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Réforme de l'audiovisuel public

[Documentaire inédit LCP] Télé publique : jeux de pouvoirs

Le 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy met en émoi le microcosme politico-médiatique en annonçant la suppression de la publicité sur la télévision publique. Pour calmer les esprits, le président confie à Jean-François Copé une grande commission chargée de réfléchir à l’avenir de la télévision publique, dont le rapport doit servir de base à un futur projet de loi. Mais rien ne se passera comme prévu au cours de cette folle année 2008…
3 min


"Télé publique : jeux de pouvoirs", un documentaire inédit diffusé sur LCP et LCP.fr mardi 3 mai à 20h30, réalisé par Jean-Baptiste Daoulas, révèle les coulisses de la réforme de l'audiovisuel public mise en place par Nicolas Sarkozy.

Quand Sarkozy annonce qu'il va nommer les dirigeants de l'audiovisuel public...

Extrait 1. L'ancienne ministre de la Culture, Christine Albanel, ainsi que l'ancien numéro 2 de France Télévisions à l'époque, Patrice Duhamel, racontent comment, à la surprise générale, le président de la République Nicolas Sarkozy leur annonce qu'il va nommer directement les présidents de l'audiovisuel public.

"On savait que ça allait être vraiment très mal ressenti, que c'était très dangereux?" Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication (2007-2009)

Une décision qui provoque alors la stupeur de l'ancien directeur général de France Télévisions. "Il nous a dit : "Voilà, trêve d'hypocrisie. C'est plus simple, c'est plus rapide, c'est plus direct". On était plus que surpris, stupéfaits", raconte Patrice Duhamel. "Et je me souviens qu'il s'est tourné vers [Patrick de] Carolis en lui disant : "Tu vois, si c'était aujourd'hui, je te renomme ! Comme ça c'est simple, c'est moi qui te renomme, pas la peine de passer par le CSA, etc.""

Même effarement chez Christine Albanel, informée au dernier moment de la décision présidentielle. "Il nous a dit que le pouvoir politique allait nommer les dirigeants [de l'audiovisuel public]. Ce qui n'était pas dans le rapport Copé et qui n'avait pas été prévu..", relate l'ancienne ministre, reconnaissant que "on savait que ça allait être vraiment très mal ressenti, que c'était très dangereux".


Une engueulade de cinéma

Extrait 2. Emmanuel Berretta, le journaliste du Point spécialiste des médias, et le numéro deux de France Télévisions à l'époque, Patrice Duhamel, relatent la violente altercation entre le président de la République, Nicolas Sarkozy, et la direction de France Télévisions, dix minutes avant une interview du président sur France 3, où la scène vire à "une vraie engueulade de cinéma".

"Le ton a monté immédiatement. Il a dit que cela n'allait pas, et nous on a dit qu'on en avait marre, franchement", confie Patrice Duhamel. "Donc une scène tout à fait surréaliste, parce qu'il était en train de se faire maquiller, il avait des kleenex autour du cou : il a enlevé ses kleenex, il s'est levé, c'était 10 minutes avant l'antenne..."


Sarkozy évoque la fin d'une "hypocrisie"

Extrait 3. L'ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier, détaille ici les raisons qui ont poussé l'ancien président de la République à vouloir nommer directement les présidents de l'audiovisuel public.

"Il part du principe qu'il y a une forme d'hypocrisie sur la nomination du président de France Télévisions où l'on passe par un conseil qui, en fin de compte, on le sait très bien, demande l'avis du pouvoir en place", explique Franck Louvrier. "[Nicolas Sarkozy] part du principe que l'Etat étant actionnaire, c'est normal que le chef de l'Etat prenne la décision. Peut-être que cela a choqué. Je sais que les réactions, même dans son camp, ont été difficiles..."