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Attentats de Paris

Cazeneuve : "Il est réducteur d'imputer la responsabilité des attentats aux seuls services français"

Le ministre de l'Intérieur était auditionné jeudi par la commission d'enquête "relative aux moyens mis en œuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015".
10 min

Bernard Cazeneuve a été chahuté jeudi matin, lors de son audition par la commission d'enquête "relative aux moyens mis en œuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015".

Face au discours offensif du président de la commission, l'élu LR Georges Fenech, le ministre de l'Intérieur a prôné une meilleure coordination des pays européens et des "contrôles puissants aux frontières extérieures de l'Union européenne".

Selon lui, il serait "pour le moins réducteur d'imputer aux services de sécurité intérieur français et à eux seuls un défaut de vigilance ou de clairvoyance".

>> LCP.fr vous propose une sélection du meilleur des débats en vidéos :

Un échec collectif ?

Georges Fenech, le député Les Républicains qui préside la commission d'enquête, évoque les attentats de 2015 et les qualifie d'"échec collectif".

"Seule la vérité compte"

Bernard Cazeneuve n'apprécie pas l'"esprit" de l'intervention préalable du député du Rhône et ne manque pas de le lui dire :

Cazeneuve : "Où est la faille ?"

Bernard Cazeneuve répond au député du Rhône. Il explique que les questions relatives au terrorisme "suscitent plus que d'autres des jugements à l'emporte-pièce".

Le ministre de l'Intérieur rappelle qu'Abdelhamid Abaaoud était un ressortissant "Belgo-marocain" et qu'il "ne résidait pas en France". Ses complices étaient, ajoute Bernard Cazeneuve, pour "la plupart" eux aussi Belgo-marocains et étaient "arrivés en Europe par l'île de Leros en Grèce".

Quant aux deux Français, Samy Amimour et Omar Mostefaï, ils "sont revenus en Europe dans les mêmes conditions que les autres auteurs des attentats de novembre en utilisant vraisemblablement des faux papiers et en traversant plusieurs frontières".

La direction générale de la sécurité intérieure (...) n'a pas pour mission d'enquêter sur des ressortissants étrangers opérant à l'étranger.Bernard Cazeneuve

"Aucun service de renseignement et aucun service de pays traversés ne les a signalés (...) les services américains eux non plus ne les ont pas identifiés quand ils ont traversé l'Europe centrale", ajoute Bernard Cazeneuve.

Il est donc pour le moins réducteur d'imputer aux services de sécurité intérieur français et à eux seuls un défaut de vigilance ou de clairvoyance.Bernard Cazeneuve

Le ministre met en cause "l'absence d'un système européen d'alerte et d'une coordination efficace des services européens".

Tension entre Bernard Cazeneuve et Georges Fenech

Le président de la commission d'enquête interrompt l'exposé de Bernard Cazeneuve. Le ministre souhaite "aller au bout de sa démonstration", ce qui provoque un échange tendu, long de cinq minutes.

"Pas exclu que d'autres commandos puissent entrer sur le territoire de l'Union"

Bernard Cazeneuve évoque l'éventualité que d'autres attentats surviennent en Europe :

Daech s'est doté d'une véritable usine de faux documents et il n'est pas exclu que d'autres commandos puissent entrer sur le territoire de l'Union européenne munis de faux documents pour nous frapper, profitant des flux migratoires pour entrer et commettre de nouveaux attentats.Bernard Cazeneuve

Le ministre de l'Intérieur estime que "l'Europe prend trop de temps à prendre des décisions" et demande des "contrôles puissants aux frontières extérieures de l'Union européenne". Bernard Cazeneuve souhaite par ailleurs une meilleure alimentation du Système d'information Schengen (SIS) par les autres pays membres.

Le ministre estime aussi qu'il faut mettre en place une "task force européenne" de lutte contre les faux documents et la modification de la directive sur les armes à feu de 1991, notamment pour mieux lutter contre leur vente sur internet.

Le passeport de Samy Amimour

Le député LR Pierre Lellouche évoque le cas du Français Samy Amimour, qui, alors qu'il était sous contrôle judiciaire, aurait obtenu un nouveau passeport en allant "simplement à la préfecture déclarer la perte (de l'ancien)" et avec "lequel il est parti en Syrie".

Le ministre nie la chronologie des faits et explique que Samy Amimour a été "placé sous contrôle judiciaire en octobre 2012" et qu'il a "demandé le renouvellement de son passeport en mars (de la même année)".

Au moment où il demande le renouvellement de son passeport et où on lui donne ses papiers, nous n'avons aucune raison de ne pas les lui donner...Bernard Cazeneuve

Le ministre ajoute qu'"en mars 2012, ce n'est pas ce gouvernement qui est en situation de responsabilité" mais assure que son prédécesseur "n'avait aucune possibilité de ne pas donner" son passeport à Samy Amimour : "Vous ne pouvez pas, de façon discrétionnaire, refuser sans raison de donner un document d'identité à une personne."

Lellouche (LR) : "Quand vous avez un acte terroriste et 150 morts, c'est un échec !"

"Quand le crime a été commis, le système a été défaillant", explique le député LR Pierre Lellouche.

Cazeneuve : Renforcer la coopération au sein d'Europol est "une nécessité absolue"

Cazeneuve : "Je ne suis pas sur la défensive"

Le contrôle d'Abdeslam à Cambrai

Pierre Lellouche évoque l'information selon laquelle Salah Abdeslam, contrôlé à Cambrai au lendemain des attentats du 13 novembre, n'aurait pas été arrêté par les gendarmes. Ces derniers auraient interrogé le fichier SIS, mais Salah Abdeslam n'y était alors pas qualifié de terroriste.

Une information confirmée par Bernard Cazeneuve, qui met en cause les autres pays de l'Union européenne, qui n'alimentent pas suffisamment ce fichier :

Vous avez raison, quand on interroge le SIS à Cambrai, celui qui a été arrêté n'apparaît pas comme terroriste.Bernard Cazeneuve


Cazeneuve évoque le "sous-équipement" des PSIG et des BAC

Selon le ministre de l'Intérieur, les pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) et les brigades anti-criminalité (BAC) étaient insuffisamment équipés au moment des attentats de novembre.

"Les décisions que j'ai prises de rééquiper les PSIG (s'inscrivaient) dans des procédures classiques qui organisaient des délais trop longs (...) Et donc nous avons décidé de procéder au rééquipement de toutes les BAC et de tous les PSIG avant la fin du mois de juin de cette année", explique Bernard Cazeneuve.

Sans ces équipements là, les primo-intervenants n'étaient pas en situation de faire le travail qu'ils devaient faire...Bernard Cazeneuve

GIGN, Raid ou BRI : la force mobilisée sera "la plus proche du territoire où se produit la tuerie"

Cazeneuve ne veut pas fusionner le GIGN, le Raid et la BRI

Le ministre craint des difficultés opérationnelles :

Budget : Cazeneuve met en avant les "décisions prises au mois de janvier 2015"

"Nous avons jusqu'à présent procédé à des recrutements, à des allocations de moyens budgétaires dans le cadre de procédures budgétaires de droit commun", explique Bernard Cazeneuve. Selon le ministre, ce sont les "décisions prises au mois de janvier 2015 de rehaussement significatif, à hauteur de 1500, de nos effectifs" qui ont permis de réaménager l'organisation des forces de l'ordre sur le territoire.

"Il est faux de dire que ces décisions sont les résultats d'une réaction de l'exécutif après novembre", assure Bernard Cazeneuve.

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Euro 2016 : Une "mobilisation exceptionnelle des services" pour sécuriser les "fan zones"

Bernard Cazeneuve assure qu'en vue de la "sécurisation de l'Euro 2016" de football, il y aura un "niveau de forces significative mobilisé, près de 90.000, incluant des agents de sécurité privée". S'agissant de ces derniers "des précautions sont prises", promet le ministre, qui tente de rassurer certains députés inquiets de voir la sécurité de ces lieux accueillant du public à des personnels issus du secteur privé.

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Affiche de la CGT : Cazeneuve en appelle à "la responsabilité"

Face à la polémique créée par l'affiche de la CGT sur la police, Bernard Cazeneuve en appelle "à la responsabilité lorsqu'il s'agit du commentaire sur les forces de sécurité".

"Je souhaite (qu'elles) soient irréprochables (...) mais je n'accepte pas pour autant que l'on mène ce type de campagne", explique le ministre de l'Intérieur.

Fenech "pas convaincu"

A l'issue de l'audition de Bernard Cazeneuve, le président de la commission d'enquête, Georges Fenech, a réagi au micro de LCP. Il n'a pas été convaincu par les explications du ministre :