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Santé

Chlordécone : les Antilles "championnes du monde" des cancers de la prostate

La commission d'enquête relative à l'impact de l'utilisation du chlordécone, un pesticide interdit depuis 1993 mais encore présent dans les sols des Antilles, a initié ses travaux lundi.
2 min
LCPLCP

Les taux d'imprégnation au chlordécone sont de 95% pour la Martinique et de 93% pour la Guadeloupe : environ 700.000 personnes seraient donc, selon une étude menée entre 2013 et 2014, contaminées par ce pesticide, pourtant interdit depuis 1993.

Un chiffre alarmant mis en lumière lors de l'audition lundi de deux responsables de Santé publique France par la toute nouvelle commission d'enquête sur l'utilisation du chlordécone et du paraquat, créée à l'initiative des députés socialistes.

Un premier plan d'action en 2008

Jugé dangereux pour l'Homme, le chlordécone a longtemps été utilisé dans les bananeraies de la Martinique et de la Guadeloupe afin de lutter contre le charançon, un insecte qui les dévastait. Interdit depuis 1993, il est, selon l'Anses, "encore présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales, ainsi que dans les eaux de certains captages utilisés pour la production d'eau destinée à la consommation humaine".

"95% des gens (en Martinique et en Guadeloupe) sont imbibés de chlordécone", a répété lors de l'audition le président de la commission d'enquête, le député de Martinique Serge Letchimy (apparenté "Socialistes").

(Si les chiffres étaient les mêmes) en France hexagonale, il y aurait peut-être plus qu'une émeute...Serge Letchimy

Très offensif, l'élu a interrogé les responsables de Santé publique France (ex Institut de veille sanitaire) sur "le décalage impressionnant" entre l'interdiction du pesticide en 1993 et le premier plan d'action, mis en oeuvre par l'Etat, en 2008.

"Champions du monde"

Serge Letchimy a également interpellé les deux responsables sur les taux très élevés de cancers de la prostate en Martinique et en Guadeloupe. Les Antillais seraient même les "champions du monde" en la matière : on dénombre 162 à 163 cas pour 100.000 habitants, contre 98 en France métropolitaine.

"On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de lien", a concédé Jacques Rosine, le responsable de la délégation Santé publique France aux Antilles. Avant d'ajouter qu'il fallait désormais "pouvoir démontrer quelle est la part de ces cancers qui pourrait être attribuée à une exposition au chlordécone".

Pour l'instant, nul scientifique ne peut attester que l'ensemble des cancers de la prostate aux Antilles est lié au chlordécone.Jacques Rosine, Santé publique France