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Télévision

Chaîne d’info publique : un rapport parlementaire pointe un "risque" de dérapage financier

Jean-Marie Beffara (PS), qui remet mercredi son rapport d'information sur France Info, la nouvelle chaîne d'information du service public, pointe également "un risque sur les recettes publicitaires" des autres chaînes d'informations.
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Jean-Marie Beffara et Delphine Ernotte - AFP - Montage LCPJean-Marie Beffara et Delphine Ernotte - AFP - Montage LCP

Le député socialiste Jean-Marie Beffara remet mercredi son rapport sur "France Info", la chaîne d'information du service public qui sera lancée début septembre. Le député d'Indre-et-Loire évoque notamment un "risque" de dérapage financier et reconnaît que la nouvelle chaîne pourrait avoir un impact économique pour BFMTV et Itélé, sans toutefois le chiffrer précisément.

1 - Pas une nouvelle ORTF

Fallait-il créer une nouvelle chaîne d'information ? Sur ce point, Jean-Marie Beffara ne se fait pas d'"inquiétude" et loue "les nombreux atouts du service public", notamment en matière de "décryptage et d'analyse". France Info devra "fournir une offre qui éclaire l'actualité, dépourvue d'instantanéité et des émotions du moment", même si le député pointe un manque d'effectif :

Avec 213 postes dédiés, la nouvelle chaîne apparaît ainsi légèrement sous-dimensionnée par rapport à ses concurrents. Rapport de Jean-Marie Beffara

Mais ce chiffre est à relativiser car, avec l'apport des contenus des chaînes du service public, France info disposera en réalité du travail de "4.000 journalistes". "Il s'agira de la première rédaction d'Europe, capable de traiter l'actualité très locale mais aussi l'actualité internationale grâce à France 24."

Cette mutualisation des moyens ne créera pas, selon le député, une nouvelle "ORTF", comme l'ont pourtant redouté les sociétés des journalistes de France 2, France 3 et France Tv Info dans une récente tribune.

Chaque média pourra ainsi garder son identité car la nouvelle chaîne d'information est avant tout une "mise en commun". Le rapporteur regrette d'ailleurs qu'Arte, qui dispose de "modules d'information pour les enfants et la jeunesse", n'ait pas été associée au projet.

2 - Une conséquence mécanique sur les audiences des autres chaînes d'infos et un "risque sur leurs recettes"

Avec le passage de LCI en gratuit au mois d'avril, il y aura donc quatre chaînes d'information sur la TNT dès le mois de septembre. Une "folie", estime Alain Weill, le patron de NextradioTV (propriétaire notamment de BFMTV). Avec des audiences "stabilisées à hauteur de 2%", BFMTV est, rappelle Jean-Marie Beffara, le leader du secteur. Selon le député, Itélé capitalise 0,9% de l'audience et LCI 0,1%.

Même si le positionnement stratégique de France info se veut volontairement différent de BFMTV, "l'arrivée de France info va faire bouger les choses", reconnait le député dans son rapport. "Les spécialistes assurent que l'audience, très peu élastique, des chaînes d'informations, est de 3,1 à 3,2%. On peut penser que la répartition (de ces pourcentages) va être modifiée, mais on ne sait pas dans quelles proportions."

Une captation d'une part de l'audience de BFMTV et Itélé n'est donc pas à exclure. Elle aura des conséquences économiques pour ces chaînes, dont le financement est en grande partie assuré par la publicité : une perte de 0,1% d'audience génère ainsi une baisse des recettes publicitaires de BFMTV de 4 millions d'euros. Le député évoque "un risque sur les recettes publicitaires" des autres chaînes d'infos :

Ainsi, toute évolution concurrentielle pouvant avoir un impact sur l’audience fait peser un risque sur les recettes publicitaires des chaînes présentes sur le marché. Il est également démontré que le développement digital, s’il est aujourd’hui indispensable, ne constitue pas pour les médias un relais de croissance des recettes publicitaires, à cause du faible prix des espaces publicitaires.Rapport de Jean-Marie Beffara

3 - Un "risque" de dérapage financier

Pour limiter l'impact économique de la nouvelle chaîne, France info devra, selon Jean-Marie Beffara, tenir fidèlement ses engagements. Selon lui, la nouvelle chaîne du service public ne pourra pas, dans quelques mois ou quelques années, tenter de se rapprocher de la ligne éditoriale "hard news" de BFMTV ou Itélé.

Pas question non plus que la chaîne d'information publique ne vienne, par un "jeu de vases communicants", capter des ressources qui ne lui sont pas dédiées : la mise à disposition de contenus est certes le principe même de France Info, mais il faudra par exemple veiller à ce que des moyens de France 2 ne soient captés par la nouvelle chaîne. "Le risque de dérapage financier existe", assure Jean-Marie Beffara, qui pointe aussi un "risque de sous-évaluation".

Le député propose que des avenants aux contrats d'objectifs et de moyens des opérateurs soient signés pour encadrer strictement les missions de chacun. Pour l'heure, le financement de France Info a été calculé en terme de "surcoût" pour France télévisions (15 millions d'euros en année pleine) et Radio France (3,5 millions d'euros).

Il est donc très difficile, dans cette configuration, de réaliser une évaluation à coût complet de la nouvelle chaîne d’information, puisque la mutualisation des moyens et les redéploiements de personnel utilisent des moyens déjà existants – moyennant des restructurations et des aménagements spécifiques.Jean-Marie Beffara

4 - Une numérotation désavantageuse sur la TNT

Le canal de France info - la chaîne occupera le numéro 27 sur la TNT - est "un vrai sujet", assure Jean-Marie Beffara qui constate que "l'audience baisse de façon linéaire en fonction du canal" :

La numérotation est devenue un enjeu majeur pour les distributeurs de services : en 2015, les dix premières chaînes de la TNT agrégeaient 72,1 % de part d’audience, et en scindant le bloc des chaînes historiques et celui des chaînes lancées en 2005, on observe une diminution de l’audience au fur et à mesure de l’avancement dans le plan de numérotation.Jean-Marie Beffara

"BFM et Itélé bénéficient d'une proximité qui joue positivement pour les deux", ajoute Jean-Marie Beffara, qui propose de regrouper "à terme l’ensemble des chaînes d’information en continu autour d’un bloc homogène de numérotation afin de neutraliser cet élément de concurrence indépendant de la ligne éditoriale de la chaîne".

5 - La promotion croisée en question

France 2 et France 3 feront-ils, sur leurs antennes, la promotion de France Info ? Cette éventualité inquiète Jean-Marie Beffara, qui évoque un risque déséquilibre concurrentiel du secteur :

L’arrivée de la nouvelle chaîne d’information publique et de la promotion croisée dont elle pourra faire l’objet dans le cadre des antennes de France 2 et France 3, peut perturber l’équilibre concurrentiel du secteur.Rapport de Jean-Marie Beffara

Le risque : que le service public utilise ses audiences massives, par exemple lors du journal télévisé de 20 heures, pour promouvoir sa nouvelle chaîne, captant ainsi une part de l'audience de ses concurrentes. Une possibilité d'autant problématique, selon le député, que TF1 a renoncé à le faire avec LCI :

Pourtant étendu aux éditeurs privés par le CSA, la promotion croisée n’est pas pratiquée par ces derniers notamment en matière d’information en continue. En effet, dès 2010, TF1 s’était engagée tant dans le cadre de l’acquisition des services de TMC et NT1 que dans le cadre de la modification des modalités de financement de LCI, à ne procéder à aucune promotion des programmes de TMC, NT1 et LCI et à ne diffuser aucun message publicitaire destiné à promouvoir les programmes de ces services. Rapport de Jean-Marie Beffara

Le rapporteur préconise ainsi que France télévisions renonce à la promotion croisée "dans les mêmes conditions que le groupe TF1 vis-à-vis de LCI". Si tel n'était pas le cas, alors il faudrait, explique Jean-Marie Beffara, libérer le groupe TF1 de ses obligations en la matière.