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Abattoirs

Pédago Entre traditions et bien-être animal, juifs et musulmans évoquent l'abattage rituel

Les représentants des institutions juives et musulmanes étaient auditionnés par la commission d'enquête sur les abattoirs, jeudi. L’occasion d'échanger sur les procédés souvent méconnus de l'abattage rituel.
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Depuis plusieurs semaines, les auditions se poursuivent devant la commission d'enquête sur les "Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français". Après l'association L214, les professionnels, ou encore un employé d'abattoir, les représentants des cultes juifs et musulmans ont abordé la question de l'abattage rituel.

De quoi parle-ton ?

  • D’une commission d'enquête ouverte en avril

En avril, une commission d'enquête parlementaire est lancée à l'initiative d'Olivier Falorni, le député des radicaux de gauche. L'idée est d'avoir une vue d'ensemble de ce qui se passe dans les abattoirs, un monde clos qui reste caché, secret. A l'issue de leur travail, les députés publieront en septembre un rapport contenant des propositions visant à "garantir le respect des règles élémentaires d’hygiène, de sécurité alimentaire et du respect de l’animal".

Olivier Falorni expliquait en avril sur LCP que le rapport "pourra être suivi d'une proposition de loi."

  • De l'abattage rituel

Jeudi, les députés se sont donc penchés sur la question de l'abattage rituel (halal et casher). Alors pourquoi ce type d'abattage pose problème ?

Autorisé de manière dérogatoire en France, l'abattage rituel se déroule sans étourdir les animaux. L'étourdissement consiste à donner une décharge électrique dans le cerveau de l'animal pour le plonger dans l'inconscience. Dans l'abattage rituel, les animaux sont donc conscients au moment d'être égorgés, une technique qui pose, au yeux de certains, la question du bien-être animal.

"Peut-on faire autrement ?", s'interrogeait alors Stéphane Le Foll, lors de son audition par la commission d'enquête. Pour répondre à cette question, le ministre a diligenté un rapport sur cette question qui sera publié en septembre.

Pour autant, certains responsables des cultes ou chercheurs soulignent que l'abattage rituel n'est pas le seul à faire souffrir les animaux. "Dire que l'abattage rituel est source de souffrances et que les autres ne le seraient pas me semble naïf et donc dangereux", expliquait ainsi Sophie Nizard, chercheuse en sociologie et en anthropologie du judaïsme lors de son audition.

En France, l'abattage rituel représente 15 % de la viande disponible, dont 1.6 % pour la viande casher, selon les chiffres donnés en commission d'enquête.

  • De la formation des sacrificateurs

Autre interrogation, la formation des sacrificateurs, c'est-à-dire ceux qui mettent à mort les animaux pour les religions juive et musulmane. Depuis le début des années 1980, une "carte de sacrificateur" est nécessaire pour exercer ce métier. A cela s'ajoute, un certificat remis par le ministère de l'Agriculture depuis janvier 2013.

La question de la formation des sacrificateurs a été longuement débattue lors de précédentes auditions de la commission d'enquête. Des vétérinaires qui inspectent les abattoirs expliquaient qu'ils ne pouvaient pas "attester que les sacrificateurs avaient une formation délivrée par leur culte".

Le bien-être animal : un "combat fondamental"

Jeudi matin, quatre représentants des cultes musulman et juif ont donc été auditionnés sur l'abattage rituel. Tous ont souligné la nécessité du bien-être animal.

Comme nos concitoyens, les musulmans sont aussi sensibles au bien-être animal [...] C'est parce que je suis Français et musulman que je suis heureux de venir débattre de ces interrogations. [...] L'abattage rituel est devenu aujourd'hui, pour certains, un argument de stigmatisation. Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon

Sentiment analogue pour le grand rabbin de France, Haïm Korsia :

Prendre en compte le bien-être animal, c'est une obligation que nous devons tous partager. Je ne peux pas accepter la présentation que certains font "eux contre nous". [...] Moi je ne viens pas défendre l'abattage rituel, je viens défendre l'idée de la laïcité, l'idée d'une France bienveillante dont nous rêvons tous. Haïm Korsia, grand rabbin de France

Pour Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de la Moselle, dire que l'abattage rituel n'est que souffrance pour l'animal peut s’avérer faux. Il cite l'exemple de l'abattage de volailles. Dans l'abattage rituel, la volaille est saignée, donc tuée, avant d'être accrochée à la chaîne. Dans l'abattage conventionnel, la bête est accrochée "consciente" à la chaîne, tête en bas, avant d'être plongée dans un bain où "le courant n'est pas réparti de manière uniforme".

Je vous laisse juge : quelle est la meilleure méthode d'abattage, la plus humaine ? [...] Je pense qu'il faut travailler ensemble pour améliorer les conditions d'abattage. Nous sommes tout à fait prêts à le faire. Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de la Moselle


Peut-on étourdir un animal avant de l'abattre ?

Députés et responsables des cultes se posent la question de l'étourdissement. Est-il possible d'envisager, à terme en France, que les animaux abattus de manière rituelle soient préalablement étourdis, comme dans l'abattage traditionnel ?

Pour la religion musulmane, les avis divergent. Dalil Boubakeur, le recteur de la grande mosquée de Paris, n'est pas opposé à l'étourdissement préalable d'une bête avant son abattage. Ancien président du Conseil français du culte musulman, il se prononce en faveur de l'électronarcose, ce procédé qui provoque l'étourdissement de l'animal :

J'ai fait une étude pour dire que certaines positions de l'Islam n'étaient pas défavorables à cette électronarcose. A condition stricte qu'elle soit réversible et que la dosimétrie soit bien précise : un ampère pour les volailles et cinq ampères pour les animaux. Dalil Boubakeur, recteur de la grande Mosquée de Paris

En revanche, Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, n'est pas favorable à cet étourdissement. Avant, la viande abattue en France était massivement exportée dans les pays musulmans. Depuis, ces derniers se sont dotés de leurs propres abattoirs. Kamel Kabtane explique que si l'étourdissement venait à être appliqué sur le halal, la viande proviendrait d'autres pays. C'est déjà le cas en Suisse.

Pour la religion juive : du côté des rabbins présents jeudi à l'Assemblée, les réponses divergent moins. En l'état, ils ne sont pas favorables à l'étourdissement d'une bête pour le casher. Ils expliquent qu'étourdir un animal avant de l'abattre rendrait la viande non casher. En revanche, ils se disent prêt à examiner toute nouvelle technique qui respecterait à la fois les rites religieux et les demandes règlementaires.

Avant de remercier les députés, le grand rabbin de France, Haïm Korsia a glissé une parole amicale vis-à-vis des représentant du culte musulman, en plein ramadan :

Permettez-moi de souhaiter à nos amis musulmans un bon ramadan, "ramadan moubarak" ! Haïm Korsia, grand rabbin de France