twitter facebook chevron-right
Abattoirs

Dans les entrailles d’un abattoir rituel, le ballet des hommes et des bêtes

Mardi, 8h. Les portes de l'abattoir halal de Meaux s'ouvrent à la visite surprise des députés de la commission d'enquête sur les abattoirs. LCP y était. Reportage.
4 min
Abattoir de Meaux. Crédit photo : Elodie Hervé pour LCP.frAbattoir de Meaux. Crédit photo : Elodie Hervé pour LCP.fr


Les hommes sont silencieux. Les bêtes aussi. Seules les machines et leur tac-tac entêtant font entendre leur petite musique. Derrière les portes de l'abattoir Aminecov de Meaux, les employés pratiquent l'abattage rituel des bovins et des ovins à destination du marché halal. Environ 10 à 15 bêtes par heure, soit 2.000 tonnes par an.

Dehors, sous une ombrelle, les bovins attendent. Les pattes dans la paille, les yeux dans le vague, elles patientent presque sans un bruit. Un homme s'assure qu'elles ont à boire et à manger.

L'abattage sans étourdissement en question

C'est cet établissement rituel de Meaux qu'ont choisi les députés de la commission d'enquête sur les abattoirs pour une visite surprise. Leur quatrième déplacement depuis le lancement de cette commission en avril, mais la première dans un abattoir rituel.

Autorisé de manière dérogatoire en France, l'abattage rituel se pratique sans étourdir (sans faire perdre conscience) l'animal. Dans l'abattage traditionnel, une tige enfoncée au niveau du cerveau, ou une pince, interrompt l'activité cérébrale de l'animal. Cette différence entre ces deux types d'abattage est au coeur du travail des parlementaires :

La question pour nous, avec cette visite, n'est pas l'abattage rituel mais l'abattage sans étourdissement. Olivier Falorni, député PRG de Charente-Maritime et président de la commission d'enquête.

A l'intérieur de l'abattoir, une odeur âcre, acide, s'attache aux vêtements. Au sol, des litres de sang. Une à une, les bêtes sont amenées à la tuerie. Dans le vacarme assourdissant des machines, le bruit des sabots est à peine perceptible. Un rare meuglement se fait entendre de temps à autre.

Placé dans un appareil de contention qui l'immobilise, le bovin se retrouve face à une bâche blanche. Impossible pour lui de voir le reste de l'abattoir. Une façon de ne pas le stresser mais aussi de respecter les préceptes du Coran.

Kassioui, le sacrificateur, est à l'oeuvre. D'un geste précis et vif, il tranche la gorge de la bête, sous l'?il vigilant d'un responsable protection animale (RPA). Pendant 90 secondes, l'animal est ensuite maintenu tête en bas. Les députés, eux, observent et chronomètrent le temps de conscience des bêtes. Entre 30 et 60 secondes.

Le n?ud central de notre activité c'est la contention. Pour le bien-être animal, mais aussi pour la sécurité du personnel. Adel Rekik, propriétaire et directeur de l'abattoir de Meaux.

Les députés à l'abattoir de Meaux. Crédit photo : Elodie Hervé pour LCP

Les députés à l'abattoir. Crédit photo : Elodie Hervé pour LCP.fr

Quinze employés dont trois sacrificateurs

Quinze employés dont trois sacrificateurs travaillent dans cet abattoir ouvert en 1988 par la municipalité de Meaux (Seine-et-Marne) et repris en mai 2006 par Adel Rekik.

Les sacrificateurs sont des employés de chez nous, ils sont formés ici. Tous les ans, on envoie un chèque de 152.45 euros et un certificat de travail à la grande mosquée d'Evry pour avoir la carte de sacrificateur. Adel Rekik, propriétaire et directeur de l'abattoir de Meaux.

Au bout de 90 secondes, un témoin lumineux s'allume au-dessus de l'appareil à contention. Le sacrificateur s'assure alors que l'animal est bien mort. Une vache gesticule plus que les autres. "Les nerfs", explique le propriétaire. Mais "par sécurité, parce que les mouvements sont un peu trop violents", le sacrificateur lui administre un premier coup de matador. Puis un second. La bête continue de gesticuler. "Les nerfs", répète Adel Rekik.

Puis la bête est suspendue par la patte arrière et montée sur la chaîne pour la découpe. Jet d'eau et raclette, un employé s'occupe de nettoyer le sol et l'appareil. Un peu plus loin, les autres ouvriers s'attellent à enlever les pattes, la tête et la peau des carcasses qui arrivent à la chaîne. Une autre société récupère les carcasses, s'occupe de leur découpe et du transport vers les bouchers halal d'Île-de-France.

Une heure passe. Les députés ressortent. Jean-Yves Caullet, député socialiste de l'Yonne et rapporteur de la commission enquête, dresse un bilan satisfaisant de cette visite :

On a observé un abattage rituel bien équipé, sans aucun dysfonctionnement. Jean-Yves Caullet, député socialiste de l'Yonne et rapporteur de la commission enquête sur les abattoirs

Le directeur technique du site leur emboîte le pas. Quinze ans qu'il travaille ici. Pourtant, lâche-t-il, "on s'habitue jamais à l'odeur du sang..."

Retrouvez notre dossier complet >> Abattoirs et associations devant les députés <<

--

Retrouvez aussi, le reportage télé de François Chevré :