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EDF

EPR d’Hinkley Point : l’inquiétant témoignage de Thomas Piquemal, l’ancien argentier d’EDF

Auditionné mercredi à l’Assemblée nationale, l’ex-directeur financier du groupe a confié ses doutes sur ce réacteur de dernière génération, "une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne."
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L'ancien directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal. Crédit photo : AFPL'ancien directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal. Crédit photo : AFP


Deux mois après sa démission, l'ancien directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, était reçu, mercredi matin, par la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Face aux députés, il a tenu à expliquer pourquoi il avait quitté EDF, à la surprise générale, en mars dernie

Les mots pesés au trébuchet, le débit lent, Thomas Piquemal a souligné qu'il "n'avait pas envie de partir" d'EDF :

Je suis là pour vous expliquer pourquoi, en désespoir de cause, j'en suis arrivé là. J'ai presque envie de dire, en désespoir tout court. Parce que moi, je n'avais pas envie de partir d'EDF. EDF, qui est une entreprise que j'ai tant aimée défendre [...], qui est une entreprise qui m'avait adopté, moi, le financier. Thomas Piquemal, ancien directeur financier d'EDF

Mais que faire face à un désaccord stratégique avec son président, s'interroge-t-il à voix haute ? " Rester ? J'aurai commis une faute professionnelle..."

Mais alors pourquoi ce départ ?

La cause du divorce entre Thomas Piquemal et le pdg d'EDF Jean-Bernard Lévy, c'est "Hinkley Point", les deux réacteurs nucléaires nouvelle génération ( les fameux EPR) qu'EDF souhaite construire dans le sud-ouest de l'Angleterre. Un projet estimé à 23,2 milliards d'euros, les deux tiers de l'investissement étant à la charge de l'électricien français.

Face aux députés, Thomas Piquemal évoque un projet qui "présente un risque de construction majeur".

Pourquoi ? Parce les conditions initiales du marché ont été modifiées, fragilisant, selon lui, tout le projet. Par exemple, Areva et le gouvernement britannique ont changé leur fusil d'épaule, le poids de la construction revenant finalement à EDF et à ses fonds propres.

Thomas Piquemal ose une comparaison édifiante entre EDF et Areva :

Qui parierait 60 % ou 70 % de son patrimoine sur une technologie, dont on en sait toujours pas si elle fonctionne, alors que cela fait dix ans que l'on essaie de la construire ? Thomas Piquemal, ancien directeur financier d'EDF

C'est pourquoi, l'ancien directeur financier explique aux députés avoir proposé à sa direction de décaler de trois ans, la mise en service de Hinkley Point. "La direction n'a pas étudié le dossier". Après trois autres propositions, le directeur financier finira donc par jeter l'éponge et présenter sa démission :

Moi, je ne peux pas considérer que je cautionne une décision qui pourrait amener EDF à se trouver un jour dans la situation d'Areva. Enfin ! Thomas Piquemal, ancien directeur financier d'EDF

Thomas Piquemal a retracé la chronologie du projet Hinkley Point :

L'EPR est un produit phare de la filière nucléaire française. Seulement, à ce jour, aucun de ces réacteurs de nouvelle génération n'est en activité. A Flamanville, dans la Manche, sa mise en service a été reportée à fin 2018. Deux autres sont en construction en Chine, un autre - très en retard aussi - en Finlande. Ceux de Hinkley Point sont censés entrer en service en 2025.

"Fin 2015, EDF n'est pas en difficulté financière..."

Enfin, l'ancien directeur financier assure qu'en 2015, EDF "n'est pas en difficulté financière". Selon lui, c'est seulement après que les difficultés se sont accélérées.

L'endettement net d'EDF atteint désormais 37,4 milliards d'euros. C'est pourquoi, l'Etat français, actionnaire à plus de 84% du groupe EDF, s'est déclaré prêt à injecter des fonds pour redresser les comptes de l'électricien, confronté à un marché sous pression et à d'importants investissements à venir.