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Violences

Après le vote du CETA, des permanences parlementaires de la majorité prises pour cibles

Au moins une dizaine de députés LaREM ont subi des dégradations de leurs permanences parlementaires depuis mercredi. Dépôt de fumier, portes murées avec des parpaings, fruits pourris, bouses... Des actions signées par des syndicats agricoles, qui fustigent la ratification du CETA. À Perpignan, en marge d'une manifestation de Gilets jaunes, la permanence de Romain Grau a été saccagée.
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La permanence de Carole Bureau-Bonnard, prise en photo par les Jeunes Agriculteurs de l'OiseLa permanence de Carole Bureau-Bonnard, prise en photo par les Jeunes Agriculteurs de l'Oise

Après une nouvelle semaine d'actes de vandalisme contre leurs permanences, une dizaine d'élus LaREM, dépités et indignés, ne peut que constater les dégâts. La permanence de Carole Bureau-Bonnard a subi lundi des jets d’œufs et le déversement de paille souillée par les Jeunes agriculteurs de l'Oise. Quelques jours plus tôt, c'est celle de Barbara Bessot Ballot qui a été murée par des agriculteurs de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) de Haute-Saône.

Les auteurs dénoncent la "trahison" ou le "vote de merde" des députés de la majorité, qui ont ratifié à une courte majorité mardi 23 juillet le CETA, cet accord commercial controversé entre le Canada et l'Union européenne.

Dans le Lot-et-Garonne, Alexandre Freschi, Olivier Damaisin et Michel Lauzanna ont eu droit à du fumier déversé devant leurs locaux, tout comme Rémi Rebeyrotte en Saône-et-Loire. Quant à Pascal Lavergne, agriculteur de profession en Gironde, il a porté plainte après le tag de ses bottes de paille sur lesquelles on peut lire "CETA. Menteur. Trahison. Tu oublies d’où tu viens".

"Toute petite minorité d'agriculteurs"

Des actes condamnés par l'ensemble des dirigeants de La République en marche, à commencer par le président du groupe à l'Assemblée nationale :

Les actes violents d'une toute petite minorité d'agriculteurs n’ont pas leur place dans une démocratie. Aucune cause ne peut les justifier. Au contraire, leurs auteurs salissent les idées qu'ils entendent défendre.Communiqué de Gilles Le Gendre, le 26 juillet 2019

Stanislas Guérini, le délégué général du parti, a demandé aux organisations agricoles nationales de condamner et de faire cesser les violences.

Interrogée sur RMC, Christiane Lambert, à la tête de la FNSEA, a relativisé la portée des actions de sa base : "Trois permanences ont été murées et pas saccagées. Symboliquement, le mur de l'incompréhension est très fort sur le CETA."

"On attaque la personne"

Jean-Baptiste Moreau, dont la permanence de Guéret a été murée par des agriculteurs de la FDSEA de la Creuse, a ressenti de "la colère et de l'incompréhension" : "Je les avais vus quinze jours avant et je leur avais expliqué ma position sur le CETA, qui est un accord globalement favorable à l'agriculture française", raconte l'élu.

Cet agriculteur de profession regrette aussi des pratiques qui visent plus l'homme que le député : "Quand on insulte quelqu'un de traître, on attaque la personne, pas la fonction."

Tentative d'incendie à Perpignan

Dans un autre contexte, la permanence Romain Grau (Pyrénées-Orientales) a été partiellement détruite à Perpignan samedi, où se déroulait un rassemblement de 300 Gilets jaunes.

L'élu, qui était à l'intérieur des locaux, a vu des "gens cagoulés et vêtus de noir" briser les vitres et mettre le feu à une chaise. "Le message c'était que, en tant que député qui soutient le gouvernement, je méritais de mourir vivant dans les flammes", explique-t-il à LCP.

Le député, qui a porté plainte, retient aussi les "encouragements de la foule", qui comptait "beaucoup de Gilets jaunes".

Un bilan toujours plus lourd

Cette série de dégradations s'ajoute à toutes les autres recensées ces derniers mois. En février, au plus fort de la crise des Gilets jaunes, environ "quatre-vingts dégradations de permanences ou de domiciles d'élus" avait été dénombrées par le secrétaire d'État Laurent Nuñez.

Le CETA a été transmis au Sénat, où il devrait être examiné à la rentrée. S'il est rejeté par la chambre haute, soit le scénario le plus probable, les députés auraient alors le dernier mot avant la ratification finale.