twitter facebook chevron-right
La République en marche

Comment La République en marche compte se renouveler à l'Assemblée

Après deux ans au pouvoir, le groupe majoritaire va remettre en jeu l'essentiel des postes clés qu'il occupe. Loin d'être une simple formalité, l'exercice bute sur des questions de parité, de calendrier et de procédure. Certains redoutent même un "chamboule-tout", alors que les appétits s'aiguisent pour occuper les fonctions les plus prestigieuses.
4 min
La présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet, le député Benjamin Griveaux, le président du groupe Gilles Le Gendre, le futur rapporteur général Laurent Saint-Martin et Barbara Pompili, présidente de la commission du développement durable.La présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet, le député Benjamin Griveaux, le président du groupe Gilles Le Gendre, le futur rapporteur général Laurent Saint-Martin et Barbara Pompili, présidente de la commission du développement durable.

Chose promise, chose due. En juin 2017, Richard Ferrand expliquait que le "renouvellement permanent" devait devenir la règle au Palais Bourbon. Les "marcheurs" gravaient alors dans le marbre de leur règlement intérieur la remise en jeu des fonctions importantes à mi-mandat, soit une cinquantaine de postes en tout.

Côté institution, les présidences de commission, vice-présidences, postes de secrétaires et questeurs pourraient changer de main. En revanche, la présidence de l'Assemblée nationale et les postes dévolus à l'opposition et au MoDem (un questeur sur trois, quatre vice-présidents sur six et la présidence de la commission des finances) ne sont pas concernés. Au sein du groupe lui-même, le président du groupe Gilles Le Gendre va remettre son mandat au vote, tout comme son équipe (vice-présidents, trésorier, porte-paroles et les huit "whips" chargés de faire appliquer la ligne du groupe).

Contrairement à la promesse initiale, le bureau de LaREM a mis un peu d'eau dans son vin début mai en autorisant les sortants à se représenter. Un changement de taille, qui pourrait conduire à une certaine continuité.

Face à la réalité du fonctionnement de l'Assemblée nationale, nombre de macronistes plébiscitent aujourd'hui les bienfaits de l'expérience, alors que le groupe a été vivement raillé pour son amateurisme en début de législature. "Je ne suis plus favorable à un chamboule-tout", regrette une élue LaREM, qui confie ne pas être sûre que le "jeu du renouvellement en vaille la chandelle". "On aurait pu s’en passer, un peu de stabilité aurait fait du bien. Mais il faut respecter ce que l’on a dit", tranche à contre-cœur un autre député.

Si la promesse sera donc tenue, le détail des procédures est encore en débat. Le bureau doit à nouveau se réunir mardi pour discuter des règles de ces élections internes, règles qui seront déterminantes sur le choix des prochains visages de la majorité.

La parité au cœur des débats

C'est sans aucun doute le point le plus casse-tête : comment s'assurer que les postes-clés seront occupés à parts égales entre hommes et femmes ? En jeu notamment, les six postes de présidents de commission occupés par LaREM. En 2017, cette question avait déjà donné lieu à de vives tensions. Une fois le "quota" d’hommes rempli (Roland Lescure à l'économie, Bruno Studer à la culture et Jean-Jacques Bridey à la défense), seules des femmes avaient pu candidater aux présidences de commissions restantes.

Débordant de créativité, le groupe va étudier cinq cas de figure : laisser la liberté de vote en espérant que trois hommes et trois femmes soient élus ; faire succéder une femme à une femme, un homme à un homme ; au contraire, faire succéder une femme à un homme et vice-versa ; tirer au sort le genre des futurs présidents de commission ; enfin, élire des binômes femme-homme, puis ajuster le tir dans un second temps.

Selon la règle adoptée, les sortants pourraient ne pas être en mesure de se représenter... Ce qui pourrait susciter des convoitises pour d'autres postes.

Un calendrier très politique

Autre sujet, en apparence anodin, le timing du renouvellement. Certains plaident pour qu'il ait lieu avant la pause estivale, en juillet, afin d'attaquer les dossiers chauds dès la rentrée avec une équipe renouvelée. D'autres veulent temporiser jusqu'à début septembre : "Pourquoi se presser, alors que le renouvellement des postes de l'Assemblée n'aura lieu qu'en octobre ?", s'interroge un député qui a envoyé à ses collègues un courrier en ce sens.

Des élections après les vacances auraient une autre vertu : permettre à ceux qui n'auront pas l’investiture pour les élections municipales de rebondir au sein du groupe. Selon nos informations, pas moins d'une cinquantaine de députés LaREM souhaiteraient devenir maires.

L'enjeu du corps électoral

Troisième détail qui pourrait jouer sur les équilibres internes, le mode de scrutin des présidents de commission. "J'estime être très légitime pour désigner le président de ma commission, beaucoup moins pour choisir celui ou celle des affaires sociales ou économiques", estime une députée de la commission des lois.

Les membres de chaque commission pourraient ainsi voter entre eux. Mais, par souci de parallélisme des formes, cette option tient moins la corde que celle intervenue en 2017, quand l'ensemble des députés LaREM s'était exprimé sur le choix de chacune des six présidences permanentes contrôlées par La République en marche.

Un casting encore à définir

Difficile de dire qui sortira gagnant de ce jeu des chaises musicales. Gilles Le Gendre, élu en septembre 2018, brigue un second mandat. Mais sa candidature ne fait pas forcément l'unanimité : "Il nous faut quelqu’un de plus dynamique, qui ne fasse pas petit marquis", critique un des responsables du groupe. Qui pour le remplacer alors ? "J’entends beaucoup de choses négatives sur lui, mais pas beaucoup de gens prêts à faire son travail !", modère un jeune député.

"Je vois dans Benjamin Griveaux un parfait président de groupe", ironise un de ses concurrents à l'investiture pour la mairie de Paris. Une hypothèse somme toute envisageable si l'ancien porte-parole du gouvernement, qui part favori, échouait à être le candidat du parti.

Enfin, le poste de rapporteur général du budget est acquis à Laurent Saint-Martin, 33 ans, en remplacement du vétéran Joël Giraud, qui préparera son dernier budget cet automne. Un passage de relais en bonne et due forme entre "ancien" et "nouveau" monde.