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Denis Baupin

Pédago Accusé de harcèlement et d'agression sexuelle, Denis Baupin démissionne de la vice-présidence de l'Assemblée

Après l'accusation formulée par plusieurs femmes politiques, le député de Paris a annoncé, par la voix de son avocat, sa démission de la vice-présidence de l'Assemblée nationale. Le lendemain le parquet a ouvert une enquête préliminaire. LCP.fr fait le point.
9 min
Le député EELV et vice-président de l'Assemblée Nationale Denis Baupin qui a lancé un club de réflexion, CREER, est ici pris en photo le 2 décembre 2015 à l'Assemblée nationale Crédit photo : AFPLe député EELV et vice-président de l'Assemblée Nationale Denis Baupin qui a lancé un club de réflexion, CREER, est ici pris en photo le 2 décembre 2015 à l'Assemblée nationale Crédit photo : AFP

Lundi matin, Médiapart et France Inter ont conjointement publié une enquête mettant en cause le vice-président de l'Assemblée nationale, Denis Baupin, pour des faits supposés de harcèlement et d'agression sexuelle.
Denis Baupin a annoncé en fin de matinée sa démission de la vice-présidence.

Selon ses avocats, il "conteste" tout harcèlement sexuel et "envisage" de porter plainte pour diffamation. Il dispose désormais de trois mois pour le faire. Ce recours mettrait automatiquement en examen les quatre personnes qui ont témoigné contre lui dans les colonnes de Médiapart et sur France Inter.
Bien évidemment, cela ne préjugerait pas de la suite du dossier. Et les mis en examen pourraient ensuite détailler leurs témoignages auprès d’un juge.

Le lendemain, ses avocats annoncent avoir déposé plainte pour "diffamation" contre les deux médias.

Qu'est-il reproché à Denis Baupin ?

Les journalistes de Médiapart et France Inter disent avoir récolté huit témoignages, dont quatre à visage découvert. Ces femmes qui évoluent en politique dénoncent des actes allant du harcèlement sexuel à une agression. Parmi celles qui s'expriment publiquement, Sandrine Rousseau, une des actuelles porte-parole d’EELV, dénonce des faits qui remonteraient à octobre 2011 :

Il m’a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine et a tenté de m’embrasser dans le couloir, durant une pause alors que j’animais une réunion. J’en ai parlé à deux membres de la direction du parti. L’un m’a dit : "Ah il a recommencé". L’autre : "Ce sont des choses qui arrivent très souvent". Sandrine Rousseau, porte-parole d'EELV

Autre témoignage à charge, celui d'Elen Debost, l'adjointe à la jeunesse EELV de la mairie du Mans. Cette dernière raconte à Médiapart, avoir été victime de harcèlement sexuel. C'était en 2011.

Au total, j’ai reçu une centaine de messages. Du type “Je suis dans un train et j’aimerais te sodomiser en cuissarde” ; “J’adore les situations de domination. Tu dois être une dominatrice formidable” ; “J’ai envie de voir ton cul" Elen Debost, adjointe à la jeunesse EELV

Elles sont au total quatre élues EELV ou ex-EELV (Sandrine Rousseau, Isabelle Attard, Annie Lahmer et Elen Debost) à témoigner à visage découvert. Les journalistes expliquent même que les femmes politiques qui devaient travailler à l'Assemblée, au côté de Denis Baupin se donnaient des conseils pour éviter de rester seules avec lui.

Déjà en 2013, une spécialiste du parti s'était penchée sur les questions de sexualité au sein d'EELV. Vanessa Jérome, docteur en sciences politiques, y évoquait un "DSK vert", sans pour autant donner de nom (p.11). Plus globalement, elle y racontait le fonctionnement d'un parti qui peine à prendre en compte certaines violences sexistes :

L’officialisation du statut de "seconde femme", y compris contre le consentement de la concernée, les violences conjugales commises par tel parlementaire, ou les rumeurs de harcèlement sexuel sur les salariées du siège du parti ou sur les "petites mains" des groupes d’élu-e-s, sont parfois abordés avec une relative légèreté. [Comme cette affaire] citée par la rumeur mais jamais dénoncée, du harcèlement sexuel auquel se livrerait un élu depuis plusieurs années, et qui aurait même suscité l’intervention d’une dirigeante […]… Sorte de "DSK des Verts". Sandrine Rousseau

Interrogée par France Inter sur ce document, elle ajoute que "les rapports de pouvoir et de domination sont les mêmes chez les Verts comme ailleurs".

Pourquoi aucune plainte n'a été déposée ?

Les faits que rapportent France Inter et Mediapart s'étaleraient de 1998 à 2014.

Porte-parole du parti écologiste de 1998 à 2002, Denis Baupin a ensuite été élu maire-adjoint à Paris en 2001, avant de devenir député de Paris et vice-président de l'Assemblée nationale en 2012. Marié à la ministre du Logement et ancienne secrétaire nationale d'EELV, Emmanuelle Cosse, Denis Baupin a quitté le parti en avril à cause de "désaccords stratégiques".

Jusqu'à présent, aucune de ces femmes n'avaient parlé. Aucune plainte n'a, non plus, été déposée. Médiapart souligne que pour beaucoup, les faits remonteraient à plus de trois ans. Ils sont donc prescrits. Mais ce n'est pas la seule raison :

Mais ce n'est pas la seule raison :

Si j’avais su qu’on avait été plusieurs, sans doute aurais-je porté plainte. Mais là je pensais que j’étais seule à subir ça. Du coup, je ne voulais pas en quelque sorte foutre le bazar dans le parti aussi Sandrine Rousseau, porte-parole d'EELV

Autre fait invoqué pour ce long silence : le risque de perdre son travail. Voire d’être sur la "blacklist" des collaboratrices qui dénoncent du harcèlement sexuel et dont on dit qu’elles ne retrouvent plus jamais de poste en politique, souligne Mediapart.Enfin, certaines avouent avoir gardé le silence par rapport à sa compagne.

Tout le monde se tait par égard pour sa compagne. Parce que c’est un cadre du parti, parce que ça ne fait pas beau dans le paysage. Justement, un parti qui est capable de faire le ménage en interne, c’est un parti courageux. Et EELV peut redevenir un parti courageux. Parce que c’est un cadre du parti, parce que ça ne fait pas beau dans le paysage. Justement, un parti qui est capable de faire le ménage en interne, c’est un parti courageux. Et EELV peut redevenir un parti courageux. Isabelle Attard

L'agression sexuelle est un délit, dont la peine encourue est de cinq ans de prison et de 75 000 euros d'amende. La victime a seulement trois ans, après les faits, pour déposer plainte.

De son coté, le parquet a ouvert une enquête préliminaire "sur des faits susceptibles d'être qualifiés d'agressions sexuelles, harcèlements sexuels, appels téléphoniques malveillants", a-t-il indiqué, mardi matin. A ce stade, "aucune plainte relative à ces faits n'a été reçue au parquet", et "l'enquête va s'attacher à recueillir les témoignages des victimes présumées",

Pourquoi parler maintenant ?

Alors pourquoi ces femmes politiques ont-elles décidé de parler maintenant ? Les journalistes qui ont mené l'enquête parlent de deux éléments déclencheurs.

D'abord, la tribune publiée dans Libération le 5 mais 2015, dans laquelle des journalistes dénoncent le sexisme de certains hommes politiques. Aucun nom n'est donné mais beaucoup, assure Médiapart, semblent reconnaitre Denis Baupin. EELV lance même une adresse mail pour que les journalistes puissent dénoncer les faits de sexisme des élus écologistes.

Puis, le 8 mars, Denis Baupin pose avec du rouge à lèvres en compagnie d’autres députés, pour dénoncer les violences faites aux femmes :

Elen Debost, parle d'une "véritable nausée" quand elle a vu le cliché :

Quand je l’ai découverte, cela a provoqué chez moi une vraie nausée. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas continuer à se taire, parce qu’en se taisant, on est complice du fait que ça continue. Ce n’est pas la politique que je veux. Elen Debost

Même son de cloches du côté de Sandrine Rousseau :

Il y a eu un déclencheur qui a été cette photo du 8 mars, où j’ai vu non pas quelqu’un qui défendait les droits des femmes mais quelqu’un qui avait tenté d'embrasser une femme de force. Sandrine Rousseau

Les réactions politiques

Pour l'heure, les élus restent prudents et demandent au vice-président de l'Assemblée de s'exprimer.

Au sein du parti écologiste, Julien Bayou, le porte-parole d'EELV appelle les femmes à "briser la loi du silence" :

Dans l'enquête publiée par France Inter et Médiapart une ancienne militante du collectif Jeudi-Noir confie elle aussi avoir été victime de harcèlement, en 2012.


Autre réaction, celle du député, Noël Mamère, ancien de EELV. Sur BFMTV, il se dit consterné. et fait part de son "profond
sentiment de malaise, de honte et d'accablement".

Ces femmes n'ont rien dit pendant longtemps. Peut-être parce que nous étions dans un parti relativement petit, avec une forme d'entre-soi. Je suis fier que des femmes membres d'EELV se soient décidées.
Noël Mamère, député et ancien de EELV

Quant au co-président du groupe EELV à l'Assemblée, François de Rugy, il explique dans les colonnes de Médiapart avoir été au courant de certains faits :

Nous avons été saisi par une collaboratrice qui nous a aparlé de propos équivoques envoyés par SMS par Denis Baupin De notre point de vue, il n'y avait rien de délictueux.
François de Rugy, ex-co-président du groupe EELV à l'Assemblée

Ce lundi matin, sur France Inter, ce proche de Denis Baupin, s'est dit "abasourdi". " Ce sont des accusations extrêmement graves qui sont portées ", a réagi le député.

Denis Baupin est un ami politique et je n'ai jamais eu à connaître de faits de ce type, sinon je les aurais condamnés. C'est à la justice de dire la vérité des faits.François de Rugy, co-président du groupe EELV à l'Assemblée.

Quant au président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, il a annoncé dans un communiqué avoir reçu Denis Baupin, lundi et lui avoir "demandé de remettre sa démission de ses fonctions de Vice-Président de l’Assemblée"

Le Président de l’Assemblée nationale a reçu M. Denis Baupin, député de la 10 ème circonscription de Paris, ce matin. Il lui a demandé de remettre sa démission de ses fonctions de Vice-Président de l’Assemblée nationale. Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale

Depuis, le député de Paris a annoncé sa démission de la Vice-présidence par la voix de son avocat, et n'exclu pas une plainte.

De son côté, Jean-Sébastien Herpin, co-secrétaire régional EELV Centre, écrit sur son blog avoir été au courant de tels agissements :

Oui, je savais, pas tout, pas complètement. Autour d'un bon verre de vin, en soirées amicales, tour à tour, des camarades, pour certaines des amies, parlaient, se confiaient et je blêmissais.Jean-Sébastien Herpin, co-secrétaire régional EELV Centre

Deux pétitions publiées

Enfin, deux pétitions ont été publiées depuis les révélations de France Inter et Médiapart.

L'une pour demander la démission de Denis Baupin de tous ses mandats politiques de tous ses mandats politiques. Car pour l'heure, il reste député.

L'autre, plus générale, pour demander aux politiques "de stopper les violences que subissent les femmes dans [les] organisations politiques ou institutions". Pour ce faire, l'organisation Levons l'omerta liste différents points sur lesquels elle demandent aux politiques de s'engager. Comme par exemple, "d’inscrire dans vos statuts qu'un responsable du parti ou élu auteur de violences sexuelles est exclu".