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Nuit debout

Évacuation de la Place de la République : "On reviendra, les inégalités sont trop criantes..."

Lundi matin, après onze jours d'occupation, les lieux ont été vidés et nettoyés par une centaine de CRS. LCP.fr a passé la nuit sur place. Reportage.
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Les forces de l'ordre évacuent les occupants de la Place de la République, lundi matin à Paris. (Photo Élodie Hervé - LCP)Les forces de l'ordre évacuent les occupants de la Place de la République, lundi matin à Paris. (Photo Élodie Hervé - LCP)

"On va évacuer ces Zadistes, mais sans violence !", lance un CRS à son collègue. Il est 5h24, lundi matin, à Paris. Peu à peu, les forces de l’ordre encerclent la Place de la République et somment les militants de Nuit Debout de rassembler leurs affaires et de quitter les lieux.

"C'est une occupation illégale d'un espace public, explique un CRS. On n’est pas là pour faire des arrestations, on est là pour que la place soit clean !"

Une évacuation en "souplesse"

Quatre de ses collègues s'affairent déjà à démonter les banderoles qui ornent la Place, à commencer par celles disposées sur la statue. Le pantin à l’effigie de Manuel Valls est lui aussi descendu, sous les yeux fatigués de ceux qui ont passé la nuit ici. Onze jours – et autant de nuits - à occuper la place de la République…

Une dame, cheveux blancs et voix enrouée, regarde les forces de l’ordre s’activer. "Regardez-les !, lance-t-elle, c'est avec nos impôts qu'ils font ça…" Rémy observe aussi la scène, caché derrière son appareil photo. Ce militant de 23 ans a passé la nuit dans l’une des tentes dressées sur place. "Tout s'est fait en douceur, en souplesse, raconte-t-il les yeux mi-clos, les traits tirés. On occupait la place, dans le château fort, quand j'ai vu une colonne de CRS remonter vers nous. J'ai donné l'alerte et je suis sorti".


Sur la statue place de la République, au petit matin, lundi, les forces de l'ordre décrochent les banderoles (Photo Élodie Hervé - LCP)

Pendant que les constructions sont détruites à grand coup de pelleteuses, ceux que les CRS nomment "les zadistes" nettoient la Place et tentent de sauver ce qui peut encore l’être. D’autres quittent République, leurs affaires sous les bras. Le calme règne. Rien à voir avec les heurts, samedi, lorsque quelques uns ont harcelé durant de longues heures les forces de l’ordre. Et pourtant, au petit matin, place de la République, lundi, les CRS semblent nerveux. A plusieurs reprises, ils demandent aux occupants, aux curieux et aux rares journalistes présents de quitter les lieux et de ne pas prendre de photos.

L'un d'eux, mi-amusé, mi-énervé, me lance un sextoy sur le bras. En guise d'explication, il lance, visiblement ravi de son geste : "Tu veux voir mes fesses ?.." Avant d'ajouter, menaçant : "Ne m'oblige pas à casser ton téléphone…". Il s’éloigne. Quand on interroge des CRS provenant d’une autre compagnie, la gêne est visible. "Il n'est pas dans mon régiment, mais oui, je vois qui c'est", explique l’un d’eux qui présente ses excuses et nous explique même la démarche à suivre pour faire un signalement pour violences policières...



"Un vrai bordel organisé"

L’arrivée des forces de l'ordre était attendue par les occupants. La veille, lors de leur Assemblée générale, la rumeur évoquait une "descente" vers minuit, à l’expiration du délai autorisant l'occupation des lieux. "Est-ce qu'on garde la sono, au risque de la voir cassée par l'intervention des CRS, ou est-ce qu'on remballe et on continue l'AG sans ?", se demandaient alors les campeurs. Après de longues minutes de négociations, la sono a été remballée et la Place peu à peu vidée de l’essentiel des troupes. Dernier métro oblige, et crainte de voir arriver les forces de l'ordre ont poussé nombre de militants, curieux ou fêtards, à remballer. Les stands sont peu à peu démontés, les canettes ramassées. Seuls les plus motivés sont restés sur place, une nuit de plus.

Avec toujours le même objectif. "L'idée, c'est de se réapproprier l'espace public", explique Paul, un étudiant en Sciences Humaines. "Tous nos besoins sont gérés par d'autres. Nous on veut montrer que ça peut fonctionner différemment. Donc l'idée centrale, ici, c'est de faire converger toutes les luttes. Parce que globalement, on est contre l'oppression sous toutes ces formes (racisme, sexisme, etc.)"


Boris, un graphiste de 50 ans, raconte cette lutte. "Il ne faut pas croire que c'est n'importe quoi ici, c'est un vrai bordel organisé". Et pas question de faire entrer des marchands du temple sur la Place : vendredi soir, alors que les curieux et les fêtards se mêlaient aux militants, des vendeurs de kebabs s'étaient opportunément installés. Comptez 4€ la canette de bière et 5€ le sandwich merguez... Le lendemain, la "commission Sérénité" des occupants leur a demandé de libérer les lieux, pour laisser place aux associations gays et lesbiennes, pro-féministes, pro-palestiniennes, en faveur de la défense des sans-abris, des réfugiés, du climat, etc. On y trouvait aussi une infirmerie, un accueil, une cantine ou encore un jardin et une librairie. Avant leur évacuation, les militants de Nuit debout venaient tout juste de lancer une télé et une radio…

"Nous ce que l'on veut c'est créer une zone à défendre (ZAD) sur la Place de la République", explique Ana, la trentaine..." Une nouvelle autorisation d’occupation des lieux a déjà été déposée, et l'AG de lundi soir est maintenue. "On reviendra, lance un militant. Oui, ça va nous prendre du temps de tout reconstruire. Mais on va y arriver. Les inégalités sont trop criantes..."

Les forces de l'ordre démontent le "chateau fort des zadistes", lundi matin Place de la République. (Photo Élodie Hervé - LCP)