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Les Republicains

Démission de Laurent Wauquiez : "Nous n'avons pas résolu tous nos problèmes, loin de là"

Les députés LR interrogés lundi saluent le départ du président du parti Les Républicains, évoquant un "préalable nécessaire". L'hypothèse d'un éclatement du groupe parlementaire semble s'éloigner.
5 min
LCPLCP

Quel avenir pour Les Républicains ? Affaiblie par la débâcle des élections européennes, prise en étau entre La République en Marche et le Rassemblement National, la formation semblait menacée d'éclatement.

Mais l'annonce dimanche soir de la démission de Laurent Wauquiez de son poste de président du parti Les Républicains semble avoir calmé les esprits.

"Un choix lucide"

"C'est un choix lucide, efficace, raisonnable qui nous permet d'avoir une semaine qui ne sera pas centrée sur les questions de personne", analyse lundi le député LR Julien Aubert, tandis que son collègue Pierre-Henri Dumont qualifie cette décision de "préalable nécessaire".

L'annonce du retrait de Laurent Wauquiez écarte donc pour l'instant la menace, un temps évoquée, de la création d'un groupe dissident. "Si l'hypothèse d'une sécession avait été esquissée par certains, [ce n'est pas] vingt parlementaires [qui] avaient passé le Rubicon, on avait plutôt des cas très isolés", raconte Julien Aubert. "La question de la scission était surtout due au maintien de Laurent Wauquiez à la tête du parti", ajoute Pierre-Henri Dumont.

L'élue Les Républicains de Seine-et-Marne Valérie Lacroute écarte également l'hypothèse d'un "éclatement", mais note que "quelques parlementaires ont envie de faire entendre leur voix".

"Nous n'avons pas résolu tous nos problèmes, loin de là", prévient toutefois Julien Aubert, qui demande l'organisation d'une élection et d'un congrès. L'élu du Vaucluse regrette que l'élection de Laurent Wauquiez n'ait pas donné lieu à des débats ni sur "l'inventaire de 2012", ni "sur l'inventaire de 2017" ou sur "la ligne". "Ce sont des débats que l'on a retrouvé ensuite", ajoute-t-il.

L'affaiblissement des Républicains était "inéluctable", analyse le député Pierre Morel-A-L'Huissier, qui continue de verser sa cotisation aux Républicains tout en siégeant... aux côtés du groupe UDI, Agir et Indépendants. En 2017, il n'avait pas souhaité rejoindre le groupe LR, auquel il participait pourtant sous l'ancienne législature, afin de protester contre la ligne "d'opposition systématique à la politique gouvernementale".

"Nous ne sommes pas au Vatican"

L'avenir des Républicains pourrait se préciser mardi : le président du Sénat Gérard Larcher, qui désire "reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre" dans une structure "au-delà des partis", réunit mardi plusieurs ténors de la droite.

Les présidents des groupes parlementaires Christian Jacob (Assemblée nationale) et Bruno Retailleau (Sénat) ainsi que François Baroin (Association des maires de France), Dominique Bussereau (Assemblée des départements de France), Hervé Morin (Régions de France) ou encore certains présidents de région comme Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes), Renaud Muselier (Provence-Alpes-Côte d'Azur) et Valérie Pécresse (Ile-de-France) devraient être présents.

"Si on part du principe que le parti politique est congelé jusqu'à décembre, il va bien falloir un général pour mener la bataille des municipales [de mars 2020] et je pense que Gérard Larcher est un bon général pour cette bataille", analyse Julien Aubert. Mais le député du Vaucluse, qui souhaite que l'on n'oublie pas les adhérents et qui pense déjà à la suite, prévient : "Nous ne sommes pas au Vatican, le choix du Pape ne se fait pas dans les coulisses, en conclave, entre quelques cardinaux."

"Laisser les ténors tout seuls entre eux, je crains qu'il n'en ressorte pas grand chose", ajoute Valérie Lacroute, qui appuie plutôt l'initiative des onze jeunes députés Les Républicains qui ont appelé à la création d'un "comité de renouvellement" au sein de leur parti politique.

Le groupe, parmi lesquels figurent Pierre-Henri Dumont, Aurélien Pradié, Fabien Di Filippo ou encore Virginie Duby-Muller, veut agréger des parlementaires, mais aussi des maires, des élus départementaux et régionaux, les "candidats aux élections passées et à venir" ainsi que "différents acteurs locaux". Leur but : "Fabriquer des idées, audacieuses, nouvelles" et "offrir une alternative nouvelle crédible pour l'avenir" avec pour "socle commun" le "travail".

LaREM à l'offensive

La multiplication des initiatives à droite s'explique en partie par les manœuvres de La République en Marche et du Rassemblement National visant à débaucher des élus LR en vue des prochaines élections municipales. Dimanche dans le JDD, le ministre chargé des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu, lui-même issu de la droite, a appelé les maires de son ancienne famille politique à "quitter Les Républicains".

L'ex-LR et désormais député La République en Marche Thierry Solère a lui aussi lancé un appel aux élus de droite à rejoindre la majorité présidentielle : les tenants d'une "droite tranquille et modérée" n'ont "aucune raison de ne pas soutenir" l'action du Premier ministre Edouard Philippe, explique-t-il à LCP.

Plusieurs maires des Hauts-de-Seine, à l'instar du maire de Saint-Cloud Eric Berdoati ou du maire de Chaville Jean-Jacques Guillet, ont d'ores et déjà annoncé leur volonté de quitter Les Républicains.

Le Pen "tend la main"

Marine Le Pen compte elle aussi capitaliser sur l'effondrement des Républicains. La présidente du Rassemblement national a assuré sur Twitter vouloir "tendre la main à tous les cadres et électeurs LR patriotes", ajoutant que "l'alternative à Macron est POSSIBLE !". Une stratégie déjà amorcée à l'occasion des élections européennes : l'ancien député Les Républicains Thierry Mariani et l'ex-député UMP Jean-Paul Garraud ont été élus eurodéputés sur la liste du Rassemblement National.

De son côté, Marion Maréchal-Le Pen est sortie dimanche de sa réserve, plaidant sur LCI pour une "grande coalition", un "grand compromis patriotique", entre la "droite populaire" issue de LR et le Rassemblement national.


Maxence Kagni et Matthieu Desmoulins