twitter facebook chevron-right

Entre fronde et résignation

« Calme mais pas triste » c’est ainsi que François Lamy qualifiait le climat de ces journées parlementaires. Un calme qui ne masque pourtant pas une impatience persistante chez les parlementaires. Un manque de cap et une popularité en berne les inquiètent à quelques mois des échéances électorales.
3 min

« Mes camarades, la gestionnite aigüe, ça suffit ! »

C’est le président de l’Assemblée qui donne le ton. Dans son intervention à la tribune, Claude Bartolone étrille le gouvernement. « Nous aurions pu raconter aux Français combien notre première vraie rentrée scolaire s’est bien déroulée. Nous aurions pu leur dire à quel point le hoquet de croissance de 0,5% au 2e trimestre – offert à la France par la consommation des ménages – est prometteur. Nous aurions pu leur montrer que l’inversion de la courbe du chômage des jeunes est engagée. (…) Et au lieu de cela, nous leur avons parlé d’impôts !
Mes camarades, la gestionnite aigüe, ça suffit ! Mais depuis un an, nous donnons trop souvent le sentiment d’administrer des choses quand il faut gouverner des Hommes.
Je vous propose donc, pour être au rendez-vous de cette année de campagne, de faire de la politique. De mener la bataille idéologique. Que voulons-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi réformons-nous ?
 »
A la veille de la présentation du budget en conseil des ministres, Claude Bartolone s’empare du sujet de la fiscalité : «  Oui, mes camarades, « impôt », ce n’est pas un gros mot ! »
J’avais dit dès la mi-août à Frangy : « Budget, PLFSS, retraites : rien ne serait pire que d’appliquer aux Français la triple lame impôts, taxes, cotisations. » Eh bien, si, mes camarades, il y a pire ! Ce qu’il y a de pire, c’est le sentiment de zigzag que nous donnons en cette rentrée, et qui accrédite la thèse du matraquage fiscal énoncée par la droite. »
Le même Claude Bartolone qui dénonce « un concours lépine » de la fausse bonne idée. Visés : les députés qui proposent un geste en faveur du pouvoir d’achat.

« On est dans un moment entre la fronde et la discipline »

Les députés l’avouent plus ou moins ouvertement, le moral est « moyen ». La fiscalité, le pouvoir d’achat et le chômage plombent leur quotidien dans leurs circonscriptions. Ils sont nombreux à souhaiter une mesure qui stimule le pouvoir d’achat. La semaine dernière, une soixantaine de parlementaires de gauche ont appelé le gouvernement à mettre en œuvre une CSG progressive.
Ce matin, dans les colonnes du journal Sud Ouest, Jean Marc Ayrault repousse l’idée :
«Il peut y avoir des débats qui sont légitimes. La progressivité de la CSG n’est pas envisagée dans la loi de finances pour 2014. Si nous devions suivre cette proposition, elle aurait d’ailleurs des effets compliqués : attention à ne pas trop mettre à contribution les classes moyennes. »

Cette fin de non recevoir a heurté certains des promoteurs de l’initiative. Pouria Amirshahi (proche de Benoit Hamon) s’interroge sur l’utilité des élus. « Il n’y a pas qu’une seule politique économique possible ». « On ne peut fermer la porte avant la discussion budgétaire ». A haute voix il s’interroge sur l’opportunité de « mettre les pieds dans le plat » . Les élus – explique t’ il - « hésitent entre l’option l’ouvrir ou pas. » Ironique, il souligne que le discours de Claude Bartolone réussit le tour de force d’être sévère à l’égard de la politique du gouvernement … et de ceux qui la critiquent. Même tonalité du côté du député Laurent Baumel de la Gauche Populaire. « On est dans un moment entre la fronde et la discipline. Cela dépendra des résultats des élections. » Il souligne l’intérêt « du pas de coté » par rapport à la politique gouvernementale : « Il faut dire qu’il y a une inflexion possible de la ligne de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ». Depuis qu’il dit un peu plus haut ce qu’il pense, il avoue se « sentir plus à l’aise dans sa circonscription. Personne ne m’engueule ! »

Même au sein des instances du parti, les remarques sont acerbes. Non le parti n’est pas muet, ni godillot mais « il ne peut ajouter de la cacophonie à la cacophonie » et puis ajoute ce ténor : «  Pour assurer le service après vente, il faut qu’il y ait vente ! » Dans son discours de clôture, Jean – Marc Ayrault a vanté l’unité. Pour convaincre – à l’approche des élections, il rappelle « nous avons des convictions, il faut les assumer, on a une politique, il faut la revendiquer ». Et ce n’est pas seulement parce que la salle était loin d’être comble, que le message a visiblement du mal à passer.

Aurélie Marcireau