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Déclaration de politique générale

Édouard Philippe lance l'acte II du quinquennat

Le Premier ministre a dévoilé la feuille de route des réformes pour l'année prochaine, insistant sur la "constance" et la "cohérence" de sa politique. La réforme constitutionnelle est pour l'instant mise de côté faute d'accord avec le Sénat, tandis que le texte sur la bioéthique et la PMA sera débattu dès septembre. Les Français pourraient être consultés par référendum sur la transition écologique.
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Édouard Philippe devant les députés, le 12 juin 2019.Édouard Philippe devant les députés, le 12 juin 2019.

Deux ans après son entrée en fonction, Édouard Philippe a sollicité et obtenu mercredi à nouveau la confiance des députés de la XVe législature. Une façon d'appuyer politiquement le "nouvel élan" que compte donner le Premier ministre à "l'acte II du quinquennat". Le numéro 1 du gouvernement s'est satisfait des bons résultats économiques de la France, avec "un chômage au plus bas depuis 10 ans" et des "investissements au plus haut depuis 12 ans". Autant de motifs pour maintenir un cap entre "constance et cohérence", a-t-il insisté.

Mais la constance n'exclut visiblement pas quelques inflexions, puisque Édouard Philippe a promis que le gouvernement devait "dépasser ses inclinations pour changer de méthode". Il a reconnu avoir pris depuis 2017 "des décisions pas assez concertées". Par conséquent, l'exécutif compte davantage cultiver la démocratie directe, dans le droite ligne du Grand débat.

Verdissement du discours... et des actes ?

L'exécutif pourrait par exemple avoir recours au référendum en 2020, afin de soumettre au vote les futures proposition de la convention citoyenne qui doit phosphorer sur l'avenir du modèle énergétique français.

Tirant la leçon du bon score de EELV aux élections européennes, Édouard Philippe compte également placer l'écologie "au cœur" du quinquennat, sans aller toutefois jusqu'à plaider pour la décroissance.

Le chef du gouvernement veut enfin remettre à plat les aides à la rénovation énergétique pour "lutter contre les passoires thermiques" de ceux "qui en ont le plus besoin". Dans la même veine, un texte interdisant le gaspillage alimentaire et prônant le recyclage de 100% des plastiques sera programmé à la rentrée.

La PMA et la dépendance en 2019

L'exécutif a aussi pris date avec sa majorité pour la fin septembre sur le projet de loi bioéthique, qui comprend un volet sur l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Édouard Philippe espère un "débat apaisé" sur ce sujet, qui est aussi une promesse de campagne d'Emmanuel Macron.

Quelques mois plus tard, à la fin de l'année, Agnès Buzyn défendra une loi sur la dépendance. "Ce sera un autre grand marqueur social de ce quinquennat, peut-être un des plus importants", a prévenu Édouard Philippe.

La réforme des institutions sur la touche

L'horizon s'assombrit en revanche pour la réforme constitutionnelle. Ce paquet de plusieurs textes est censé abaisser le nombre des parlementaires, instaurer une dose de proportionnelle, limiter les mandats dans le temps ou encore rénover la procédure d'examen des textes de loi.

Son examen en juillet 2018 avait été abandonné à cause de l'affaire Benalla et son retour est désormais suspendu à l'obtention d'un accord avec le Sénat. Pour le Premier ministre, pas question de relancer la navette parlementaire avant de s'assurer du soutien des sénateurs, dont le vote est indispensable pour adopter les mesures d'ordre organiques et constitutionnelles :

Vers un "âge d'équilibre" pour prendre sa retraite

Alors que la mission menée par Jean-Paul Delevoye doit livrer ses conclusions cet été, la réforme des retraites verra la fin des régimes spéciaux et l'instauration d'un "âge d'équilibre" au-delà de l'âge légal de départ, maintenu à 62 ans. Ce nouveau seuil - certains avancent l'âge de 64 ans - pour calculer les droits à la retraite est censé inciter les Français à travailler plus longtemps.

Impôt sur le revenu raboté en 2020, taxe d'habitation supprimée en 2023

Principale promesse d'Emmanuel Macron à l'issue du Grand débat, le niveau d'imposition des Français va baisser en 2020. En tout cas pour ceux imposés à la première tranche, dont le pourcentage baissera de 14 à 11%. "Cela représente environ 350 euros par foyer et par an", a souligné Édouard Philippe. Une baisse, plus modeste, est également programmée pour les foyers imposés à 30%, pour un montant d'environ 180 euros.

Contrats courts et hauts salaires dans le viseur du gouvernement

Après les réformes du droit du travail et de la formation professionnelle en début de quinquennat, le gouvernement va s'attaquer à la réforme de l'assurance-chômage dès le 18 juin. Il prend ainsi le relais des partenaires sociaux, qui n'ont pas réussi en début d'année à se mettre d'accord sur une méthode pour réaliser les économies demandées (entre 3 et 3,9 milliards d'euros d'ici en trois ans).

Les deux mesures phares dévoilées par Édouard Philippe sont la création d'un bonus-malus sur les contrats courts et la dégressivité des allocations chômage pour les plus hauts salaires. La première touchera essentiellement les "cinq à dix secteurs d'activité qui utilisent ces contrats et génèrent de la précarité", la seconde les cadres, qui sont "en mesure de trouver un emploi plus rapidement que les autres" , a justifié le Premier ministre.

Sécurité et immigration : des débats et une nouvelle loi

Enfin, le pouvoir ne compte pas déserter le terrain sécuritaire, puisque qu'il promet une future "loi de programmation" pour lutter contre "la violence gratuite".

Un an à peine après la promulgation de la loi asile et immigration, qui avait divisé les rangs de la majorité, le Parlement débattra de la politique migratoire en septembre. Un rituel qui devrait avoir lieu chaque année, a promis le Premier ministre.