreté et l’assignation à résidence.

Nous commençons la lutte contre le glyphosate parce que personne n’avait osé.Emmanuel Macron

L’application, la poursuite de nos travaux, c’est absolument fondamental et nous avons encore de très grands chantiers devant nous, qui impliqueront la mobilisation des parlementaires que vous êtes : la déclinaison territoriale, la mise en œuvre du service publique de l’insertion et la construction de ce revenu universel d’activité qui est absolument fondamental. Tout ça impliquera aussi de poursuivre les discussions avec nombre de collectivités territoriales dans l’agenda qui est le nôtre.

Le deuxième axe, c’est celui de l’écologie. Nous l’avons vu, nous l’avons tôt senti et tôt porté et, il faut bien le dire, la grande difficulté que nous avons vécue, c’est qu’en quelque sorte nous n’avons pas réussi pendant un temps à construire ou à fixer nous-même le cadre de référence. Et donc, le cadre de référence a toujours été donné par celles et ceux qui étaient les plus extrêmes, les plus durs.

Commençions-nous la lutte contre le glyphosate, ce que personne n’avait osé, étions-nous les seuls en Europe à dire non à quinze ans, nous étions vus en France comme les moins-disants parce qu’on n’avait pas obtenu trois ans mais cinq ans. Mettions-nous fin, premiers dans le monde, aux centrales à charbon ce n’était pas suffisant (...) et ainsi de suite.

Sur ce combat qui est absolument fondamental, pour lequel notre jeunesse nous a rappelé et continue de nous rappeler combien il est essentiel, et dont je crois là aussi qu’il réconcilie nombre de nos agendas, il nous faut réussir à réarticuler la lisibilité de notre projet politique, les actions concrètes et la mise en valeur de ce que nous avons fait depuis deux ans et demi.

Beaucoup de choses ont été faites, les lois Egalim qu’il nous faut décliner filière par filière pour réussir avec le monde paysan à sortir de la dépendance aux pesticides et avoir un vrai agenda progressiste qui est faisable, qui est possible, qui est en cours, jusqu’à la mise en œuvre de ce que nous avons fait sur les mobilités, sur les modes de production d’énergie, jusqu’à la loi de lutte contre le gaspillage et pour l’économie circulaire, qui arrive dans vos mains, au projet de territoires, etc.

Jusqu’à 2017 ce n’était pas si compliqué : on prenait des lois qui ne s’appliquaient pour le futur.Emmanuel Macron

On voit bien que nous avons tous les leviers pour montrer notre capacité à conduire le pays dans une transition, oserais-je dire, en vrai. La grande difficulté du travail qui est le nôtre collectivement c’est que, pour la première fois, nous n’avons plus des dénonciations à faire, ça c’était il y a quinze ans et il y a dix ans, nous n’avons plus à prendre des lois pour le futur, ça c’était il y a cinq ans, nous avons à prendre des lois pour aujourd’hui. C’est ça la grande difficulté de l’agenda climatique, plus largement environnemental, qui est le nôtre. C’est que c’est un agenda du réel.

Jusqu’à 2017, ce n'était pas si compliqué : on prenait des lois qui ne s’appliquaient que pour le futur. On pouvait être très dur, fermer toutes les centrales de la Terre, interdire tous les plastiques de la Terre, ça ne s’appliquait pas de notre vivant politique. Ce n'est plus vrai. Et donc sur ce sujet, la grande vigilance, en quelque sorte, c’est de garder le cadre de référence en tête et de ne jamais, entre nous, essayer de tirer trop loin parce que sinon on est toujours récupéré par l’autre et le compromis qu’on bâti à ciel ouvert est vu comme la renonciation à une ambition qu’on aurait pu porter. Donc, c’est la capacité à bâtir à ciel ouvert des compromis avec les différentes corporations, mondes économiques, qu’il s’agisse des paysans, des industriels, de certains territoires, pour réussir à mener ce chemin.

C’est un art d’exécution qui est dans vos mains collectivement et qui est aussi un agenda d’ambitions auquel je crois beaucoup et sur lequel il y a un agenda positif qu’il s’agisse de l’eau dans tous nos territoires, qu’il s’agisse de la lutte contre le gaspillage et les économies que cela permet, qu’il s’agisse aussi de la méthode que nous pouvons imprimer à travers cet agenda, en particulier grâce à la Convention citoyenne qui commencera début octobre. Nous avons là à redonner de la visibilité, de la cohérence à ce qui est fait depuis deux ans, à avoir, là aussi, des premiers résultats, à bâtir de nouveaux objets qu’on déclinera territorialement et à illustrer une nouvelle méthode celle de la délibération avec nos concitoyens dans le cadre de cette Convention dès le début du mois d’octobre.

Sur les retraites, il nous faut beaucoup de méthode et, je dirai, ne pas avoir peur.Emmanuel Macron

Le 3e chantier c’est celui des retraites. Celui-ci beaucoup d’entre vous y sont engagés depuis déjà deux ans. Il est absolument essentiel. Il était au cœur de notre programme. Il a été préparé par le Haut-commissaire, aux côtés de la ministre et du Premier ministre, avec un très gros travail, un travail, si je puis dire, technique auquel vous avez participé, auquel certains de nos concitoyens ont pu participer mais qui n’est pas connu de tous, on le voit bien. Il est en train d’être découvert. C’est un formidable défi.

Ce sujet personne ne l’a abordé, j'allais dire depuis 45, mais au fond personne ne l’a abordé tout court. Parce qu'on a construit des systèmes en sortant de guerre, quand il n’y avait plus rien, mais modifier un système qui existe c’est pire qu'en construire un. Parce que les gens ont déjà quelque chose. C’est ça que vous êtes en train de vivre et donc, il nous faut avoir beaucoup de méthode et, je dirai, ne pas avoir peur.

D’abord, parce que nous l’avons dit. C’est toujours bien de faire ce qu’on a dit, en général. Ensuite, parce que je pense que notre pays en a besoin. L’une des maladies qui le ronge c’est la défiance. Et cette défiance est nourrie par les petites différences, en particulier celles qui existent entre les différents systèmes de retraite, dont les écarts ne se justifient plus. La bataille que nous commençons, je crois qu’il ne faut pas éluder cette première phase, c’est d’abord d’expliquer ce qui ne va pas, ne filons pas en commençant à expliquer ce qu’on propose. Parce que c’est trop facile pour les opposants ou les conservateurs d’expliquer en quoi ils sont contre. En rappelant aux gens ce qu’ils vivent, les quarante-deux systèmes, le caractère obsolète de tous les régimes spéciaux, le caractère relativement esseulé de la France quand elle se compare aux voisins en terme de durée de cotisation ou d’âge. La réalité du monde du travail d’aujourd’hui avec celui d’il y a vingt ans et le fait que ce système n’a pas bougé et donc ces profondes injustices et inéquités, le fait que, si j’en crois le COR, ce système n’est plus financé, même, à horizon 2025.

Il faut reposer tout cela et donc, expliquer pourquoi on le change, sinon nos concitoyens ne vont pas comprendre pourquoi on fait les choses. Et ensuite, il faut assumer un temps de débat avec les syndicats, les différents secteurs et avec la population française, là aussi, qui est un marqueur de ce nouveau temps, où nous aurons à construire des solutions. D’abord, des solutions pour les 80% de salariés qui ne sont pas touchés par les situations les plus particulières, il ne faut jamais l’oublier.

Il ne faut pas céder à ceux qui voudraient qu’on ne fasse pas de choix. Emmanuel Macron

Et là, les premières équations ont été proposées dès l’été par Jean-Paul [Delevoye, ndlr]. Et il faudra faire des choix. Le Premier ministre l’a dit. Il faudra à l’issue de cette concertation faire des choix. Il ne faut pas céder à ceux qui voudraient qu’on ne fasse pas de choix et qui tout de suite disent "ne changez pas le système". Et on devra regarder les choix sur les paramètres financiers, les choix sur les paramètres de vie et les délais de transition qu’on se donne.

Et puis, nous aurons une discussion sur les grandes professions pour lesquelles le changement est le plus profond, celle des régimes spéciaux, celle des enseignants, celle des aides-soignants ou aides-soignantes, celle des infirmiers, infirmières, des policiers, des gendarmes, on le sait bien, et peut être faudra-t-il se donner un peu plus de temps.

Il ne faut rien fermer, en tout cas, pas fermer trop tôt et bâtir cet ensemble de manière cohérente et transparente. Je crois que c’est une formidable école d’abord, de solidité politique (...). Et le fait qu’ils essaient de tout bloquer avant qu’on commence les discussions montre à quel point ils ont peur de tenir l’échange mais, il faut le faire avec, je crois, beaucoup de calme.

Le Premier ministre en a donné les cadres dans le temps. Je pense que c’est important de poursuivre cela parce que c’est au fond, si vous voulez ma conviction, une formidable réforme du travail et du cycle de vie. Ce n’est pas une réforme des retraites, c’est une réforme du travail dans la société et du cycle de vie. Parce que ce qu’on va devoir penser c’est comment on travaille tout au long de sa vie.

La plupart des professions qui ont des systèmes de retraite à part ont utilisé la retraite comme une variable d’ajustement pour compenser les mauvaises conditions de travail, la mauvaise gestion des ressources humaines tout au long de la vie, bien souvent de l’Etat employeur ou dans de grandes entreprises d’Etat.

Notre capacité à rebâtir des carrières de travail dans un environnement où la pénibilité va décroître, où on suivra mieux les conditions particulières de l’un ou de l’autre, c’est au fond la réinvention du travail. Et cette réforme elle se justifie parce que le travail est en train de changer, parce que les carrières d’aujourd’hui ne seront pas celles de demain, parce que la génération qui rentre dans le travail, elle ne rentrera plus dans une entreprise, la même, tout au long de sa vie, ou dans un secteur, le même tout au long de sa vie. On le sait bien et c’est d’ailleurs ce qui nous a conduit à cette transformation économique qu’on porte depuis deux ans et demi. C’est ça le fil.

Réussir à lutter efficacement dans les quartiers qui ont basculé dans la radicalisation par un travail interministériel inédit.Emmanuel Macron

Et puis le quatrième axe, c’est le régalien et là-dessus il nous faut, là aussi, continuer à travailler. Beaucoup a été fait durant ces deux ans et demi dans ce qu’on appelle les sujets régaliens. Une loi très importante en matière de justice, un très gros travail sur le sujet de l’équité territoriale, un travail considérable que beaucoup ont déjà oublié dans la lutte contre le terrorisme, avec une loi qui nous a permis de sortir de l’état d’urgence tout en protégeant nos concitoyens et j’en passe.

Tout ce qui a été fait est considérable sur ce volet mais, comme vous, je regarde notre nation et j’en vois les brûlures, les blessures et ce qui la secoue. Et j’essaie de le regarder sans naïveté. Nous avons été secoués ces derniers mois par des sujets qui ont focalisé toute l’attention sur l’ordre public et qui ont pris beaucoup du travail des ministres et de nos forces de l’ordre. Il nous faut maintenant retrouver un agenda d’une sécurité du quotidien qui est indispensable. Ce sera au cœur de cet agenda régalien.

Pas sûr, sur ce point, qu’il faille des modifications législatives, beaucoup a été fait en la matière. Mais un engagement du Premier ministre, des ministres, et pas simplement ceux de l’Intérieur pour, ça a été commencé, parachever le travail été entamé sur la sécurité du quotidien, réussir à lutter efficacement dans les quartiers qui ont basculé contre la radicalisation par un travail interministériel inédit.

Réussir à réenclencher une bataille beaucoup plus efficace de lutte contre les bandes, contre les trafics de drogue, pour ne citer que ces deux exemples, qui sont perçus par nos concitoyens et qui progressivement font basculer certains territoires dans le doute à l’égard de l’efficacité de la République et de notre propre capacité à répondre à leurs problèmes. Et là-dessus je souhaite que l’on puisse se réengager collectivement et, si je puis dire, être clairs et forts.

(...) dans notre République la montée d’une forme de sécession à l’égard de la chose publique, au nom d’une religion, d’un projet politique qui se fonde sur une religion, qui est d’ailleurs l’Islam, dans ces quartiers.Emmanuel Macron

Nous allons avoir le sujet de la lutte contre les communautarismes, j’utilise à dessein ce terme et pas celui de laïcité. Je me suis à plusieurs reprises exprimé sur la laïcité durant la campagne et après, je pense que la laïcité ce n’est pas une religion publique, vous le savez, c’est un cadre dans lequel les religions peuvent s’exprimer librement, dans lequel on a le droit de croire et de ne pas croire.

Mais il y a malgré tout, dans notre République la montée d’une forme de sécession à l’égard de la chose publique, au nom de religions, d’un projet politique qui se fonde sur une religion, qui est d’ailleurs l’Islam, dans ces quartiers. Et je crois qu’il ne faut pas écraser ce combat sur le sujet de la laïcité. Il faut regarder en face ce qu’est le sujet du communautarisme avec là aussi beaucoup de clarté, d’abord le documenter et ensuite y apporter une réponse qui passe par l’école, qui passe par les services publics, qui passe par la capacité que la République se redonne à elle-même d’apporter des réponses concrètes à nos concitoyens qui se sont détournés d’elle parce que d’autres leur apportaient une réponse plus efficace ou qui ont peur.

Et donc, je pense que ce sujet ne doit pas être un marqueur, ce sujet doit être un pan de notre action, assumé et d’efficacité. Il est très important, sinon on continuera à avoir des quartiers qui basculent et on continuera à avoir certains qui nous taxent de naïveté ou d’inefficacité. Et puis quand j’aborde les sujets régaliens, j’entendais ces derniers jours, je lisais les gazettes pour m’expliquer ce que je pensais, il y a le sujet de l’immigration.

Nous faisons partie de ces pays qui ont toujours été des terres d‘immigration. Ça crée des tensions mais il faut le regarder en face.Emmanuel Macron

D’abord, je ne veux pas qu’on écrase le sujet de l’immigration sur les sujets précédents que je viens d’évoquer. C’est un sujet en soi, le sujet de l’immigration et qu'il faut prendre, là aussi, avec maturité et calme. La France a toujours été une terre d’immigration, toujours, et d’ailleurs on a toujours eu, à peu près, historiquement le même nombre d’immigrés, quand on regarde la population totale, une dizaine de pourcents.

Depuis la fin du XIXe siècle ceci est assez constant et nous avons parfois été devant les Etats-Unis d’Amérique lorsque ces derniers s’étaient donnés des quotas, il y a quelques décennies. Nous faisons partie de ces pays qui ont toujours été des terres d‘immigration. Ça crée des tensions mais il faut le regarder en face.

La difficulté qui est la nôtre aujourd’hui, c’est que nous sommes face à un phénomène qui est nouveau, qui est nouveau depuis l’élection. C’est que, en Europe, les flux d’entrée n’ont jamais été aussi bas depuis 5 ans et en France les demandes d’asile n’ont jamais été aussi hautes, sur cette période. Et ça nous devons le regarder en face.

J’ai défendu et je continuerai toujours à défendre le droit d’asile, j’y crois très profondément, ça fait partie de nos valeurs et nous avons face à nous une formation politique qui veut le supprimer, le fragiliser, le découdre. Mais je constate que le droit d’asile aujourd’hui est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent, et est le théâtre de distorsions.

Parce que le choix qui nous est posé c’est de savoir si nous voulons être le parti bourgeois ou pas...Emmanuel Macron

J’ajoute que l’Europe n’étant pas coordonnée, les dysfonctionnements de Dublin, de Schengen, le fait que beaucoup de pays autour de nous ont changé leur règle et nous nous ne l’avons pas changée fait que, aujourd’hui, nous avons cette situation que je viens de décrire. Et elle se voit sur le territoire. Il ne faut pas qu’on se trompe. Nos concitoyens le voient. Nos concitoyens voient une Espagne qui paraît généreuse mais qui a beaucoup moins de demandes d’asile que nous.

On se souvient d’une Allemagne que j’ai défendue, qui a accueilli [ceux] qui demandaient l’asile mais qui n’en a pas retenu la moitié, lesquels ont ensuite essaimé. Nous sommes le premier pays d’accueil secondaire en Europe et nous ne savons pas, aujourd’hui, gérer ce phénomène. Je le dis avec beaucoup de clarté. Et donc si nous ne le regardons pas en face, nous le subirons et, aujourd’hui, nous le subissons.

Et ça donne quoi ? Des départements qui ont leur nombre de mineurs non accompagnés qui explosent. Débat financier, mais aussi débat sécuritaire, injustice au carré parce que ce sont ceux qui ont déjà des mineurs à l’ASE [aide sociale à l'enfance, ndlr] donc c’est encore plus dur pour eux. Et partout, parce que nous avons une politique aujourd’hui qui n’est pas parfaitement adaptée, où nous plaçons les demandeurs d’asile, ce sont déjà les territoires les plus pauvres et les plus en difficulté qui ont ces populations qui arrivent, qui disent, " vous ne voulez décidément pas que je m'en sorte ". C’est ça la réalité.

Moi, j’attire votre attention sur ce sujet. Nous n’avons pas le droit de ne pas le regarder en face. Je vais vous dire de manière très simple pourquoi. Parce que le choix qui nous est posé c’est de savoir si nous voulons être le parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec ce phénomène parce qu’ils ne les croisent pas.

Les classes populaires vivent avec ça parce qu’elles sont dans les quartiers où nous avons déjà depuis trente ans échoué à intégrer, où nous avons déjà mis plus de populations primo-arrivantes et où, aujourd’hui, il y a le plus de MNA [mineurs non accompagnés, ndlr] et de gens qui arrivent qui sont en situation de demander l’asile. Les classes populaires, elles sont là.

Mais sincèrement est-ce que c’est souhaitable que des citoyens de ces pays viennent et demandent l’asile en France ?Emmanuel Macron

La gauche, elle, n’a pas voulu regarder ce phénomène pendant des décennies. Et elle a découvert, Parti communiste comme Parti socialiste, que ces gens allaient vers le Front national. Et vous ne vous demandez pas pourquoi le Front national domine dans ces quartiers et, quand ce n’est pas le Front national, il a face à lui du communautarisme ou du communautarisme exploité par l’extrême gauche parce qu’il y a une forme de cécité. On est comme les trois petits singes, on ne veut pas regarder.

Les classes populaires, elles ont le problème du chômage, de la pauvreté, des inégalités territoriales que nous sommes en train d’affronter. Il faut le temps des résultats de l’action mais elles ont ce sujet et ça vaut pour les territoires ultramarins, de la Guyane à Mayotte. Et elles nous demandent de l’affronter et de l'affronter, non pas d’une manière symbolique, non pas en agitant des chiffons, en disant ceci c’est bien, ceci c’est pas bien. Non, en le faisant comme on l’a fait sur l’agenda économique et social de manière complète, adulte, partagée, et donc il y a une première chose : on n’a pas le droit de ne pas s’y attaquer et de ne pas le voir.

La deuxième chose, on n’a pas le droit de se diviser sur ce débat en parlant de symboles. Je retrouve les mêmes clivages que ceux qu’on avait dans le champs économique et social il y a cinq ou dix ans sur ce champs-là, aujourd’hui. Il y aurait les gens bien ou avec des bons sentiments qui seraient en faveur de l’asile ou qui défendraient les demandeurs d’asile et puis, il y aurait les gens pas bien qui sont contre dans la majorité. Moi je veux que des gens qui soient à la fois humains et efficaces. Et qui considèrent avec moi que, lorsqu’on vient d’un pays sûr, avec lequel on a de l’aide publique au développement, à qui ont donne des visas, etc. Sincèrement, est-ce que c’est souhaitable que des citoyens de ces pays viennent et demandent l’asile en France ? Ni pour ces citoyens, ni pour nous.

En prétendant être dur on est en fait inefficace.Emmanuel Macron

Quand vous avez, aujourd’hui, des gens qui viennent de Géorgie, de pays d’Europe avec lesquels nous avons la liberté de visas, quand nous avons des concitoyens qui venant de pays d’Afrique de l’Ouest avec lesquels nous avons des visas par dizaines de milliers, quand ça n’est pas plus, qui sont donnés chaque année, qui demandent l’asile de manière parfois industrielle, est-ce que cette situation est soutenable et souhaitable ? Est-ce qu’elle n’est pas un détournement ? Un peu. On va le regarder. Quelle est la réalité de notre organisation ? Est-ce qu’ensuite on accueille bien ? Est-ce que défendre ces citoyens c’est encourager ce système ? Je ne crois pas.

C’est de s’assurer qu’on démantèle les filières qui les exploitent, c’est ensuite s’assurer qu’on accueille, quand quelqu’un arrive sur le territoire français, tout le monde dignement. C’est l’engagement que j’avais pris dès juillet 2017 à Orléans, qu’on n’arrive pas à tenir, mais pas en disant tout le monde est le bienvenu sans distinction. Non, qu’on accueille et qu’on loge dignement, mais en procédant dès le début aux contrôles qui vont de soi pour distinguer celui ou celle qui a droit à l’asile et celui qui n’y a pas droit. Qu’on regarde les conditions dans lesquelles partout en Europe on accompagne ces personnes parce qu’on ne peut pas être durablement, compte tenu du fait que la France n’est jusqu’à preuve du contraire pas une île, on ne peut pas gérer ces situations de manière totalement décorrélée entre la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne. Et donc, on doit regarder les conditions de logement, d’allocation, desystème de santé ou autre.

Comment ensuite, le plus rapidement possible on octroie l’asile ou un titre à celui ou celle qui a vocation à rester et à être protégé. Et comment beaucoup plus rapidement on [lui] enseigne le français, on lui permet de s’intégrer et de trouver un travail. Ce que je vois c’est qu’aujourd’hui nous sommes mauvais sur chacun de ces points de la chaîne. Et qu’en prétendant être humaniste on est en fait laxiste. Et qu’en prétendant être dur on est en fait inefficace. Exactement comme, il y a quelques années, on prétendait dire, moi je serai bon avec les plus pauvres parce que je continuerai à mettre tous les freins possibles sur le marché du travail et à m’assurer que le plus pauvre gagnera un peu mieux sa vie que dans la grande pauvreté. C’est ça ce que disait avant nous les gens.

Nous avons su dépasser des clivages parce qu’on a su dépasser les totems et les tabous. Ce que je vous demande pour le débat qui vient sur le sujet de l’immigration c’est, avec le gouvernement, de co-construire de manière aussi exigeante que nous l’avons fait dans le champs économique et social, un agenda progressiste et pragmatique. Le progressisme irénique, il n’existe pas, le progressisme sans les classes populaires a vocation à mourir.

Si vous ne répondez pas à ce que vivent les quartiers populaires, fracturés par ces sujets, vous ne tiendrez pas.Emmanuel Macron

Le progressisme qui n’existerait que dans les quartiers bourgeois ne tient pas longtemps. Ne vous trompez pas. Donc si vous ne répondez pas à ce que vivent les quartiers populaires, fracturés par ces sujets, vous ne tiendrez pas. Nous ne tiendrons pas. Mais le progressisme qui oublie ses principes, son exigence éthique, morale, profonde, il se perd lui-même. Et donc c’est ça qu’il faut bâtir et donc ce que je souhaite c’est que le débat du 30 [septembre, ndlr] sur l’immigration se tienne dans un cadre qui ne cède à aucune caricature et que vous soyez la formation politique qui porte la complexité de ce débat qui est à la fois internationale, européenne et nationale.

Et que vous bâtissiez avec le gouvernement dans les semaines qui suivent des premières réponses mais qui auront vocation à être évaluées, des premières réponses pour améliorer notre système et être exigeants avec nous-même. Et moi ce que je veux c’est qu’on soit plus efficace et plus humain. Non pas plus laxiste avec ceux qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire et plus dur avec ceux qui de toute façon y sont et qu’on devra régulariser ou ceux qui ont vocation à être protégés.

Et donc il faut faire cette conversion du regard et parfois de nos pratiques administratives. C’est un travail collectif. J’en ai livré quelques fils. Je suis à la disposition de celles et ceux qui veulent en discuter plus longuement, le Premier ministre et les ministres aussi. Mais ça touche l’Intérieur, le Logement, le Travail, la Santé, la Justice, les Affaires étrangères et européennes. C’est éminemment interministériel. Et nous devons répondre à ce sujet. Voilà en tout cas une exigence que j’ai pour nous collectivement mais je souhaite que nous puissions répondre sur ces sujets que l’on appelle régaliens, aux angoisses que je sens naître dans le pays, qui en sont les fractures. Et en parallèle, pouvoir porter ce qui sont nos aspirations profondes c’est-à-dire un projet culturel profond qui est l’espoir de notre pays. Qui est ce que nous portons, la France des Lumières (...) mais qui ne se fait pas hors sol, hors rien.

On ne pourra pas tenir au rythme législatif des deux premières années. Ça n’est sans doute pas souhaitable.Emmanuel Macron

Evidemment au-delà de ces quatre priorités, il y aura la poursuite de tout ce qui est lancé et à faire face aux crises. Je pense aux urgences, en matière sociale pour poursuivre le plan pauvreté, en matière de handicap, ce que nous poursuivrons sur cet agenda éducatif dans quelques jours, sur les 1 000 premiers jours de la vie, ou notre agenda du savoir avec un travail important sur la recherche et l’enseignement supérieur.

A côté de cet agenda d’ambitions ce que j’attends de vous c’est aussi de consolider les résultats, ce que je veux dire par là c’est que nous rentrons dans une phase où il y aura des textes de lois sur l’écologie, évidemment en temps voulu sur les retraites, et sur quelques autres sujets mais on ne pourra pas tenir au rythme législatif des deux premières années. Ça n’est sans doute pas souhaitable.

Je sais que vous avez entamé ce travail mais il faut maintenant être dans un agenda de réalisation, ce qui veut dire à mes yeux sans doute moins d’amendements (éclats de rire et applaudissements, ndlr) mais ça veut dire plus de co-construction ("Ahhhh !") et donc ça veut dire, comme vous avez su le faire, que les parlementaires soient associés très tôt. J’ai pratiqué par le passé, j'ai essayé.

Réussir à mieux réguler la majorité pour mieux réguler les oppositions.Emmanuel Macron

En fait, j’ai fait de la co-construction et beaucoup d’amendements si je devais être parfaitement honnête avec vous, dans mon passé ministériel. Mais je pense très sincèrement que si nous regardons les choses, si nous voulons que vous travailliez mieux, que le gouvernement survive, je pense qu’il faut une petite discipline et hygiène parlementaire. Et donc réussir à mieux réguler la majorité pour mieux réguler les oppositions.

Réussir aussi du coup à être avec le gouvernement sur la mise en oeuvre de ce que vous avez voté. Parce que ce qui vient et ce qui est devant nous c’est aussi de pouvoir sur les sujets de santé, sur les sujets de travail, sur les sujets d’éducation, sur les sujets de territoires, réussir à avoir les résultats concrets pour changer la vie de nos concitoyens. Ça suppose que vous soyez des aiguillons de l’action du gouvernement, de l’administration et que vous puissiez l’évaluer, la porter, l’accompagner, la mesurer. Et ça, je pense que c’est très important et donc à mon avis moins d’amendements, plus d’évaluation, plus d’accompagnement, parfois plus d’ailleurs de stimulation si je devais dire les choses ainsi. Mais ce calendrier des résultats est important.

Ça suppose aussi de savoir collectivement accompagner les résultats qui vont arriver. Je le dis parce qu’on a pris des décisions sur la taxe d’habitation, sur la fiscalité, qui vont être des réalités pour nos concitoyens en début d’année prochaine sur le deuxième sujet. Il y a un très gros travail à faire pour nous démultiplier sur le terrain, sinon nos concitoyens vont avaler le gâteau en se disant, c’est formidable ! Cadeau. Ils oublieront que c’est le fruit de vos décisions et donc on est souvent trop focalisé sur les débats en cours et pas assez sur le moment où tout ce que vous avez voulu, décidé, co-construit, deviennent une réalité pour nos concitoyens. Donc, il y a un agenda de l’accompagnement aussi dans la vie réelle de toutes vos décisions, qu’il faut pouvoir bâtir, avec le mouvement, le groupe, dans les semaines et les mois qui viennent, surtout dans un cycle électoral que je décrivais tout à l’heure pour pouvoir aller dire aux gens : vous voyez la taxe d’habitation qui baisse, votre impôt sur le revenu qui baisse grâce au prélèvement à la source en temps réel et que vous pouvez mesurer, c’est grâce à nous ! Mais, ils ne vous diront jamais merci.

Les municipales doivent vous conduire à être plus dans la proximité et je pense qu’il y a besoin que les parlementaires [le] soient de plus en plus.Emmanuel Macron

Enfin, c’est aussi une nouvelle méthode que j’attends de vous, que j’attends de nous collectivement. Je l’ai déjà esquissée mais je conclurai sur ce point. La bienveillance, je l’ai dit entre nous collectivement c’est très important. C’est normal qu’il y ait des désaccords, c’est normal qu’il y ait des différences, c’est normal qu’il y ait une polyphonie. Elle ne doit pas être cacophonique. Et pour nos concitoyens c’est la même chose.

C’est la condition pour mener des débats à ciel ouvert comme celui qu’on va avoir sur les retraites. Il faut pouvoir assumer des débats comme celui sur l’immigration. La bienveillance ça ne veut pas dire la naïveté, ça ne veut pas dire l’inaction, ça veut dire, on s’écoute, on se parle, on est prêt à amender sa copie mais on a été clair sur l’objectif qu’on poursuivait, le calendrier, la volonté de faire, mais on respecte chacun. Je pense qu’il faut retrouver ce marqueur qui était très fort dans notre campagne, qu’on avait peut-être à un moment donné perdu parce qu’on a mené les choses tambour battant, qu’on a retrouvé dans le cadre du grand débat et qu’il ne faut pas perdre dans cette phase de mise en œuvre de nouvelles réformes, qu’il s’agisse du débat sur les retraites, de la Convention citoyenne pour justement l’écologie.

Au fond ce que je mets derrière cette bienveillance c’est notre capacité, donc votre capacité, à articuler la démocratie délibérative et la démocratie représentative. Ça ne vous enlève rien de ce qu’on va faire mais ça vous conduit à être les acteurs avec le gouvernement et d’autres à réussir, à partager, toutes les contraintes dans la société, réussir à faire vivre tous ces débats et le faire avec calme, avec écoute. Cette méthode, c’est aussi celle de la proximité. Il se trouve que le calendrier, que j’évoquais tout à l’heure, est en notre faveur.

Les municipales doivent vous conduire à être plus dans la proximité et je pense qu’il y a besoin que les parlementaires [le] soient de plus en plus, et c’est aussi pour ça que je pense, qu’il faut vous libérer du temps d’amendement, pour vous donner du temps de terrain (rires) parce que ça a été parfois, un - j'écoute ce qu'on me dit - ça a été un de nos défauts.

Et là, typiquement, vous avez le carnet de bals de toutes les associations d’élus département par département. Il faut y être présent. Emmanuel Macron

On a travaillé à marche forcée, gouvernement, Parlement, bilan des courses tout le monde était à Paris dans la même salve et les opposants, ils étaient sur le terrain, à tirer. Il faut du temps de gouvernement et de parlementaires sur le terrain pour toujours expliquer, c’est très important. Expliquer tout ce qui a été fait et ce qui est en train de venir en pluie fine comme résultats. Et expliquer tout ce qui est à faire. Donc, dans la période qui vient, il faut avoir cet agenda d’explication du travail gouvernemental et parlementaire passé, à venir, d’accompagnement des résultats, (...) sur les angoisses à venir, d’accompagnement de vos candidats sur les municipales, mais c’est un travail essentiel. Et là, typiquement, vous avez le carnet de bal de toutes les associations d’élus département par département. Il faut y être présent. Il faut que les parlementaires y aillent, c’est très important sinon il n’y a que vos opposants et sinon c’est comme ça qu’on réenclenche la chose... Les maires disent "les gens d’En marche on ne les voit jamais. Ils ne viennent jamais nous voir".

Ne leur laissez pas ce plaisir, d’autant que vous verrez à mon avis rapidement que vous avez suffisamment d’arguments pour qu’ils voient que aucun, à ce point, n’a jamais œuvré pour eux dans les 10-15 dernières années. Soyez présents, déclinez cette proximité sur vos territoires pour accompagner le travail du gouvernement.

Rien n’est facile vous êtes nés d’un dégagisme qui a construit son propre dégagisme. C’est la vie ! Emmanuel Macron

Cette proximité elle doit aussi aller vers un travail que je souhaite encore plus fort entre le mouvement et les parlementaires. J’ai remercié tout à l’heure Stanislas [Guerini, ndlr] pour le campus, c’est très important de poursuivre et je compte beaucoup sur votre implication, c’est très important que... Je sais tout, j’écoute, donc je sais parfois les tensions qu’il y a, qui avec le référent, rien n’est facile. Vous êtes nés d’un dégagisme qui a construit son propre dégagisme (rires). C’est la vie !

A vous de savoir aussi apaiser tout le monde. Vous ne pouvez pas en vouloir à ceux qui disent "ce n’est pas un bon, il est député". Parfois vous êtes devenu député avec ce même discours. Donc, il faut savoir apaiser tout cela, mais on ne peut pas avoir des parlementaires qui travaillent à côté du mouvement. Ça ne marche pas. Ça ne marchera pas dans la durée. Donc il faut, là aussi, réussir à recoller tout ça dans cette action territoriale, cette déclinaison au plus près du terrain.

C’est je crois extrêmement important et parce que et, je finirai sur ce point, cette nouvelle méthode, bienveillance, écoute, démocratie délibérative, proximité, proximité-humanité, comme vous m’avez entendu le dire plusieurs fois, elle est essentielle parce que c’est la seule qui peut réussir à faire passer le niveau d’ambition qu’on a par ailleurs sur le calendrier national tel que je viens de l’évoquer.

Nous acceptons de porter parfois des réformes très dures dont les dividendes ne seront pas immédiats.Emmanuel Macron

Il faut qu’on ait à la fois la vision historique, le grand dessein d’un agenda de transition parce que, qu’on parle d’écologie, de régalien, d’école, de travail, nous construisons le pays pour dans 10-15 ans. Et nous acceptons de porter parfois des réformes très dures dont les dividendes ne seront pas immédiats. La condition c’est qu’on explique très clairement tout ce qui est à résultat immédiat, et il y en a beaucoup, et qu’on soit très présent, très humain, très sur le terrain, parce que les transitions sont à venir.

Et donc, le sens, la vision historique, bâtir cette puissance des Lumières du XXIe siècle et ce qu’on porte pour le pays, ce projet collectif et la capacité qu’on a à avoir ce visage, cette humanité, cette proximité sur le terrain, je crois que c’est dans ce chiasme en quelque sorte, cette capacité à réunir les deux contraires apparents, que nous avons la clé de notre propre succès. Et donc c’est ça qu’il faut continuer à travailler.

C’est le Front National votre opposant. Et je pense qu’il faut continuer à structurer cette opposition parce que ce sont les Français qui l’ont choisi cette opposition en 2017.Emmanuel Macron

Et je finirai complètement sur ce point c’est le sens, la maîtrise de cet agenda, qu’il faut toujours redonner, parce que vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est ce que je me refuse à appeler le Rassemblement mais le Front National. C’est le Front National votre opposant. Et je pense qu’il faut continuer à structurer cette opposition, d'abord parce que ce sont les Français qui l’ont choisi cette opposition en 2017. Et ils l’ont confirmé en 2019.

Ensuite parce que je pense que ça n’est pas notre intérêt collectivement d’aller faseyer, d’aller dire en fait mon opposant c’est le conservateur de là ou c’est le progressiste d’ici, etc. Il y a deux grands projets, aujourd’hui, dans notre pays. Il y a celui qui consiste à dire : "Tout fait peur on va se replier. Mon problème c’est l’autre, ma solution c’est le repli sur soi. Sortir de l’Europe, fermer les frontières, et nous replier y compris sur le plus local."

Et puis, il y a un autre projet qui est de dire, oui, tout ça fait peur, ce sont de grandes transformations comme on n’en a jamais vécues. Mais la solution c’est d’être fidèle à notre histoire en réussissant à bâtir justement une solution ouverte, pas naïve. La souveraineté européenne, la puissance d’équilibre de la France dans le monde et une France forte qui sait à nouveau produire, éduquer ses enfants, qui construit un projet sur le mérite et qui a un projet écologique, social, productif et européen. C’est ce qu’on porte.

Ce que j’attends de nous collectivement c’est l’unité.Emmanuel Macron

Je ne crois pas qu’il y ait la place pour beaucoup de nuances entre ces deux projets quand je vois la brutalité de la transition et quand je vois le paysage politique partout en Europe. Ne vous perdez pas dans les rets des subtilités. Il y a des gens qui adorent les cinquante nuances de gris entre tout ça. Je pense que c’est plus clair ainsi. Mais ça suppose que notre projet ne soit jamais un projet naïf, que ce ne soit jamais un projet inefficace, sinon il a vocation à disparaître.

Et donc au moment où je vous parle, celui où on entame cette deuxième phase du quinquennat, compte tenu de tous les défis que je viens d’évoquer, ce que j’attends de nous collectivement c’est l’unité. Il y a des différences, il y a des désaccords, je vous rassure, il y en aura d’autres.

L’unité, à la fin des fins, quand sonne la cloche, on doit y aller ensemble. C’est la bienveillance, c’est l’ambition pour le pays, c’est la proximité et l’humanité (…).Je pense que, si on fait ça proprement et si nous agissons bien sur ce que l’on s’est dit, les quelques vents qui montent, les craintes qui sont encore là dans le pays, les peurs qui s’expriment, nous saurons les transformer en chance, en tout cas ne pas y céder. Je vous remercie et bon courage ! (applaudissements nourris)"