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inégalités

Des députés prônent une meilleure intégration du genre dans les manuels scolaires

Un rapport parlementaire publié mercredi dresse un état des lieux des études de genre en France et préconise de mieux les intégrer aux politiques publiques, notamment à l'école.
4 min

Du haut de ses 260 pages et 25 propositions, le document présenté mercredi par Maud Olivier, vice-présidente de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale, ne manquera pas d'alimenter le débat qui agite l'aile droite de la droite. La semaine dernière, encore, le pape François n'a-t-il pas accusé les manuels scolaires français de propager un "sournois endoctrinement de la 'théorie du genre'" ?

Les députés ne rentrent pas dans cette polémique. Dans leur travail sobrement intitulé "Rapport d'information sur les études de genre", ils mettent en avant un "travail serein" et "sans polémique" de plusieurs mois, riche de 22 auditions. Objectif ? Brosser le tableau des études de genre en France et à l'étranger, pour en tirer des enseignements utiles à la conduite des politiques publiques, sur l'éducation et la recherche, bien sûr, mais aussi en santé et en matière urbaine.

"Tollé irrationnel"

"L'idée du rapport part de la mise en place des ABCD de l'égalité, qui a suscité un tollé irrationnel", rappelle Maud Olivier. "Quand on écoute les détracteurs du 'genre', ils veulent nous faire croire que son but est de nier les différences entre les sexes. Qu'un garçon ne serait plus un garçon et une fille, une fille". D'emblée, le rapport cadre le débat en définissant ce que sont (et donc ne sont pas) les études de genre :

"Ce terme a fait l’objet d’une vaste campagne de désinformation et a pu être considéré, à tort, comme une idéologie subversive sans fondement scientifique. Or, le genre n’est ni une idéologie, ni subversif, ni sans fondement scientifique. Comme cela a été démontré tout au long des travaux menés par la Délégation aux droits des femmes, il n’existe en effet pas de 'théorie du genre'."Rapport d'information

Pour les députés, le mot genre renvoie "principalement à la construction sociale des rôles sexués". Autrement dit, certains rôles et comportements sont construits comme étant "féminins" ou "masculins", dépassant ainsi la simple question biologique. Pour les députés, les recherches sur ce thème doivent dès lors prendre davantage de place :

"Les études de genre permettent ainsi d’analyser les inégalités femmes-hommes et de comprendre leurs origines, mais aussi les moyens pour y remédier"Rapport d'information

Le genre à l'école...

Pour réduire cette fracture, les députés formulent des propositions pour faire prendre conscience, dès le plus jeune âge, de cette "construction sociale sexuée". Ils demandent une "mission d'évaluation des manuels scolaires", confiée à des chercheurs spécialisés. "Attention toutefois, prévient Maud Olivier, ce n'est pas au ministère de changer les manuels !". Elle en appelle donc à la coopération des éditeurs.

Le rapport préconise aussi la création d'un "label ministériel égalité" pour mieux identifier les manuels qui déconstruisent les stéréotypes.

Quand on lui demande d'illustrer les lacunes des manuels actuels, la députée dit pouvoir citer "des tas d'exemples" :

"Dans la littérature, l'histoire, ce sont très rarement des personnages féminins qui sont mis en valeur. J'ai trouvé aussi des illustrations sexistes dans un livre de mathématique qu'il faut dénoncer."Maud Olivier, auteure du rapport

Plus largement, les parlementaires pointent le cantonnement des filles dans leurs choix d'orientation aux métiers du soin, alors que les garçons sont plus facilement projetés "vers l'action, le futur, les sciences". "Nous voulons ouvrir le champ des possibles, y compris pour les garçons", assure Maud Olivier.

... et ailleurs

Les propositions des députés se tournent également vers la recherche et l'enseignement supérieur : fondation d'un "collégium" pour chapeauter le champ des études de genre encore "trop éclaté", création d'un prix national pour récompenser les travaux des chercheurs... Les établissements universitaires à l'initiative de nouveaux enseignements sur le genre pourraient même être récompensés par un "bonus financier".

De façon peut-être moins intuitive, la construction du genre se joue aussi via la politique de la ville, insistent les auteurs. Les horaires des consultations des habitants en zones urbaines devraient être "aménagés pour favoriser la participation des femmes". Dans le cadre scolaire et périscolaire, des ateliers sur le partage de l'espace entre filles et garçons sont souhaités :

"On sait que certains quartiers, certains bars, sont réservés aux hommes. Il faut encourager des mouvements comme les marches exploratoires pour aider les femmes à se réapproprier l'espace urbain"Catherine Coutelle, présidente de la délégation aux droits des femmes

Sur la santé aussi, les députés pointent des inégalités dans les tests cliniques, où les jeunes hommes sont préférés aux jeunes femmes, qui pourraient être enceintes. Résultat, le traitement de certaines pathologies est "plus adapté aux hommes de 85 kg qu'aux femmes de 60 kg".

Sur tous les sujets ou presque, les députés ont clairement mis les pieds dans le plat. Pour le meilleur ? "Il y aura des résistances, prédit Maud Olivier. Mais il est indispensable que les politiques s'emparent de nos propositions si l'on veut changer les choses." Le rapport d'information a été adopté mardi soir, à l'unanimité de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale.

Lire la synthèse du rapport.pdf Voir