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Audiovisuel

"Canal+ est dans une situation compliquée..."

Jean-Christophe Thiery, le président du groupe Canal+, ainsi que son directeur général, étaient auditionné mercredi par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. L'occasion d'évoquer la santé financière du groupe,
11 min


Reprise en main de Vincent Bolloré, perte d'abonnés, départs de personnalités emblématiques de la chaîne... Les députés de la commission des affaires culturelles ont auditionné mercredi le président du groupe Canal+, Jean-Christophe Thiery, ainsi que son directeur général, Maxime Saada.

> LCP.fr vous propose un résumé en vidéos des meilleurs échanges.

6 millions d'abonnés en France

Jean-Christophe Thiery présente Canal+ :

  • 11,2 millions d'abonnés dans le monde, dont près de 6 millions en métropole
  • 7000 collaborateurs, dont 4000 en France
  • Chiffre d'affaires de 5,5 milliards d'euros en 2015
  • Financement du secteur de la création : 800 millions d'euros/an
  • Financement du cinéma : 230 millions d'euros en 2015
  • Films préachetés en 2015 : 128 films français
  • Sport : 800 millions d'euros principalement d'acquisition de droits.


"Depuis 2012, la chaîne est en perte"

Jean-Christophe Thiery assure que le groupe compte désormais plus de 2 millions d'abonnés en Afrique. Il se félicite aussi des performances de D8, qui a "vocation à se rapprocher des grandes chaînes historiques", ainsi que de CanalSat, Canal Overseas et Studio Canal.

Selon lui, la situation est en revanche plus préoccupante pour la chaîne Canal+, qui est "dans une situation très compliquée" : "Depuis 2012, la chaîne est en perte (...) Ses déficits vont en s'aggravant."

Jean-Christophe Thiery assure qu'en 2015, la chaîne a perdu 264 millions d'euros. "Le budget prévisionnel pour (2016) est de - 400 millions d'euros", continue-t-il.

Même constat pour Itélé, qui "subit de lourdes pertes", à hauteur de 20 millions d'euros en 2015, qui "ne peuvent que s'aggraver du fait du passage en gratuit de LCI et du lancement prochain de la chaîne d'information du service public".

Le piratage correspondrait à une perte de 500.000 abonnés

"La concurrence en matière d'offre audiovisuel a explosé au cours des dix dernières années", explique Jean-Christophe Thiery qui cite l'offre de la TNT gratuite, mais aussi des opérateurs comme "Google, Amazon, Facebook, Apple", ou encore le groupe américain Discovery (Eurosport) et BeIN Sports.

Mais le président du groupe Canal+ met avant tout en avant le rôle du piratage qui correspondrait à une perte de "plus de 500.000 abonnés", soit un "chiffre d'affaires de 200 millions d'euros" en moins, selon lui.

Redéfinir "le rôle et la durée des plages en clair"

Dans ce contexte, le groupe Canal+ souhaite, continue Jean-Christophe Thiery, baser sa stratégie sur deux axes : l'acquisition de contenu "Premium", à l'instar du projet d'accord avec BeIN Sports, mais aussi la redéfinition du "rôle et de la durée des plages en clair".

"Il est difficile pour un abonné, qui paie pour des contenus exclusifs, d'avoir 5 à 6 heures de contenus gratuits quotidiens qui profitent à tous", assure le président du groupe.

D8 doit "aller sur les plates-bandes de M6"

Le directeur de la chaîne Canal+, Gérald-Brice Viret, évoque les nouvelles dénominations qu'entend donner son groupe à D8 (qui deviendrait Canal 8, C8) et Itélé (Cnews).

"La volonté avec C8 c'est d'aller sur les plates-bandes de M6 et d'être la future grande chaîne", explique Gérald-Brice Viret. Ce dernier assure par ailleurs qu'Itélé (futur Cnews) n'est pas à vendre : "(Cette chaîne) constitue un actif très important", assure le directeur de Canal+, qui estime cependant que le "modèle" d'Itélé devra être revu.

Canal+ sur le point de changer de modèle économique ?

Maxime Saada, le directeur général du groupe Canal+, explique qu'"à la rentrée", il y aura "sans doute de nouvelles offres" : "C'est compliqué de ne proposer qu'une offre monobloc aujourd'hui à 40 euros (par mois)..."

Nous ne pouvons pas ne pas bouger, nous avons un vrai problème d'attractivité. On tentera un certain nombre de choses.Maxime Saada

Les députés attachés à "l'esprit Canal"

De nombreux députés s'inquiètent de la survie de "l'esprit Canal" : "Si Canal se met à ressembler à toutes les chaînes, quel intérêt de conserver Canal+ ?", demande ainsi Martine Martinel, la députée socialiste de Haute-Garonne.

"Nous sommes évidemment très attachés à la singularité de Canal+, nous ne pensons pas faire une télévision comme les autres", répond Maxime Saada. "Toute une partie des gens qui faisaient la chaîne à l'époque réfutent totalement ce terme d'esprit Canal", nuance-t-il cependant.

"Il me semble que le point clé c'est, un, d'aller recruter des gens qui ont du talent et les mettre à l'antenne ; deux, leur donner le plus de liberté et le plus de moyens possible", assure Maxime Saada.

Il n'y a pas une chaîne dans le PAF qui est autant dans la dérision de ses dirigeants que Canal+ aujourd'hui, ça n'existe pas en réalité.Maxime Saada

Indépendance : Maxime Saada nie avec véhémence toute censure

Stéphane Travert, le député PS de la Manche, évoque la reprise en main du groupe par Vincent Bolloré : "Au total, ce sont 20 dirigeants du groupe qui ont quitté Canal+ et des journalistes emblématiques des passages en clair tels Yann Barthès ou Bruce Toussaint d'Itélé."

"Coup de balai" et "censure"

Une vague de départ qui inspirera quelques minutes plus tard un bon mot du député UDI Laurent Degallaix : "M. Viret, compte tenu des nombreux départs dans le groupe, votre nom pourrait presque s'apparenter à un slogan..." L'élue écologiste Isabelle Attard évoque pour sa part un "coup de balai sur Canal", "depuis septembre 2015".

"Vous n'êtes pas sans savoir que des soupçons de censure peuvent peser sur de nombreux programmes de la chaîne Canal, des Guignols aux reportages d'investigation", continue Stéphane Travert. L'élu fait référence à la supposée censure de la chaîne d'un documentaire sur le Crédit Mutuel et au remplacement des auteurs des Guignols de l'info. Par ailleurs, un reportage sur l'Olympique de Marseille aurait été critiqué par Vincent Bolloré lors d'un comité d'entreprise extraordinaire, le jugeant trop négatif.

"Aucun fait précis"

Le directeur général du groupe, Maxime Saada, qui préside par ailleurs le comité qui choisit les sujets d'investigation, nie en bloc : "Il n'y a jamais eu aucune censure, aucune instruction d'où qu'elle vienne."

"On a un processus qui existe depuis des années", continue le dirigeant. Selon lui, "beaucoup de raisons" peuvent justifier que la chaîne a des "doutes" sur tel ou tel sujet : "Est-ce qu'il y a des révélations, est-ce que cela a déjà été traité par ailleurs, etc..."

Il y a toujours eu de bonnes raisons de refuser des investigations, et d'ailleurs cela a toujours été le cas.Maxime Saada

"Il n'y a aucun fait précis, concret, sur la censure qui a été démontré...", conclut le directeur général.

Accord Canal-BeIN Sports : "Le consommateur ne sera en rien lésé", promet Saada

L'ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet évoque la "bulle financière" des droits sportifs et s'inquiète du rapprochement entre Canal+ et BeIN Sports. Selon la députée communiste, le risque est de voir "la plupart des grands événements sportifs" achetés par ces deux acteurs au détriment de ceux qui ne disposent que de la télévision gratuite.

"Ce rapprochement inquiète les abonnés qui craignent de devoir payer deux fois pour bénéficier des mêmes services", ajoute le député UDI Laurent Degallaix. Selon l'élu du Nord, un éventuel accord pourrait également avoir des conséquences négatives sur le coût des droits de retransmission des événements sportifs.

"BeIN, selon nos estimations, c'est une perte de 300 millions d'euros", répond Maxime Saada, selon qui il existe "un risque potentiel (de disparition)" de Canal+ et de la chaîne qatarie si l'accord n'est pas validé par l'autorité de la concurrence.

Le directeur général du groupe Canal+ promet que l'accord de "distribution exclusive" avec BeIN Sports "ne vise pas à baisser le coût des droits" télé, ni à faire "des économies".

Les députés soupçonnent Canal+ de "noircir le tableau" sur sa situation financière

Laurent Degallaix (UDI) interroge les dirigeants sur les mauvais résultats financiers de Canal+ : "La façon de les présenter peut aussi parfois donner l'impression que c'est une opportunité pour le groupe de faire la révolution à marche forcée..."

Le socialiste Marcel Rogemont semble soupçonner lui aussi le groupe de "s'arranger" sur ses résultats financiers :

Si Canal+ perd 264 millions, la société éditrice de Canal+ fait un résultat opérationnel de 100 millions... Certains laissent entendre que ce sont des questions d'affectations de coûts entre Canal+ et Canalsat.Marcel Rogemont

Face à l'élu LR Frédéric Reiss, qui accuse à demi-mots Canal+ de "noircir le tableau pour peut-être gagner la bienveillance du CSA", Maxime Saada assure que depuis 2004, Canal+ a été "une fois à l'équilibre" au niveau du solde des abonnés : "La situation de Canal+ a toujours été compliquée."

Cinéma : "Pas question de réduire nos investissements"

"L'absence de Canal+ sur Cannes a été vécue comme une désertion", assure le socialiste Marcel Rogemont. "Nous sommes extrêmement attachés au cinéma", lui répond Maxime Saada. "Il fait partie intégrante de notre projet", continue le directeur général.

Pas question pour nous - tant que nous en aurons la capacité - de réduire nos investissements dans le cinéma français.Maxime Saada

Itélé : "Le groupe Canal+ souhaite conserver une chaîne d'information"

Jean-Christophe Thiery, le président du groupe Canal+, évoque la situation d'Itélé :

L'information est un très très petit marché, c'est 3% de parts d'audience. C'est un métier extrêmement difficile, qui est très coûteux (...) Dans ces conditions, passer LCI (en gratuit) et créer une chaîne d'information publique (...) ça va nous conduire à une surabondance d'offres (...) Nous allons avoir du mal à trouver une rentabilité.Jean-Christophe Thiery

Néanmoins, le dirigeant assure que "le groupe Canal+ souhaite conserver une chaîne d'information" mais qu'Itélé doit trouver un "modèle rentable" en se développant notamment dans le sport, la culture et le cinéma.

Netflix : "Tout le PAF français est à risque"

Maxime Saada explique que Canal+ est obligé de se développer à l'international si le groupe veut faire face à l'émergence d'acteurs comme Google, Amazon, Netflix : "C'est une question de survie, en réalité."

Nous sommes régulièrement privés de programmes par ces acteurs qui font des acquisitions sur une base mondiale alors que nous, nous pouvons faire des acquisitions que sur quelques territoires (...) Netflix fait des offres sur 100 pays.Maxime Saada

La concurrence existe également dans le sport : le directeur général du groupe Canal+ évoque le cas des droits des Jeux olympiques de 2018 et 2024 passés "au nez et à la barbe de France télévisions" : "C'est le service public qui est privé des JO pour les deux prochaines éditions."