twitter facebook chevron-right
Asile et immigration

Asile et immigration : Collomb ménage sa majorité, l’opposition au rendez-vous

Gérard Collomb a défendu lundi dans la nuit son texte qui divise jusque dans les rangs de la majorité, entre renforcement de l'accueil des demandeurs d'asile et durcissement des expulsions. À droite, on veut des quotas. À gauche, on dénonce un texte "extrême".
8 min

Les points clés

  • C'est le coup d'envoi d'une semaine de débats tendus à l'Assemblée sur le projet de loi "immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie". L'examen du texte est parti pour durer (au moins) jusque vendredi soir. Une première épreuve pour la majorité qui part divisée.
  • Plus d'un millier d'amendements déposés, dont environ deux cents des députés LREM.
  • Le texte prévoit de réduire de onze à six mois les délais d'instruction de la demande d'asile, pour entamer rapidement le travail d'intégration des réfugiés. Parallèlement, il facilite la reconduite à la frontière pour les déboutés.
  • La France a enregistré plus de 100.000 demandes d'asile l'an dernier, soit une hausse de 17,5 % par rapport à 2016.
  • La future loi est critiquée par des acteurs de l'asile et les associations, qui redoutent des atteintes aux droits des étrangers. Le Défenseur des droits lui-même est monté au créneau face à des députés de la majorité qui trouvaient ses critiques contre le texte "caricaturales".
  • Les discussions ont été agitées dès l'examen du texte en commission, ce qui a valu à la vingtaine de contestataires LREM un rappel à l'ordre du président de groupe Richard Ferrand.


L'essentiel du débat lundi

Vif tour de chauffe

L'examen s'est terminé mardi vers 01h00 et reprendra en fin d'après-midi. Il reste encore plusieurs prises de parole avant la défense du premier amendement...

Comme prévu, la semaine s'annonce longue et intense dans un hémicycle où tout les groupes ont montré qu'ils comptaient peser dans les débats.

Un plan "caché" de régularisation ?

Éric Ciotti (LR) a cité un article du Monde dans lequel plusieurs députés macronistes réfléchissent à régulariser une partie des "300 000 personnes sans droit" qui vivent illégalement en France tout en y travaillant.

Le ministre partagerait-il les mêmes intentions ? C'est la question du député niçois :

Insoumis et socialistes contre le texte

Les bancs de la gauche ont partagé un même ton offensif contre ce texte. Laurence Dumont (Nouvelle Gauche) cogne fort :

Ce projet de loi traite l'étranger en délinquant, l'enfant en adulte, le malade en imposteur et le demandeur d'asile en fraudeur !Laurence Dumont, députée Nouvelle Gauche du Calvados

Éric Coquerel (LFI) qualifie le texte de "loi extrême". En rallongeant la durée en rétention de certaines personnes déboutées, il craint même une hausse des suicides : "Vous en serez comptable, monsieur le ministre !", prévient-il.

Dans ses critiques, le député de Seine-Saint-Denis n'oublie pas non plus la droite :

Les députés de gauche, opposés au texte tout comme à l'argumentation déroulée par la droite, choisissent de quitter l'hémicycle lors du vote de la motion de rejet, comme l'a constaté une journaliste sur place.

Aucune des motions n'est adoptée, les débats continuent.

La droite veut une politique migratoire beaucoup plus restrictive

Le groupe Les Républicains a obtenu le droit de défendre deux motions pour s'opposer au texte, trop tiède au goût des députés Guillaume Larrivé et Éric Ciotti.

Ils défendent un "contre-projet" qui prévoit d'instaurer un quota annuel ou l'expulsion systématique de tout étranger "représentant une menace à l'ordre public".

Éric Ciotti concentre ses critiques sur l'article 3, qui ouvre la possibilité du regroupement familial aux frères et aux sœurs (contre les seuls parents et enfants actuellement).

Quel sort pour "le délit de solidarité" ?

Parmi les points à suivre, certains députés La République en marche comme Fiona Lazaar veulent réécrire le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour supprimer le délit de solidarité :

Premier rappel au règlement

Le premier d'une longue liste ? À peine l'intervention du ministre terminée, un rappel au règlement a été effectué par le député communiste Jean-Paul Lecoq.

Il reproche le vocabulaire employé par Gérard Collomb, notamment le mot "race", banni des textes législatifs depuis 2013 - mais pas de la Constitution -.

Le "réalisme" de Gérard Collomb face à l'immigration

Le ministre de l'intérieur a exposé pendant trente minutes les tenants et les aboutissants de son texte, soulignant le quasi-doublement des demandes d'asile en France entre 2010 et 2017 :

Gérard Collomb est revenu sur l'un des points qui crispe sa majorité : le placement en rétention de certaines familles déboutées du droit d'asile, et donc potentiellement de mineurs.

Le ministre promet de rendre le placement dans les centres de rétention le plus court possible, sans toutefois y fixer une limite.

Enfin, le numéro trois du gouvernement a conclu en citant Jaurès : "Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Oui, il faut partir du réel pour aller à l'idéal." "Partir du réel", une formule martelée par le ministre pour justifier l'opportunité de son texte :


Revoir l'intégralité des débats